Chronique Musique

Dans la tête de Pomme

Pomme
Photo : Emma Cortijo

C’est un album auquel je ne m’attendais pas. Je n’avais pas accroché avec les premiers morceaux de Claire Pommet, alias Pomme. Puis le single de son deuxième album je sais pas danser est sorti. La pochette délicatement dessinée, bleue, étrange, m’a d’abord interpellée. J’ai adoré la mélodie, simple ritournelle de guitare hypnotique. Et les mots aussi, comme un miroir de ma propre expérience, du rapport au corps parfois maladroit et lourd à porter que l’on s’inflige. De cette difficulté à sortir de sa tête, à ne plus penser et juste bouger.

Parfaite introduction donc, à l’album les failles, sorte de journal intime sensible qu’elle dévoile avec pudeur et poésie. Co-réalisé avec Albin de la Simone, c’est un intrigant mélange entre chanson française et folk rêveuse. La première chose que l’on remarque, c’est que Claire Pommet s’est affranchie de sa maison de disque qui l’avait mise dans la mauvaise case pour le premier opus. Cet album, elle l’a entièrement imaginé. Libre. Liberté qui se ressent dans la simplicité des morceaux. Aucune superficialité, l’essentiel apporté par une voix habitée. Une voix chevrotante parfois, mélancolique souvent.

Pochette par Ambivalently Yours

« Je suis celle qu’on ne voit pas, je suis celle qu’on entend pas. Je suis cachée au bord des larmes, je suis la reine des drames. » est la première phrase fredonnée, bon résumé des thèmes qu’elle aborde dans ses textes. L’anxiété, donc, celle qui poursuit, qui ronge. Puis la maternité dans Grandiose, où elle chante son désir d’enfant, ancré depuis son adolescence, avant même qu’elle connaisse l’amour et sa propre sexualité. Les mots sonnent juste et fort: « Depuis que je n’ai pas le droit, je veux un enfant dans le ventre. J’aurais dû sûrement taire parfois l’envie si grande et menaçante. […] Grandiose la vie que j’avais inventée pour toi, la vie qu’on nous vend bien tracée, une vie comme ça n’existe pas.« 

Pomme

Claire Pommet par Emma Cortijo

Pomme raconte le quotidien de façon impressionniste : par touches, floues, cotonneuses, estompées… Le sens des phrases est parfois sibyllin, mais on se laisse porter par la joliesse du tableau. Les séquoias, superbe ballade qui nous promène au milieu des arbres  « […] avant la rivière asséchée, avant que tout soit emporté, je veux retourner dans l’allée, entendre les séquoias chanter« . Puis ce sont les oiseaux qui nous transportent en hiver, « Quand tombe sur tes cils, un voile de flocons, c’est le froid qui habille les toits des maisons, quand le ciel te fait des dons.« 

La mort, récurrence assumée, se transforme en touchante chanson portée par l’autoharpe dans pourquoi la mort te fait peur. Elle rejoint la lumière qui évoque la perte de mémoire due à la vieillesse, le temps qui court, toujours: « Dans le château des secrets, tu es le moins âgé. Tu en connais des secrets, tu les dis pour pas les oublier. Oublier tes enfants, et les enfants de tes enfants, oublier ton prénom et le chemin de la maison. Le précieux de ton passé, de tes joies, tes colères, tu ne peux pas t’en rappeler, c’est le vent qui te fait toujours taire. Si  le vent a dévasté dans tes yeux le reste de lumière, on pourra se retrouver tous les deux bien au chaud de la terre« , et enfin l’astre. 1,2,3 soleil : « Ne me demandez pas pourquoi quand vient l’hiver et le grand froid, on voudrait tous mourir. »

Saphir, c’est la rupture amoureuse, la blessure qu’elle décrit merveilleusement. Telle une conteuse du quotidien, elle rend belles la banalité et la tristesse. Ce talent se confirme dans une minute, où une voix de répondeur (celle de sa grand-mère?) se répète en s’évaporant dans un nuage électronique. C’est troublant, surtout lorsque le dernier chant se nomme chapelle et s’envole dans les hauteurs du bâtiment sacré, a capella.

Album qui se révèle au fil des écoutes, les failles est un bijou brûlant de vérité, à écouter au coin du feu ou dans le noir. Parfait pour bercer votre automne, donc.

Pomme les failles
Sorti le 1er novembre 2019 chez Polydor.

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