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Tom Bright : « Je veux me présenter honnêtement avec ce disque  » – Interview

Il en fallait du courage pour mettre un album produit par Mick Jones de The Clash de côté et repartir de zéro pour lancer sa carrière. L’Anglais Tom Bright, qui vient de sortir son premier album intitulé Self Service Checkout, a préféré prendre le risque de se présenter au grand public avec un recueil de chansons inspirées par le Nebraska de Springsteen. Accompagné par Ed Harcourt au piano, l’approche minimaliste et acoustique met son timbre de voix inimitable en valeur. Le résultat, surprenant, est d’une fluidité et d’une beauté à couper le souffle. Tom Bright revient pour nous en détail sur la naissance de ce projet, son passage à Abbey Road et le soutien sans faille de Matt Johnson de The The.

Ton premier album, produit par Mick Jones des Clash n’a jamais vu le jour. Pourrais-tu nous dire ce qu’il s’est passé ?

Tom Bright : J’ai sorti quelques singles extraits de ces sessions sous le nom de Tom Bright & The Dynamites. Le reste a été mis de côté. J’ai entre temps réalisé que je ne voulais pas lancer ma carrière avec un album enregistré avec un groupe. C’était en décalage avec l’image que l’on se faisait de moi. Celle d’un musicien qui va à l’essentiel. Ce n’était pas qu’une image, mais la réalité. Je joue tout le temps en solo. J’ai commencé à parler de mes doutes à des amis. C’est Matt Johnson de The The qui m’a conseillé d’enregistrer un disque à la Nebraska de Bruce Springsteen. Il m’a donné un enregistreur 4 pistes pour travailler des maquettes en ce sens. Pour la première fois, j’ai composé en pensant à un tout cohérent plutôt qu’à des chansons individuelles.

A quel moment Ed Harcourt, le producteur de l’album, est-il intervenu ?

Dès l’écriture des démos. Je l’ai rencontré pendant l’été 2018 lors d’un concert privé que j’ai donné chez Danny Goffey de Supergrass. C’est l’année où le festival de Glastonbury ne s’est pas tenu. Pour le remplacer, Danny a voulu créer un événement dans son jardin en invitant des amis. Il l’a appelé Goffstonbury. J’y ai rencontré Brett Anderson de Suede, Carl Barat des Libertines et Ed Harcourt. C’était un événement complètement dingue. J’ai eu de la chance d’y participer. Ed a aimé mon set, il est venu m’en parler. Nous avons passé le reste de la soirée avec Carl, qui est son beau-frère, et Danny, à boire du rhum maison. Je me suis réveillé le lendemain sur le sofa de Danny. Ce n’était pas la grande forme (rire). Quelques jours après j’ai envoyé mes démos à Ed pour qu’il me donne son avis. Il a adoré le minimalisme des maquettes et a souhaité s’investir dans le projet.

Avez-vous pris le temps pour travailler sur ce disque ?

Ed a un agenda bien rempli. Nous n’avons eu que deux jours pour enregistrer l’album dans son studio. Nous avons commencé par m’enregistrer façon Springsteen. Et puis Ed a ajouté les parties de piano et sa femme les cordes. Je ne suis pas un pianiste. J’ai juste quelques notions apprises à l’école. J’ai vraiment envie de m’y remettre. En attendant, Ed a joué les parties de piano seul. Ce disque lui doit beaucoup.

[mks_pullquote align= »left » width= »300″ size= »16″ bg_color= »#333399″ txt_color= »#ffffff »] »Je tiens à ce que les gens connaissent ma facette plus électrique. »[/mks_pullquote]
Souhaites-tu continuer dans cette lignée ?

J’ai composé un album entier pendant le confinement. Il est dans la veine de Self Service Checkout. Je vais l’enregistrer dans les mois à venir. Ensuite, j’aimerais sortir un mini album des titres enregistrés avec Mick Jones. Je tiens à ce que les gens connaissent ma facette plus électrique. Ces titres sont si différents de la musique que je joue en temps normal que je préfère attendre le bon moment pour les publier. Je préfère me présenter honnêtement avec le style qui me caractérise avant d’ouvrir d’autres portes. La première représentation doit être la bonne. Je suis avant tout un artiste solo. C’est comme cela que je me définis. J’ai travaillé dur pour arriver à mettre au point des shows de qualité où je suis seul sur scène. On verra plus tard pour le reste.

Tes paroles véhiculent souvent des messages politiques. Te reconnais-tu aujourd’hui dans un des différents partis du Royaume-Uni où l’écart entre la gauche et la droite est peu marqué ?

J’ai une sensibilité de gauche. Cela ressort de façon évidente dans mes chansons. Je n’ai jamais voté pour les Tories. J’observe beaucoup ce qu’il se passe autour de moi. J’essaie de le faire ressortir sans être donneur de leçon. Je ne veux pas être un musicien engagé. Trouver le bon équilibre dans mes paroles n’est pas toujours simple.

[mks_pullquote align= »right » width= »300″ size= »16″ bg_color= »#333399″ txt_color= »#ffffff »] »J’ai besoin d’aller de l’avant en permanence. J’ai des idées qui ne demandent qu’à être concrétisées. »[/mks_pullquote]
Pourquoi avoir choisi de sortir ce disque en autoproduit ?

