Expositions Photographie Vidéo

« Soulèvements »: le Jeu de Paume crie sa révolte

Patriot série « Airborne », 2002, Dennis ADAMS.

Le Jeu de Paume, à Paris, propose jusqu’au 15 janvier 2017, Soulèvements : une exposition transdisciplinaire sur l’idée de ces forces plurielles qui nous transforment.

Qu’elles soient dans nos têtes, dans nos mots, sur des barricades, dans notre union aux autres ; qu’elles expriment notre colère, notre révolte, notre joie, notre solidarité ; qu’elles soient folie, politique, poésie, elles sont ici montrées par le commissaire d’exposition, philosophe et historien d’art, Georges Didi-Huberman.

C’est certainement la densité de l’entreprise qu’il faut retenir, ainsi que son aspect pluriel.

Fusains, collages, installations, viennent s’associer aux traditionnelles photographies et vidéos pour illustrer le double sens de « soulèvement » (ce qui s’élève, la révolte) et, dans son prolongement, celui de « représentation » du peuple qui se soulève (comment il est montré, avec quelles images, quels mots).

Patriot série « Airborne », 2002, Dennis ADAMS.

Patriot série « Airborne », 2002, Dennis ADAMS.

Remontages, 2016, Maria KOURKOUTA 16 mm sur vidéo (en boucle), noir et blanc, silencieux, 4’ 10. © Maria Kourkouta. Production : Jeu de Paume, Paris.

Remontages, 2016, Maria KOURKOUTA 16 mm sur vidéo (en boucle), noir et blanc, silencieux, 4’ 10. © Maria Kourkouta. Production : Jeu de Paume, Paris.

El Quijote de la Farola, Plaza de la Revolución, La Habana, Cuba, 1959, Alberto KORDA. © ADAGP, Paris, 2016

El Quijote de la Farola, Plaza de la Revolución, La Habana, Cuba, 1959, Alberto KORDA. © ADAGP, Paris, 2016

Shouting Men (détail), 1975, ART AND LANGUAGE. Photo : Àngela Gallego / © Art and Language

Shouting Men (détail), 1975, ART AND LANGUAGE. Photo : Àngela Gallego / © Art and Language

OAS. Fusillez les plastiqueurs, 1961, Raymond HAINS. Coll. particulière. © ADAGP, Paris, 2016 / Photo: Michel Marcuzzi

OAS. Fusillez les plastiqueurs, 1961, Raymond HAINS. Coll. particulière. © ADAGP, Paris, 2016 / Photo: Michel Marcuzzi

Gegen die zwei Supermächte - für eine rote Schweiz (1ère version), 1976, Sigmar POLKE. © The Estate of Sigmar Polke, Cologne/ADAGP, Paris, 2016

Gegen die zwei Supermächte – für eine rote Schweiz (1ère version), 1976, Sigmar POLKE. © The Estate of Sigmar Polke, Cologne/ADAGP, Paris, 2016

47 Piques, 1992, Annette MESSAGER. © ADAGP, Paris, 2016 © Annette Messager

47 Piques, 1992, Annette MESSAGER. © ADAGP, Paris, 2016 © Annette Messager

Dutschke, 1968, Wolf VOSTELL. © ADAGP, Paris, 2016

Dutschke, 1968, Wolf VOSTELL. © ADAGP, Paris, 2016

The Route, 2006, Chieh-Jen CHEN. Film 35 mm muet, 16’ 45’’. © Chieh-Jen Chen, courtesy galerie Lily Robert

The Route, 2006, Chieh-Jen CHEN. Film 35 mm muet, 16’ 45’’. © Chieh-Jen Chen, courtesy galerie Lily Robert

La Charge, 1893, Félix VALLOTTON. © Centre Pompidou / MNAM / Cliché Pierre Guenat, Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie

La Charge, 1893, Félix VALLOTTON. © Centre Pompidou / MNAM / Cliché Pierre Guenat, Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie

Beaubien Street, 1971, Ken HAMBLIN. University of Michigan, États-Unis

Beaubien Street, 1971, Ken HAMBLIN. University of Michigan, États-Unis

Guerre civile, 1871, Édouard MANET. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Guerre civile, 1871, Édouard MANET. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Ouvrier en grève, assassiné, 1934, Manuel ÁLVAREZ BRAVO. © Estate Manuel Álvarez Bravo

Ouvrier en grève, assassiné, 1934, Manuel ÁLVAREZ BRAVO. © Estate Manuel Álvarez Bravo

Le choix proposé est dense et d’une très grande qualité. Certaines images sont familières (celles de Gilles Caron lors des manifestations anticatholiques à Londonderry en 1969) ; d’autres, nombreuses, sont méconnues, organisées selon « un cheminement sensible et intuitif » nous explique le Jeu de Paume.

Ce choix, pour vague qu’il soit, dit assez bien l’impression première : par-delà l’intérêt des œuvres, un sentiment de confusion. Une pièce s’ouvre ainsi avec le portrait de l’Allemand Rudi Dutschke (étudiant marxiste victime de l’extrême droite au début des années 1970) ; la révolte politique gronde un instant, mais on ne sait bientôt plus où l’on est, les autres représentations de cette pièce traitant finalement de la folie.

D’une photographie des Black Panthers à une toile de Léon Cogniet montrant trois drapeaux au lendemain des Trois Glorieuses de la Révolution de 1830 (Les Drapeaux; de la vidéo d’un ruban rouge s’envolant (Roman Signer, Rotes Band/Red Tape) à celle de Chieh-Jen Chen (The Route) montrant la résistance de travailleurs sur un port, les œuvres, en elles-mêmes, sont loquaces mais le fil de l’une à l’autre difficile à suivre : Où sommes-nous ? Qu’est-on venu voir ? Y a-t-il quelqu’un pour nous souffler des pistes autrement qu’avec des phrases comme : « Se soulever déchaîne » ?

Il faut songer à consulter la figure numérique de l’exposition sur la plateforme dédiée. Une partie de l’actualité absente de l’exposition in situ (le Printemps Arabe, la place Tahir, Black Lives Matter aux Etats-Unis) y est représentée, ainsi que certaines des « rues redevenues des théâtres politiques grâce aux technologies sans fil », selon Marie Lechner, journaliste spécialiste des nouvelles technologies.

Alors, bien sûr, il ne saurait être question d’être exhaustif sur un sujet aussi vaste que la représentation de la révolte. Mais peut-être un peu de story telling nous aurait permis de comprendre comment une eau-forte de Goya (1799) s’ajuste avec un Sans Titre d’Henri Michaux (1975) ou une installation d’Annette Messager (1992).

« Soulèvements », jusqu’au 15 janvier 2017 au Jeu de Paume.

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