Chronique Musique

« Friends » ou l’émancipation rusée de White Lies

Ecrit par Ivlo Dark

Je vais encore devoir enfiler la robe noire, ajuster ma bavette… Obligé de me faire l’avocat d’un album qui pourrait bien être jeté en pâture à l’écoute trop hâtive les dix titres qui composent Friends, quatrième opus des anglais de White Lies.

L’histoire du groupe commence du côté d’Ealing dans la banlieue ouest de Londres. Charles Cave, Jack Lawrence-Brown et Harry Mc Veigh constituent le trio Fear Of Flying. Ce qui ne devait être qu’une occupation pour le week-end prend de l’ampleur lorsque les jeunes hommes décident de changer de patronyme et de style. Nous sommes à la fin de l’année 2007. Une signature chez Fiction Records (pour rappel : label fondé par un certain Chris Parry afin de promouvoir les sorties de The Cure) puis dans la foulée le frétillant single Unfinished Business venant préfigurer le 1er album baptisé To Lose My Life.

En 2009, il était impossible de ne pas comparer ce premier LP aux productions consanguines d’Interpol ou Editors. Classé alors dans le revival post-punk, White Lies se démarque du lot avec une audace attractive dans des tournures qui accrochent immédiatement à l’oreille. A cela s’ajoute un  faciès chez Harry Mc Veigh qui n’est pas sans rappeler l’icône Ian Curtis.

Propulsé à l’aide de ce remarquable tremplin et un labeur pour le compte de premières parties scéniques juteuses, nos amis enchaînent deux ans plus tard avec Ritual, produit par Alan Moulder. Les pistes y sont encore plus marquées par l’alternance entre des éclairs fulgurants teintés d’ombres et des compositions plus nuancées.

 Le troisième volume de leurs aventures est plus sujet à discussion. Avec Big TV, il y aura toujours cette verve exposée, des influences désormais multiples venant nourrir un pop-rock massif mais dont l’ensemble, avec du recul, sera jugé durement par trop d’extravagances. Nos amis portent des bottes de géant mais leur maturité artistique n’est pas suffisante pour s’engouffrer dans des arènes dont les nouvelles sonorités laissent supputer quelques caprices. La fraîcheur des débuts n’y est plus et malgré un tube incontournable (There Goes Our Love Again), le tremplin ressemble désormais plus à une pente savonneuse.

White Lies

Alors nous voici trois années plus tard chez Infectious Music, avec comme pièce à conviction un quatrième volet musical se présentant sous la forme d’un labyrinthe. J’imagine déjà le jury se perdre dans les couloirs tortueux de cet embrouillamini avec une certaine angoisse. Je vous rassure de suite, il n’en est rien, bien au contraire !

Friends sonne de but en blanc comme une redite des précédents agencements. Take It Out On Me respire d’un nouvel entrain calqué, ou du moins inspiré, par  A-ha et leur indémodable hit Take On Me. L’heure est donc à la légèreté mélodique sans oublier pour autant une veine énergique qui vient rappeler les meilleures heures de la synthpop norvégienne. C’est efficace et au rayon de l’inconsciente nostalgie, une marque d’exhortation plus que maligne.

Afin de ne pas encombrer plus que de raison votre auditoire, j’irais droit au but en vous disant que la recette est quasiment décuplée dans une sorte de brillant copié-collé où la fausse naïveté d’humeur vient se confronter à un amoncellement de nappes de synthé et de rock gonflé à la testostérone.

 Les couplets laissent alors place à des refrains finement ciselés sur lesquels le timbre atypique d’Harry Mc Veigh vient se camper. La précision vocale du chanteur est d’ailleurs source de trouble. Je subodore le doux conflit entre la vigueur des accélérations du trio (guitare, basse, batterie) et cette faculté d’y insuffler un charme quasi lyrique. Les coups de booster presque systématiques conduisent au point de ralliement qui nous téléportera dans un monde aux ivresses répétées. La machine est habilement huilée sur un même schéma qui n’est pas sans me faire songer aux stimuli injectés par les confrères de Two Door Cinema Club. Évolution qui permet de souligner un évident affranchissement vis-à-vis d’une image collante les faisant passer, à tort, pour les énièmes clones modernes de Joy Division.

Il suffira de succomber, par exemple, à la flagrante verve épique de Come On pour comprendre le cheminement progressif de nos prévenus. Ceux qui chercheront, en vain, un retour sur les versants du côté obscur ne trouveront pas fortune. Si White Lies n’a pas dénué son propos de certaines noirceurs, la ligne directrice est désormais plus rayonnante.

Pour faire un parallèle, je vous rappellerai au bon souvenir de la seconde œuvre de Bloc Party. Il y a en effet des similitudes avec A Weekend In The City. Après une répulsion instinctive devant une chose qui vient déstabiliser la norme pré-écrite, il y a le signe d’une certaine logique. Le fruit d’un travail pour ne pas rester enfermé dans un carcan sombre assez caricatural. Friends  en ce sens est rempli de bonnes volontés, d’une écriture plus ouverte, une modernité nourrie de ses racines, plus assumée sans pour autant occulter la part évidente de calcul chez ses auteurs. C’est bigrement plus roublard que la simple impression lapidaire que l’on pourrait bien avoir d’un produit d’emblée critiquable par son manque d’originalité « underground ». C’est à mon sens une grave erreur, non pas de ressenti mais d’honnêteté, à l’égard d’une délivrance ornée de mille plaisirs gustatifs.

L’album est à votre disposition depuis le 7 Octobre 2016 auprès de votre disquaire.

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