On a tendance à vouloir protéger les enfants de tout. Des chagrins, des échecs, des doutes. Comme si grandir devait se faire sans heurts. Les deux albums proposés par les P’tits Jouvence prennent le contre-pied de cette idée. Ils ne contournent pas les émotions difficiles mais les accueillent, les regardent en face et montrent qu’elles font partie du chemin. En somme, ces deux livres permettent aux enfants d’adoucir leur rapport à la tristesse.
Dans Un jour, le bonheur est parti de Marik Flament et Viviane Séguy, tout commence par une absence. Le bonheur s’en va, sans prévenir, laissant une petite fille face à un vide qu’elle ne comprend pas. Plutôt que de subir, elle part à sa recherche, accompagnée de son doudou girafe. Une quête d’apparence naïve, mais qui constitue finalement un voyage intérieur plus que géographique. Et au fil des pages, une évidence se dessine. Le bonheur ne s’était pas envolé. Il s’était simplement mis en retrait. Et c’est dans les moments partagés du quotidien, en allant cueillir des mûres ou en s’extasiant devant le lever du soleil qu’il revient. Sans qu’on l’attende.
Le livre touche par sa douceur mais surtout par sa justesse. Il ne nie pas le chagrin et le traverse. Il rappelle que les émotions sont mouvantes, qu’elles passent, reviennent, et que l’on peut apprendre à les apprivoiser. C’est une belle manière d’aborder la résilience, avec une simplicité désarmante.

Dans La sorcière qui ratait tout de Jessica Mazelle et Delphine Balme, le point de départ est différent et il s’adresse peut-être à des enfants légèrement plus âgés. Natty l’apprentie sorcière échoue tout le temps. Pour les potions magiques, monter sur un balai et bien d’autres expériences qui font le quotidien d’une sorcière. Elle devient celle dont on se moque, au point d’être affublée du terrible surnom d’Abracadacata ! Rejetée par sa communauté, elle s’éloigne, se replie et s’installe seule au fond de la forêt. Comme si s’effacer était la seule solution.
Et puis une rencontre vient tout bouleverser. Une petite fille, elle aussi un peu à part, croise sa route. Et soudain, ce qui était perçu comme une incapacité révèle ses aptitudes. Rater, ici, devient une autre manière de faire, une autre façon d’exister. Là où Natty voyait ses limites, il s’agissait plutôt d’une différence bienvenue, à condition qu’on choisisse le bon point de vue pour l’observer.
Le message est limpide sans être appuyé. L’épanouissement ne consiste pas à rentrer dans une norme, mais à trouver sa place, même si ce n’est pas celle qui est attendue. Le récit invite à regarder autrement ce que l’on considère comme des défauts, à y voir des possibles plutôt que des freins.
Ces deux albums dialoguent finalement très bien ensemble. L’un parle de ce qui nous échappe, l’autre de ce que l’on ne maîtrise pas. L’un cherche le bonheur alors que l’autre cherche sa place. Et tous deux rappellent que les réponses ne sont jamais très loin. Elles demandent simplement un peu de temps, de courage, et ce regard capable de transformer une chute en point d’appui.




