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Cemeteries, Barrow, vague à l’âme…

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Ecrit par Mag Chinaski

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« There are two different stories in horror: internal and external. In external horror films, the evil comes from the outside, the other tribe, this thing in the darkness that we don’t understand. Internal is the human heart. »
John Carpenter

Quoi de mieux que de citer Carpenter pour parler de Kyle J. Reigle a.k.a. Cemeteries, quand on sait que cet américain de 25 ans est féru de films d’horreur des Maîtres du genre depuis toujours, et que cette passion influence sa musique de façon évidente… son jour préféré de l’année étant : Halloween !

Après un album autoproduit en 2010, Speaking Horrors, un album signé chez Lefse Records en 2012, The Wilderness, sans parler des titres qu’il offre sur son Bandcamp… c’est le 27 juillet dernier que Cemeteries a choisi pour nous sortir un 3ème album, Barrow, chez Track and Field Records et Snowbeast Records.
Au milieu de l’été, en toute discrétion, à l’image de sa personnalité introvertie et timide, il nous livre un album empreint d’une certaine nostalgie qui évolue entre dream pop et ambient éthéré durant 48 minutes… 48 minutes où l’on a envie de rester suspendu dans cet univers à la fois lumineux et inquiétant.

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L’album s’ouvre sur une lugubre Procession, rythmée par le bruit des vagues, et cette montée de synthés, qui se fait de plus en plus oppressante, la basse qui résonne telle une menace qui se rapproche, réverbération des voix spectrales, j’en tremble… mais dans quel pétrin nous a encore fourré Kyle J. Reigle ? – si vous avez l’occasion, je vous conseille de l’écouter au casque, dans une ambiance feutrée, au calme, de fermer les yeux et de rentrer dans le film…

Mais la suite semble plus engageante, Nightjar nous éloigne de ce danger, le bruit des vagues devient lointain, et nous décollons vers un ailleurs, dans une sorte d’urgence… Nightjar, je me suis demandée de quoi il s’agissait, ça signifie engoulevent, l’occasion de faire un peu d’ornithologie puisqu’il s’agit d’un oiseau crépusculaire et nocturne… mais blague à part, ce titre est sublime, la voix de Reigle est réverbérée de toutes parts, on reste dans une ambiance cotonneuse et dissonante à la fois, embarqué par la batterie qui accélère le mouvement dans une rythmique pressante et marquée.

Ce qui nous emmène jusqu’à la lune, Luna (Moon of Claiming), qui n’est pas sans rappeler Grizzly Bear, dans l’esprit, intro de piano cristalline, ballade atmosphérique, montée dramatique, larmes aux yeux… Can You Hear Them Sing ?, single de l’album, tensions électriques au début et à la fin, toute la mélancolie de l’été dans un titre, les journées qui rallongent, les pensées qui affluent, comme des fantômes qui nous hantent, on les entend planer au-dessus de nous, voix célestes, basse lourde, guitare brute, comme en suspension, noyée dans les nappes organiques… et ce clip !

Et tout l’album est ainsi, Cicada Howl, tout en distorsion, oserais-je dire… de l’âme ? I Will Run From You, beaucoup plus pop, envoûtant, lumineux… Empty Camps, boucle de synthé 80’s, beat électro, une patte synth-pop qui se marie bien avec la voix de Reigle toujours enfermée dans sa chambre d’échos magiques !

Sodus, drôle de nom me direz-vous, Sodus est un village de l’Etat de New York, pas très loin de Buffalo dont est originaire Kyle J. Reigle, établi aujourd’hui à Portland… mais aussi un des rares morceaux où la guitare est en avant, plus incisive, rythmé au médiator, relents de gimmick funky reverbé, le retour du bruit des vagues à la fin du titre mais qui semble à présent bienveillant… un de mes préférés aussi, mais puis-je seulement choisir parmi toutes ces merveilles que nous offre Cemeteries, nous sommes bientôt arrivés à la fin du film, et je sens que ça va être dur de revenir à la réalité après ce moment introspectif, regarder à l’intérieur de soi… soi, source de tous les regrets, actes manqués et peurs qui nous animent, je reviens sur la citation en introduction, Reigle en passionné de films d’horreur, nous emmène dans la seconde forme du genre, la forme interne, celle du cœur, berceau de nos émotions… au milieu d’un été froid et nostalgique.

Barrow se referme sur Our False Fire On Shore, morceau le plus long, 7min23, tourmenté, arpèges de guitare hypnotique, arpeggiator lancinant, montée absolument divine, finira-t’on apaisé après tant de tourments… le bruit des vagues semblent en attester ! En revanche, il va me falloir un moment pour reprendre mes esprits, qui se sont peut-être mêlés à ceux qui ont hanté tous les titres de cet album…!

Le 3ème album de Cemeteries, Barrow, est sorti le 27 juillet 2015 chez Snowbeast Records pour l’édition cassette à 50 exemplaires, chez Track and Field Records pour l’édition vinyle (vinyle vert) limitée à 100 exemplaires, et bien sûr la version digitale disponible sur son Bandcamp.

Site / Snowbeast Records / Track and Field Records / Facebook

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2 commentaire(s)

  • well miss Mag.! great job! did listened to it with my studio headphones – it was great; i’ll come back to it later – it’s a great work of listening & analyze 🙂 i specially appreciate the nightjare bein’ an ‘ornithologue’ myself… keep the gOOd sound around!! ++ Mr Gé

    • Je suis ravie que ça t’ai plu, au casque ça prend tout son sens ! 😉 Un album sublime un peu passé inaperçu au milieu de l’été… ahahah tu es un ornithologue de la musique ! Tu me fais penser qu’il faut que j’aille écouter ton nouveau titre, pas eu le temps encore… et qui sait peut-être qu’un de ces 4 ce sera sur toi que j’écrirais ! En attendant, bonne zic’ ! :))

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