Chroniques Musique

Tindersticks, parenthèse engagée

Comme l’a précisé lui-même Stuart A. Staples, Distractions, le 13ème album de Tindersticks, n’est pas le fruit du confinement mais plutôt l’occasion ou l’opportunité de mettre une touche finale à quelques idées et projets en suspens.

Bien sûr, la pandémie actuelle a influencé la manière de travailler du groupe que nous avions retrouvé plus que ressoudé pour le magnifique No Treasure But Hope sorti en 2019 (chroniqué ici par l’amie Mag). Ainsi les chansons de nouvel album prennent racine dans le cerveau en ébullition de Stuart Staples et sa bande, depuis de nombreuses années pour certaines d’entre elles.

Le groupe n’a en effet disposé que de quelques courtes semaines, l’été dernier, entre 2 vagues, pour se retrouver  chez Stuart, dans son studio du Chien Chanceux dans le Limousin et enregistrer ces sept nouvelles chansons avant un mixage final en septembre.

Stuart A. Staples, Neil Fraser, David Boulter, Dan McKinna, Earl Harvin – entourés de fidèles compagnons comme Côme Jalibert ou Gina Foster qui illumine de sa grande voix, A Man Needs A Maid, reprise du classique de Neil Young ainsi que d’un quartet à cordes – nous offrent un album surprenant, qui sonnera sûrement à part dans la discographie du groupe de Nottingham.

Certes, nous retrouvons le Tindersticks qu’on aime depuis maintenant 30 ans : la qualité des compositions et de l’instrumentation, la voix exceptionnelle de Stuart et sa capacité à faire sienne des chansons issues de répertoire d’artistes aussi divers que Neil Young donc mais aussi The Television Personalities (You’ll Have To Scream Louder) et la chanteuse et poétesse américaine Dory Previn (Lady With The Braid).

Mais le groupe surprend sur le titre Tue-Moi, émouvant morceau où Stuart Staples s’essaie au français et composé en réaction aux attentats à Paris et Manchester, mais aussi par les deux longs morceaux, entre minimal wave,  indietronica et field recordings, qu’on imaginerait très bien plutôt illustrer quelques images de Claire Denis.

Man Alone (Can’t Stop The Fadin’), en particulier devrait dérouter plus d’un fidèle fan de Tindersticks. Ses onze minutes hypnotiques et électro, son ambiance fin du monde entre orages et bruits de la ville, tout concourt à embarquer l’auditeur dans de sombres ruelles autrefois foulées par le Suicide de Martin Rev et Alan Vega.

Le final de The Bough Bends apparait comme le contrepoint de Man Alone, longue chanson mélancolique, débutant par quelques chants d’oiseaux et portée par de magnifiques instruments donnant matière au chant parlé de Stuart Staples.

Entre ces deux étonnants et superbes morceaux, le groupe s’essaye donc au français (Tue-Moi) et nous plonge en plein rêve avec l’éthéré et troublant Imagine You. Côté reprises, il pioche dans le Painted World du groupe Television Personalities du génial Dan Treacy, les mots pour exprimer la colère que génère le monde d’aujourd’hui (I’ve Got No Respect For People In Power They Make Their Decisions From Their Ivory Towers And I Feel So Frightened And I Feel So Violent) et fait (re)découvrir une grande dame de la chanson traditionnelle américaine avec ce magnifique Lady With The Braid.

Parenthèse engendrée par les circonstances ou nouvelle direction, il est encore trop tôt pour dire quelle place prendra Distractions dans la discographie des Tindersticks. Il confirme néanmoins, et avec brio, le talent unique de Staples et de sa bande !


 

DistractionsTindersticks

 

City Slang 19 février 2021

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Image bandeau : Julien Bourgeois

 

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