Chronique Musique

Baden Baden + ALB : introversion / extraversion

Ecrit par Ivlo Dark

Il y a divers moyens de cloisonner la musique. Confronter les genres plutôt que de les concilier, rejeter ce qui nous dérange et défendre bec et ongles nos protégés. Il y a forcément une certaine dose de mauvaise foi dans nos répliques mais le plus souvent l’envie qui est la nôtre découle d’une histoire personnelle qui occulte une objectivité laissée dans un panier de linge sale, panier que l’on ressortira hypothétiquement pour le grand lavage entre amis. Il en ressortira toujours la conclusion que l’art est subjectif quand bien même il serait populaire. Oui, nous ne sommes pas des clones et c’est plutôt heureux ! Reste à savoir l’intérêt de la démarche qui consiste à vouloir absolument dissocier les choses. Avec recul, l’affirmation de ses goûts et dégoûts permet souvent de se rassurer sur ce que l’on est vraiment. Vous allez me dire que je divague par ces quelques observations introductives transgressives. Il n’en est rien et je m’en explique.

Nous sommes le Vendredi 6 Novembre 2015 du coté de Saint-Brieuc. Plus précisément du côté de la salle de La Citrouille, l’attractivité pour les cucurbitacées étant particulièrement de saison. Au programme du soir, le groupe Baden Baden dont nous vous avions parlé longuement ici-même et le projet proposé par ALB.
Sur le papier, l’affiche laisse supposer une cohérence d’humeur au rayon tentaculaire de la pop. Pour autant, c’est du côté de la typologie jungienne que j’ai pu ressentir ce qui différenciait les invités présents sur cette scène.

Pour schématiser et ne pas tomber dans un cours de psychologie analytique de bistrot, Carl Gustav Jung définit deux manières dont l’individu se charge en énergie : Soit par l’univers intérieur des idées, les souvenirs, les émotions (l’introversion) soit par l’environnement extérieur, les activités et les expériences (l’extraversion).

Baden Baden, les introvertis

 

L’émo pop de Baden Baden répond de la première définition.

A ce titre, Eric Javelle ironisera via un aparté plein de bon sens « Désolé, nous ne sommes pas très bavards, ce qui nous intéresse c’est faire de la musique » Bien leur en a pris.

Une entrée discrète alors que la salle à moitié pleine (les pessimistes diront à moitié vide) se laisse bercer par les chœurs purs et nappes fantastiques de L’Échappée.

Le light-show alterne entre quelques nuances de gris et des ombres chaleureuses virant sur un dégradé sépia. Un éclairage à l’image d’une musique diffuse dont le propos généralement dans la langue de Molière est subtilement audible. Qu’il est alors plaisant d’écouter ce chant dont j’ose rabâcher qu’il est d’une compréhension exquise assez rare pour être souligné ! L’acoustique du lieu et des balances soignées y sont pour beaucoup dans ce rendu aux petits oignons et c’est avec un immense plaisir que le public sage s’immerge dans ces mots. La musique n’est pas prétentieuse mais fait mouche.

C’est essentiellement le second et dernier album Mille Eclairs qui est mis en valeur à l’épreuve agréable du live. Tout est en couleurs contenues sans étouffer par trop de platitude et c’est en ce point que la prestation est une totale réussite. La setlist résiste allègrement grâce à un va-et-vient entre un positionnement léger, une indéniable teinte d’efficacité dans les harmonies et des sursauts appropriés qui évitent le péril de la délivrance adynamique.
Question ambiance, Baden Baden nous aura conté ses Hivers élégants dont je me délecte encore à fredonner le refrain « Mille Eclairs dans tes yeux, moi je ne sers à rien. En sursis moi je suis un hiver quotidien » …

L’évocation de la crise de la trentaine qui fera sourire le néo quarantenaire que je suis (Dis Leur) et me fera penser à la tonalité claire et précise d’un certain Florent Marchet. En parlant de référence remarquable, l’interprétation familière et au surplus totalement imprégnée de modernisme du Courage des Oiseaux de Dominique A sera un pur ravissement.