Je suis un obsédé du contrôle. Je n’arrive pas à changer. Commencer seul est ce qu’il y a de mieux à faire pour un artiste comme moi. Quand j’ai envoyé mes premières maquettes à des labels, j’ai décroché des réunions avec Universal, Island Records et d’autres. Ces espoirs fous se sont vite transformés en déceptions. Certains aimaient ma musique mais me disaient qu’ils ne décrocheraient jamais de budget pour me promouvoir. Je ne rentre pas dans leurs cases. J’avais deux options. Tout laisser tomber ou me débrouiller seul. En créant mon label, je démontre que je suis quelqu’un de sérieux, qui travaille dur et arrive à s’auto-manager. Je suis certain que ça paiera à un moment. The Future Is Bright Recordings est aussi une façon de pouvoir sortir les disques d’autres artistes si l’occasion se présente. J’ai besoin d’aller de l’avant en permanence. J’ai des idées qui ne demandent qu’à être concrétisées.

Tu te produis régulièrement au café Peacock de Lille. Comment as-tu réussi à créer ce lien avec les Lillois ?

J’y ai joué lors de ma première tournée en 2004. Je ne sais pas pourquoi mais à Lille, la connexion a été immédiate. Du coup j’y organise des soirées avec des invités. Nous sommes devenus une grande famille.

Tom Bright

En parlant de concerts tu devais jouer à Glastonbury pour la deuxième fois l’été prochain avant que l’édition 2020 ne soit annulée. Pourrais-tu nous parler de ton premier concert là-bas ?

Glastonbury était une expérience incroyable. J’y ai rencontré le musicien Américain Jesse Malin. Je devais d’ailleurs assurer la première partie de sa tournée anglaise dans quelques semaines. Les dates sont reportées à cause de la pandémie. Il m’a invité à me produire au Rockwood Music-Hall de New York. C’était une expérience incroyable. Matt Johnson, qui a longtemps habité la ville avait demandé à des amis à lui d’assister à mon concert. Les gens sont venus exprès d’autres états et même du Canada.

Tu collabores régulièrement avec la Joe Strummer Foundation. Pourrais-tu nous expliquer ce que cette fondation représente pour toi et la nature de tes projets avec elle ?

J’ai rencontré Jamie, qui dirige la fondation, lors d’un événement qu’il avait organisé. J’étais étonné d’apprendre qu’il était quasiment seul à tout gérer. Je lui ai proposé de l’aide pour gérer les réseaux sociaux. Il a accepté immédiatement. Petit à petit, j’ai commencé à m’investir dans d’autres domaines. J’ai été le curateur de quelques événements, dont le Bright Fest que j’ai créé. Ma mission principale est de donner un coup de jeune à la fondation. Son public potentiel est vieillissant. Une bonne partie étant des fans de Joe Strummer et des Clash. J’incite de nouveaux artistes à s’investir, j’organise des concerts en ligne depuis le début du confinement. Il faut vraiment qu’une nouvelle génération découvre la fondation. Ces dernières semaines, j’ai travaillé sur le lancement d’un t-shirt dont 50% des ventes vont être reversés au personnel des hôpitaux de Grande-Bretagne pour faciliter leur travail.

Quels albums ou artistes ont influencé ton approche pour Self Service Check Out ?

J’ai une voix si particulière que je dois prêter une grande attention à la musique que je crée. L’idée était de jouer une americana dépouillée à l’extrême. En résumé, de la musique indé créée par un jeune anglais influencé par des artistes américains. Je voulais que l’album soit le plus simple et honnête possible. De toute façon, tu ne peux pas te cacher derrière une guitare acoustique. Si une chanson ne tient pas la route, tu l’entends tout de suite. J’ai testé une bonne partie de l’album en concert avant l’enregistrement. Bless Our Generation, Last Night’s Kebab et Wedding Bells font partie de mon set live depuis plusieurs mois. Wedding Bells est une chanson plus ancienne. Elle avait été initialement enregistrée avec Mick Jones. J’avais préféré la mettre de côté à l’époque. Elle a été réenregistrée avec Ed Harcourt. Les albums qui m’ont principalement accompagné pendant cette période sont Southeaster de Jason Isbell et Nebraska de Bruce Springsteen.

L’album a été masterisé à Abbey Road. As-tu eu l’occasion de te rendre dans ces studios mythiques ?

Oui, nous avons travaillé là-bas avec Ed Harcourt et Miles Showell. Avant cette expérience, je n’avais jamais réalisé l’importance du mastering. Miles travaillait les titres en les écoutant sur des enceintes qui coûtent plus de 50 000€ chacune. J’étais fier de l’album avant d’arriver à Abbey Road. Et puis à cause de ces enceintes j’ai eu l’impression d’avoir enregistré un disque horrible car le moindre détail s’entendait (rire). Miles venait juste de terminer le travail de réédition d’Abbey Road avec Paul McCartney. Ce dernier lui avait envoyé un album dédicacé pour le remercier car Abbey Road est entré dans les charts à la première place. Je n’ai malheureusement pas eu accès aux studios mythiques pour y jeter un œil. Ce n’est pas l’envie qui m’a manqué.


Tom Bright –
Self Service Checkout

The Future Is Bright Recordings

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Photo : Julian Peters

 

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