Musique Rétrorama

12 avril : 1983, sortie de Murmur, premier album de R.E.M.

murmur
Ecrit par Jean-Baptiste

Au recto figure un paysage végétal désolé et vaguement spongieux. Au verso, quatre jeunes types ont l’air ailleurs (Peter Buck, guitare), un peu craintif (Bill Berry, batterie), ou font carrément la gueule (Michael Stipe, chant, et Mike Mills, basse). On a connu pochette plus engageante. Et on a aussi écouté musique plus radieuse, plus rayonnante.

Pourtant, au début des années 80, connaître et, plus encore, apprécier R.E.M, c’est avoir l’impression grisante de faire partie d’un club restreint de mélomanes de très bon goût. On se sentait encore plus chic quand on disait Rapid Eye Movement. Une sensation snob qui perdurera encore jusqu’à, à peu près, Fables Of The Reconstruction (1985). Si, à partir de Document, en 1987 (et ne parlons même pas de Losing My Religion), on aura perdu une partie d’eux, ce n’est pas nécessairement du fait de leur mammouthisation internationale,  pas antinomique de musique de grande qualité d’ailleurs, mais surtout parce que beaucoup de cette fragilité et de cette inquiétude qui faisaient leur charme dans leurs vertes années se sera évaporée. Qui pouvait croire, en 1983, vivre en temps réel l’acte de naissance d’un des poids lourds de la scène rock des décennies à venir ?

Sur le bien nommé Murmur, R.E.M, sonne en effet peu assuré. Pourtant, l’album est produit par un type qui compte sur la scène alternative de l’époque, Mitch Easter, le leader de Let’s Active. Mais Stipe ne la ramène pas plus que ça. Pour le moment, il s’abrite derrière ses musiciens, ou du moins semble vouloir faire corps avec la batterie un peu fruste de Berry et les arpèges de la guitare de Buck, fastueux pour peu que l’on apprécie cette jangle pop héritée des Byrds. Sa voix plaintive n’attrape la lumière que par moments.

Murmur, qui sort après l’EP inaugural Chronic Town, cultive donc toujours 36 ans plus tard son aura secrète, son mystère irrésolu. Traversé de poussées de bile (le refrain de Sitting Still, dont le début fait beaucoup penser aux Australiens The Church qui faisaient leurs débuts à la même époque, Moral Kiosk adouci par les chœurs de ses camarades), le disque comporte aussi des plages plus rêveuses (Talk About The Passion, dont on regrette juste la fin en eau de boudin) ou étales (We Walk). Le plus beau morceau, le poignant Perfect Circle, est aussi le plus lent.

Murmur est également, et peut-être avant tout, bucolique, même si la nature y est constituée de forêts lugubres et de plans d’eau verdâtres. Une œuvre imparfaite, bancale, mais palpitante et étrangement attirante du début à la fin : une Amérique encore souterraine.

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