Regarder le passé pour mieux affronter l’avenir, c’est ainsi qu’on pourrait résumer Spirales, le nouvel album de Dominique A, ample et dense (16 titres pour plus d’une heure de musique, Dominique A avait en tête le Songs For Drella de Lou Reed et John Cale comme disque repère).
Si quatre ans plus tard, il retrouve une partie de l’équipe du magnifique Monde Réel, il se présente ici comme le leader d’un vrai groupe autour de lui, partageant ses idées et compositions dans le studio Le Garage Hermétique à Rezé à ses 3 compères. En effet, Sébastien Boisseau à la contrebasse, le batteur et percussionniste Étienne Bonhomme et le claviériste Julien Noël jouent un rôle essentiel dans la qualité du disque enregistré par Pierre Le Gac.
Et Dominique Ané me direz-vous ? Et bien, il a retrouvé le plaisir de jouer de la guitare, bien plus présente que sur ses derniers disques, ce qui en soi est déjà une bonne nouvelle. Ce qui ne change pas, c’est qu’il chante toujours aussi bien ses textes pleins de poésie, d’humour et d’un peu de colère.
La colère ici elle s’exprime sur une société inégalitaire et capitaliste, dans la lignée de sa décision de boycotter l’univers Bolloré, comment ne pas y penser à l’écoute d’un Bromure, par ailleurs splendide et toute en retenue, quand il chante « à la merci de pourritures qui mènent le monde depuis toujours » ou envahissants septuagénaires ». Plus loin, l’hypnotique Coltan nous rappelle que des gamins s’épuisent au fond de mines pour nous permettre de faire « mumuse »sur les réseaux sociaux.

Dans la même veine électrique et énervée, Shining à 12 ans décroche la timbale, guitares saturées, rythmique post-punk et un Dominique A qui débite ses paroles comme un Pascal Bouaziz survolté. Ce souvenir cinématographique s’inscrit dans ces chansons autobiographiques qui dominent Spirales. Forcément, la musique y tient une place plus que prépondérante, à commencer par le merveilleux Mark, émouvant et d’une profonde tristesse, puisqu’il évoque Mark Long, le chanteur et guitariste d’Opposition, groupe mythique du début des années 80 et décédé en 2022.
Picasso Y Los Simios (groupe éphémère nantais mené par Eric Deleporte de Perio) est tout aussi superbe, avec ces guitares délicates et une contrebasse magique. Nantes est omniprésent tout le long du disque, mais Dominique A va plus loin et nous emmène sur la route de ses souvenirs en partant de Provins, sa ville natale. Spirales s’ouvre ainsi sur La Roue Du Jardin Garnier, souvenir d’enfance sur fond de guitares électriques.
La ballade temporelle se poursuit en passant par La Rue Des Flandres, sur laquelle son chant atteint des sommets, détour par Longueville jusqu’au 39 Rue Sainte Croix. La musique n’est jamais loin (« Sur fond de Clash et de Stranglers »), la nostalgie déborde de partout, le retour sur ces lieux d’enfants ou d’ados n’est pas si simple. Dominique A tourne beaucoup sur cette idée du retour ou de l’abandon, Un Jour J’ai Disparu et son pendant Evanoui (Un Jour J’ai Disparu 2) en sont la belle démonstration, toutes guitares en avant, entre espoir de retrouvailles et fatalisme. Le Silence Des Autres est parfois terrible même s’il nous donne là une chanson de toute beauté.
Spirales s’écoute comme on lit un livre, concentré, attentif, à la recherche du moindre détail, tout en sachant qu’on a entre les mains un des grands disques de Dominique A, Apparaitre Sur Les Quais et sa mélodie cajoleuse, la tension sourde de La Terre A Personne, comme à l’époque de Remué ou l’intime émotion du La Brique Orange, comme un beau ciel traversé d’éclairs.

Symboliquement, Spirales se termine sur La Claire Obscurité, comme le chapitre conclusif d’un livre de souvenirs, mélodie inspirée par Marc Seberg, texte entre espoirs et désespoirs et surtout 4 musiciens en parfaite harmonie. Dominique A a tout l’air de s’éloigner sur la magnifique pochette de Spirales signée par Laétitia Begou vers un avenir incertain, on ne demande qu’à le suivre encore et encore.

Dominique A · Spirales
Cinq7 / Wagram Music – 09 Octobre 2026


