Chroniques Musique

Sophia en prise de conscience alternative

Tenir bon ou lâcher prise. Tel est le choix alternatif proposé par Robin Proper-Sheppard, maître  à penser à bord du vaisseau Sophia, présent sur les flots depuis une quasi éternité. L’histoire remonte en 1996 et la promesse Fixed Water, échappée d’une aventure hors du cadre (suite artistique d’années plus tapageuses au sein du trio The God Machine). A la lueur de ses alléchants projets, l’intéressé revient plus ou moins régulièrement à notre bon souvenir. Sa nouvelle et présente visite ne fut pas sans subir les affres de diffusions à retardement (inutile de préciser les raisons qui bouleversent depuis plusieurs mois autant nos calendriers que la sortie de projets programmés de longue date)

La palette des lumières est affichée dans un cercle, signe d’un renouvellement permanent où les couleurs s’enchainent au gré d’une cohésion manifeste.

Sophia

Alors que nous réserve la mouture intitulée Holding On / Letting Go ?

C’est un condensé caractérisé par une électricité plus marquée mais sans que le fil acoustique ne se rompe pour autant. C’est Strange Attractor qui résonne avec une intrigante humilité, derrière une introduction électronique timide venant rapidement laisser le balancement entre effusion rock et rythmique folk ultra maitrisée prendre ses aises. C’est l’insondable des infinis, la part de mystère qui régit le monde. Du constat de ses propres doutes, touchant à la part d’intime, l’auteur nous conduit  progressivement vers une version universelle de l’incertitude :

“But all I know / Yeah i all I know / Is i’ll never know”
“All we know / Is we’ll never know everything”

Derrière ce fatalisme existentiel, Sophia revient, comme à l’accoutumé, nous bercer avec ses mélodies entrainantes, ses liens orchestrés de sensibilités non feintes. A cet égard, Undone Again est la parfaite composition aux reflets amoureux. Avec Alive, c’est une langueur efficace qui se poursuit, une chanson vivante et soignée dont le chant vient effleurer littéralement notre épiderme. La proximité émotionnelle est, une fois encore, à l’heure du rendez-vous.

De manière plus globale, ce qui frappe peut-être le plus à l’écoute de Holding On / Letting Go c’est sans nul doute cette propension à suggérer le mystère permanent, revêtir l’accoutrement d’une apesanteur climatique mise en avant à l’aide d’un florilège d’arrangements finement léchés.

Ou comment passer des douceurs acoustiques d’Avalon et ses réverbérations révélatrices de bons gouts à l’entrainant Days qui frise limite l’indécence de par sa facilité d’exécution, sa fraicheur pop mise en exergue. Il y est question de routines incontrôlables, d’une thématique temporelle sujette à l’impuissance de ces convives. Pourtant, au-delà du malaise, la symphonie n’est nullement pleureuse. C’est véritablement en ça que la force du charmeur Robin Proper-Sheppard réside, dans cet interstice entre un propos le plus souvent amer et une musicalité singulière non pourvue d’artifices trop plombant.

La lecture finale se voudra plus appuyée, Road Song offrant une obole aux saccades plus nerveuses malgré cet énième attachement en direction de nuances éclairées. Le final sera donc plus intense, une transition qui mènera à We See You (Taking Aim), sorte d’incandescence aux guitares saturées, des cordes suspendues à un chant voilé bien que plus rageur. Prog Rock Arp (I Know) bouclera la chose dans une conclusion instrumentale couchant sur le calepin des points de suspension en guise de convocation pour de prochaines aventures qu’on espère toutes aussi  inspirées et classieuses.


Holding On / Letting Go – Sophia

The Flower Shop Recordings –  25/09/2020

 

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Image bandeau : Philip Lethen

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