Certains jeux reposent sur la stratégie et d’autres sur la réflexion. Et puis, il y a ceux qui fonctionnent surtout grâce à l’investissement des joueurs autour de la table. Ce n’est pas la première fois que nous évoquons ce type de jeu qui fera un flop si les convives n’y mettent pas du leur. En effet, le succès de ces jeux dépend des regards en coin, des sous-entendus, des coups bas et des éclats de rire qui surgissent sans prévenir. Smile Life et Linq appartiennent clairement à cette catégorie. Ces deux jeux sont aussi différents dans leur mécanique que dans leur thématique, mais ils ont en commun une certaine intention, celle de transformer le jeu de société en un petit théâtre social où chacun se met en scène et essaye de deviner les intentions des autres.
Smile Life, créé et illustré par Alexandre Seba, propose une idée simple et assez savoureuse puisqu’il s’agit de construire sa vie en accumulant des cartes représentant les grandes étapes de l’existence. Amour, études, carrière, argent, loisirs ou famille viennent former une sorte de parcours personnel censé générer un maximum de points de bonheur indiqués sur les cartes. Il y aura évidemment une certaine cohérence puisque vous devrez, par exemple, jouer des cartes « études » avant de candidater à des métiers nécessitant plusieurs années de formation.
Le problème, évidemment, c’est que les autres joueurs n’ont aucune intention de vous laisser vivre heureux. Nous sommes dans un jeu compétitif, et l’objectif est de gagner. Accidents, impôts, divorces ou séjour en prison viennent régulièrement s’inviter dans votre existence, envoyés avec un certain enthousiasme par vos voisins de table. Le jeu fonctionne donc comme une satire d’une certaine conception de la vie moderne où certains tentent d’optimiser leur bonheur en sabordant celui des autres. Le ton est volontairement irrévérencieux et le plaisir vient surtout des situations absurdes qui émergent au fil de la partie. Derrière sa mécanique très accessible, Smile Life propose bien plus qu’une version améliorée du cultissime mais dépassé Destins puisqu’il s’agit finalement d’une critique amusée de nos petites ambitions quotidiennes à laquelle on se plie volontiers dans un élan cathartique.
Avec Linq, publié par OldChap Éditions et conçu par Andrea Meyer, Erik Nielsen et Christophe Hermier, l’ambiance n’est plus la même. Il est ici question d’espionnage, et il faut donc rester discret. Se jouant de 4 à 8 joueurs, ce jeu offre à deux d’entre eux le rôle d’espion qui prennent connaissance d’un mot secret commun. Leur objectif consiste donc à se reconnaître sans se dévoiler, tandis que les autres participants tentent de deviner qui sont les traitres.

Pour parvenir à dénouer le mystère, chacun écrit et annonce à tour de rôle un mot, et ce pendant deux tours de table. Ces mots servent d’indices plus ou moins subtils pour que les espions se reconnaissent. Mais attention, si les mots choisis sont trop évidents, ils risquent d’attirer les soupçons. Les innocents, eux, tentent de s’immiscer dans cette étrange conversation pour brouiller les pistes. Le résultat donne un jeu d’observation et d’interprétation assez jubilatoire, où chaque mot prononcé peut être vu comme un indice ou une tentative de manipulation.
Linq est un jeu initialement édité en 2004, qui bénéficie d’une nouvelle édition bienvenue. Auparavant, le système permettant d’attribuer à chaque joueur son mot de passe était chronophage puisqu’il fallait absolument remettre toutes les cartes dans le bon ordre. Avec la « technologie américaine » (une roue permettant de dévoiler aléatoirement un nombre de 0 à 99) et des livrets nominatifs, la phase de préparation qui était autrefois indigeste devient parfaitement fluide. Et ceci permet à Linq, qui est le grand frère de toute une génération de jeux de Traitre mot à Undercover, de retrouver tout son éclat.
Dans ces deux jeux, le plaisir vient donc essentiellement des interactions entre les joueurs. Smile Life amuse par ses coups bas et ses rebondissements improbables, tandis que Linq brille par son jeu de déduction et de bluff autour de simples mots. Deux propositions très différentes donc, mais qui vont vous conduire à chercher à savoir ce qui se passe dans la tête de votre voisin.




