Chronique Musique

Blut Aus Nord / Aevangelist – Codex Obscura Nomina

Ecrit par Jism

Il y a peu, je vous parlais de Pascal Bouaziz et de mon admiration envers sa musique. Sachez que, tous styles confondus, s’il y a un groupe que je vénère plus encore que Mendelson, c’est Blut Aus Nord. Ça fait treize ans que je me suis pris The Work Which Transforms God dans les dents et que je ne m’en suis jamais remis. Treize années que je suis le travail de Vindsval et que, à de rares exceptions près (je dirais, dans une moindre mesure, les deux premiers volume de What Once Was … Liber et surtout le Ep Debemur MoRTi), il ne m’a jamais déçu.

Après une pause de deux ans (relative la pause parce que si on compte le travail sur les rééditions de Mort, Odinist et Thematic Emanation …, la création d’un label –Sundust Records– en association avec le boss de Debemur Morti et la sortie du premier album de ce label – l’excellent Orphans Of The Black Sun de Mütterlein – ), le voici de retour avec un nouvel Ep. Reprenant le principe de Triunity (le partage du disque avec un autre groupe, en l’occurrence P.H.O.B.O.S), dernier Ep édité chez Debemur, le groupe partage la vedette avec Aevangelist, formation majeure dans le Black extrême actuel.

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Codex Obscura Nomina se présente en cinq morceaux, répartis équitablement question timing : une longue plage d’un peu plus de vingt minutes pour Aevangelist et à peu près la même chose pour Blut Aus Nord. Commençons par le long morceau sous acides d’Aevangelist. Autant vous prévenir, Threshold Of The Miraculous est un morceau démesuré, faisant preuve d’une ambition hors-norme et cherchant à embrasser tous les styles. Bon, certes, on a affaire à du Metal à la base, mais à mesure que le morceau déroule, on y entend aussi bien du Opeth que du Killing Joke, de la Darkwave que de l’électro, de l’Indus que du Dub, du Growl que des voix claires. Threshold… surprend constamment, tout en ruptures, en passant du lourd, très lourd même, à l’aérien, en étant polyglotte (avec une légère touche schizo) et en s’achevant après une montée impressionnante sans réellement se terminer. Ça vous paraît étrange comme formule ? Tentez l’aventure vous comprendrez mieux ce que je veux dire. On retrouve cette étrangeté également dans la production, par moments écrasante, anxiogène même, et ailleurs à la limite du cheap.  Pour ceux qui seraient un peu paumés par cette description, je résumerais de façon très simple : Threshold… est une sorte de métal progressif accidenté complètement barré qui se prend les pieds dans tout ce qui dépasse et repart à l’aventure de plus belle après chaque gamelle. On se paume souvent dans ce labyrinthe, on hallucine régulièrement mais c’est pour le moins impressionnant. Et également d’une cohérence étonnante avec les morceaux qui l’ont précédé afin de former un tout parfaitement équilibré.

Passons à la partie la plus passionnante de cet Ep, les nouveaux morceaux de Blut Aus Nord. Ce que j’apprécie chez BaN, et apprécierai toujours, c’est cette identité unique que Vindsval a su se construire tout au long de sa carrière, d’une cohérence rare, cette façon de creuser inlassablement le même sillon sans jamais vraiment se répéter. Cet Ep ne déroge pas à la règle et se présente comme un résumé de toute la carrière du Bas-Normand : on retrouve le son unique de Blut Aus Nord dès les premières secondes d’Evanescent Hallucinations, entre l’indus de l’Epitome I de Sects, l’ambient malsaine de Mort et la déliquescence de Thematic. Resonnance(s) retrouve l’excellence dissonante de Mort, une ambiance poisseuse, mystique, malsaine avec cette sensation de s’enfoncer à chaque pas et d’avoir la tête maintenue en quasi permanence dans la vase. Parallel Echöes renvoie quant à lui l’ambiance de The Work/TEAM avec une sorte de Metal Ambient apocalyptique rampant, fascinant et toujours aussi malsain.

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Bref, jusque là, rien de nouveau : Blut Aus Nord fait du Blut Aus Nord. C’est du très haut niveau, ça frise même l’excellence (notamment Resonnance(s) ) comme souvent, mais un soupçon de déception pourrait poindre le bout de son nez au final. Pourtant il n’en et rien. Parce que Vindsval a cette capacité incroyable de toujours se renouveler, de ne jamais faire deux fois le même disque. On pensait l’affaire pliée avec cet Ep, se dire qu’il ferait parti des très bons disques sans pour autant atteindre le haut du panier (qui reste Mort, The Work, la série des 777, ou les Memoria Vetusta II et III) mais c’était compter sans le génie de Vindsval et de l’hallucinant Infra Voices Ensemble. On savait Vindsval très éclectique dans ses choix musicaux (en vrac Boards Of Canada, Woven Hand, Autechre, Bowie, Coltrane, Sonic Youth), on connaît également son appétence pour tout ce qui sort des sentiers battus, son intransigeance; avec Infra Voices, tel un Frankenstein, il tente une greffe entre son univers, glauque au possible, et la … Dance. Oui vous avez bien lu : la Dance. Rassurez-vous, ce n’est pas de la Goa, ni de la Transe, mais plutôt la danse de Saint-Guy ou encore celle que ferait vos membres s’ils étaient déchiquetés et éparpillés un peu partout par une meute de chiens errants affamés. Le résultat, tout bonnement ahurissant, vous fait atterrir, après quelques secondes d’introduction, en live dans l’œil du cyclone et vous emporte dans une spirale ascensionnelle dont vous ne parviendrez pas à vous défaire, partagé entre fascination et stupéfaction. C’est étonnant, absolument inédit (comme s’il s’était mis en tête de vous faire danser avec Mort, son album le plus glauque/malsain/fascinant de sa discographie) et ouvre de nouvelles perspectives passionnantes.

Aussi, comme à chaque disque, Vindsval prend un malin plaisir à nous surprendre (ça fait plus de vingt ans que ça dure) et, au vu du talent déployé sur ce dernier Ep, on peut légitimement se dire que ce n’est pas prêt de se terminer. En voilà une bonne nouvelle.

Sortie le 17 juin chez Debemur Morti et chez tous les disquaires satanistes équipés de bas-fonds glauques et visqueux.

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