Chroniques Musique

L’étrange voyage des Liars

Quand l’on découvrit à l’aube des années 2000 les new-yorkais Liars, à l’occasion de de la sortie du sauvage They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top et de quelques concerts tout aussi apocalyptiques, on n’aurait guère imaginé les retrouver 20 ans plus tard à la tête d’une conséquente discographie, couronnée par The Apple Drop, un excellent dixième album disponible depuis début août chez le fidèle label Mute.

Liars

Et pourtant, Liars est là et bien là. Certes le groupe a connu de nombreuses vicissitudes et se résume aujourd’hui au géant torturé Angus Andrew après les départs de Julian Gross et Aaron Hemphill en 2017. Il n’empêche, c’est toujours un plaisir de retrouver un groupe qui semble garder une ligne directrice tout en se permettant de prendre les plus tortueux chemins de traverse mélangeant genres et étiquettes dans un sombre et joyeux tourbillon sonore.

Noisy et dissonant sur They Were Wrong, So We Drowned, kraut et post-punk sur Drum’s Not Dead ou Sisterworld, jusqu’au virage électronique de WIXIW, Liars multiplie les expérimentations croisant Radiohead et Swans, Yeah Yeah Yeahs et Nitzer Ebb mais trouve toujours le moyen de vous accrocher les oreilles avec des mélodies imparables malgré le bordel ambiant, que notre bonhomme aujourd’hui installé en Australie s’ingénie à distiller au fil de ses compositions.

Après deux surprenants et poignants albums enregistrés  résolument en solo, TCFC et Titles With The Word Fountain, semblant le plonger dans une profonde mélancolie et une inquiétante folie douce, à l’image de leurs pochettes pour le moins perturbantes, Angus Andrew change à nouveau de méthode et s’entoure de quelques musiciens pour l’accompagner au fond de la sombre grotte qui lui sert de cerveau.

Andrew a ainsi composé et enregistré ses 11 nouvelles chansons avec le batteur et percussionniste Laurence Pike (PVT), le multi-instrumentiste Cameron Deyell et sa femme Mary Pearson Andrew, avant de les retravailler dans son coin, sur son ordinateur pour apporter cette petite touche électro-expérimentale qu’il affectionne tant.

Cette nouvelle aventure collective n’atténue pas les doutes et les angoisses d’Angus Andrew. Bien au contraire de The Start à New Planets New Undoings en passant par From What The Never Was, Liars nous offre ici quelques-uns de ses morceaux les plus sombres et torturés, faisant de The Apple Drop un sommet de densité, le genre de disque à écouter d’une seule traite comme une plongée en apnée au fin fond des océans.

Il suffit pour s’en convaincre de se plonger dans l’impressionnant Sekwar, émotion palpable à chaque note et chaque mot lâchés comme à bout de force et d’enchainer, le cœur chavirant, sur le tout aussi poignant The Big Appetite, I Walk Alone With You Asylum In Full View, flippant et passionnant.

Entre rêve et réalité, science-fiction et histoire, The Apple Drop rend, tout à la fois, hommage à la terre des aborigènes qui lui a offert l’asile et nous embarque dans les étoiles sur l’incandescent Star Search. Longue et belle explosion maitrisée  post-punk sur le flamboyant Acid Crop, divagations psychédéliques sur Leisure War, ballade électro-sensible sur le délicat King Of The Croops, le disque est fort, puissant, touchant, preuve si nécessaire du talent du bonhomme.

Angus Andrew y déploie une incroyable palette, de cette voix forte et puissante qui s’adoucit et se transforme en murmure déchirant à cette combinaison parfaite entre bidouillages électroniques et mélodies belles et simples.

Ce dixième album est encore un incontournable dans une carrière pourtant déjà bien fournie et confirme les Liars comme un groupe majeur de ce nouveau siècle !


 

The Apple Drop  – Liars

 

Mute Records/PIAS – 06 Aout 2021

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Image bandeau : Clemens Habicht

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