crédit photo: Grégoire Cabuil

crédit photo: Grégoire Cabuil

A ces sensations tamisées et folk répliqueront les soulèvements maitrisés d’À Tes Cotés dont la délivrance magnifiée par des éclairs théâtraux aura le mérite d’être encore plus addictive que la version studio, ce qui pour ma part relève d’un sacré challenge… Évocation cinématographique sur les notes de Criminel qui laisse échapper une trompette dans ses retranchements mélancoliques.

Au-delà de tout vocable, la performance rythmée et déchirante du sommet intitulé L’Elégance Avec serait l’illustration parfaite de mon propos initial qui se voulait anatomiste de l’esprit. Nous sommes ici dans des émotions sublimes. Le son qui remplit l’espace est le témoin solitaire de nos émois. La sensation est indescriptible, de celles qui vous font décupler les frissonnements intérieurs. Le plaisir est contenu mais immense !

La belle tension pourra alors retomber sur les accords d’Anyone, titre issu du premier album Coline. Le rappel réclamé par l’assistance (Evidemment ?) sera étrangement avorté non par la volonté blasée du groupe mais par une organisation sans doute un peu trop pointilleuse sur les horaires. Consolation tout de même avec une séance de dédicaces et quelques échanges furtifs avec les membres du groupe.

ALB, l’extraverti

 

Derrière l’acronyme ALB se cache Clément Daquin. Propulsé en tête de gondole par un bouche à oreilles dithyrambique à son sujet et quelques illustrations de pub remarquées, le rémois explose une pop électronique qui fait des bulles. A ce stade du compte rendu, j’avoue que j’ai le jeu de mot champenois un peu facile.

A l’instar du groupe qui le précède, l’intéressé est tout en énergie, passant du coq à l’âne tout en jouant à saute-moutons. Pour y parvenir, l’artiste use et abuse de jongleries avec moult gadgets sortis de la ludothèque de Géo Trouvetou.

Pour l’accompagner, face à lui comme dans une battle, un percussionniste d’une technicité hors pair. Je me dis alors que je vais succomber sous les coups de baguettes engendrés par tant de tonus communicatif. Les compositions sont bigarrées, un même titre pouvant passer du blues le plus rocailleux au synthétisme encore plus exotique qu’un Sebastien Tellier sous l’effet d’un amalgame d’hélium extasié.

Si une bonne partie de l’auditoire lève les bras, chante et acclame la performance humano-robotique, assez rapidement je finis par déconnecter attendant en vain un supplément d’âme. Un peu fataliste sur l’issue de ce suspens, je songe avec impatience au trajet qui me conduira au bar. Je crois toucher au but quand la simplicité d’un clavier vient me surprendre, ALB et son double se faisant crooner avant que la sauce ne parte en sucette et que quelques couples devant moi ne se mettent tout simplement à s’enflammer dans un slow langoureux venu d’une autre planète. Alors certes, techniquement c’est remarquable mais je dois me faire une raison, malgré un effort d’inventivité ceci n’est pas ma came ! Pas fada de cette hyperactivité qui combine facéties racoleuses et profusion de sons venus de nulle part.

Le final s’opèrera avec quelques acrobaties physiques et sonores qui compenseront un ensemble qui tout simplement ne m’aura pas touché au cœur. Vous allez me dire que ceci n’est pas bien grave car en ce soir d’automne, les sourires étaient bien présents.

Que devenons en conclure ? Que le plateau proposé pouvait convenir à toutes les aspirations. Je ne doute pas que certains auront pu apprécier les deux passages, d’autres peut-être aucun. A titre personnel, en déduire que j’aurais d’avantage d’accointances avec les sensibilités réservées ? Va falloir que j’en parle à mon psy.

Baden BadenALBLa Citrouille

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