Littérature Etrangère

« Betty »… Et la lumière jaillit !

Les grands amateurs de littérature le savent probablement, il existe un monde où les héros des romans qui nous ont marqués à vif existent. Une fois la dernière page refermée, ils poursuivent leur existence quelque part, vivent des aventures que nous ne connaîtrons jamais, et il est doux de savoir que cet ailleurs existe, rien que pour les garder plus longtemps près de nous. Quelque part dans l’Ohio, je suis sûre que Betty Carpenter continue d’enchanter les montagnes, les rivières et tous les êtres vivants, tant la plume de Tiffany McDaniels l’a incarnée.

Je me souviens de l’amour incandescent et de la dévotion autant que de la violence. Quand je ferme les yeux, je revois le trèfle vert-jaune qui poussait autour de notre grange au printemps, tandis que les chiens sauvages venaient à bout de notre patience et de notre tendresse. Les temps changent pour ne jamais revenir, alors nous donnons au temps un autre nom, un nom plus beau, pour qu’il nous soit plus facile d’en supporter le poids, à mesure qu’il passe et que nous continuons à nous rappeler d’où nous venons.
Auteur

Betty, c’est la magie des légendes Cherokee confrontée au réel, plus âpre, de l’intolérance. Betty c’est le regard noir de défi, celui de la petite Indienne qui n’existe aux yeux du monde que par la filiation qui lui colle à la peau. Betty, c’est le rêve des mythes anciens qui viennent se coller au réel par la bouche du père, incantations et remèdes pour un quotidien qui se délite. Betty, c’est la famille dans ce qu’elle a de plus fabuleux et de plus insoutenable. Betty et les siens, Leeland, Fraya, Yarrow, Waconda, Flossie, Trustin et Lint forment une constellation de destins entremêlés en un tissage complexe, une incongruité dans un monde fait de normes. Et avec un talent de conteuse, l’autrice nous livre ces vies qui nous happent, nous attrapent par le creux du ventre et nous ôtent le souffle.

Betty, ce sont 715 pages avalées comme une soif impossible à étancher, une frénésie de vie tourbillonnante qui accroche le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux aussi souvent que la vie, la vraie, peut le faire. Avec une infinie douceur, Betty vient se coller à nous et nous embarque dans un monde fait de légendes, d’histoires racontées au coin du feu, de potions, de crises familiales, de rejet et d’espoirs perdus. N’allez surtout pas croire que Betty est un livre triste, Betty est un roman qui fera résonner en vous mille cordes sensibles, et chacun y trouvera de quoi nourrir sa petite mélancolie. Betty c’est un roman que l’on veut relire juste après l’avoir terminé, afin de se remplir encore et encore de cette humanité si entière et douloureuse que la famille Carpenter nous donne à voir. Et avec toutes ses failles, ses secrets, ses rêves déçus, cette famille bien loin de la perfection nous charge de cette empathie que l’on recherche dès que l’on ouvre un bon livre.

Betty, c’est la flamme, le feu, le claquement d’une balle, un écho entre les montagnes, un chuchotement dans les bois, la main qui caresse et qui gifle, le livre que l’on ne veut jamais finir.


 

Betty de Tiffany McDaniel

traduit par François Happe

 

Gallmeister,  août 2020

 

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Betty


Image bandeau : Photo by Doug Robichaud on Unsplash

 

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