Chroniques Musique

Grèn Sémé, surgeon de Maloya

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]L[/mks_dropcap]e Maloya, tout à la fois musique, chant et danse de La Réunion, est inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco depuis 2009. Cette inscription prestigieuse n’a heureusement pas eu pour effet de le mettre sous cloche en le figeant dans une sacralisation mortifère.

Objet musical et identitaire métissé et mouvant, il porte en lui le profane et le sacré, la joie et la douleur, la révolte et le rassemblement. Des années soixante à la fin des années soixante-dix, l’administration française a tenté de contrôler sa visibilité dans l’espace public.

Au lieu d’étouffer les braises, elle en a attisé les flammes. Depuis lors, la scène Maloya réunionnaise est vivace et florissante, et certains de ses représentants rayonnent au-delà des contours de l’île intense.

Grèn Sémé, quintet réunionnais qui a fêté sa première décennie d’existence, est de ceux-là.

Le groupe est un surgeon qui prend racine aux origines du vénérable Maloya tout en développant sa propre couleur musicale. Il qualifie sa musique de « Maloya évolutif ». Elle mêle les sonorités ancestrales du genre à travers ses instruments traditionnels (le kayamb entre autres) aux lignes rudes du rock, le tout teinté d’arrangements électroniques tandis que la voix grave et claire du chanteur, Carlo de Sacco, déroule les textes en créole et en français, tantôt chantés, tantôt slamés.

Grèn Sémé est actuellement en tournée internationale avec son deuxième album Hors-Sol, produit par Jean Lamoot (Noir Désir, Bashung, Dominique A,…) sur le label Washi Washa/Warner.

Couverture album Hors Sol Gren Semé
Visuel album Hors Sol Grèn Sémé – Crédit Jimmy Cadet et Jean-Christophe Mazué

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]C[/mks_dropcap]e manifeste musical poétique et politique résonne comme un plaidoyer pour un retour à la terre, entendu comme racines et terre nourricière. L’indignation irrigue Hors-Sol ; elle se fait tantôt litanie sombre dans Une minute de silence ou ritournelle enfantine dans Marguerite. Dans cet album, il y a la nostalgie du petit pays enseveli sous des couches de béton, d’asepsie et d’arrogance humaine incarnée par le dansant (et amer) Ti Marik ou la complainte Hors-Sol, titre éponyme. En parallèle, il y a l’espoir de voir affleurer un monde réenchanté dans lequel les enfants peuvent déposer leurs rêves, comme dans Zazakèl, et où les Hommes se reconnectent à la terre et à eux-mêmes.

Car Carlo de Sacco est un chanteur-citoyen révolté mais pas désespéré. Il ne se contente pas seulement de dire et de porter sur scène la voix de ceux qui en sont privés (ce qui est déjà beaucoup), il agit.

Il s’attèle par exemple avec un ami au développement d’une grainothèque, et imagine que les concerts du groupe puissent être le lieu d’échange de graines entre le public, pied de nez ludique et engagé à ceux qui privatisent le vivant. Dans les ateliers d’écriture qu’il anime, il s’attache à donner aux enfants les outils nécessaires pour faire germer leur écriture et accéder à leur propre voix dans la langue créole, une langue longtemps minorée et reléguée au rang de dialecte folklorique.

À travers son chanteur habité et engagé, il y a fort à parier que toutes les graines semées par Grèn Sémé s’enracinent profondément et donnent naissance à leur tour à de nouveaux surgeons de Maloya, de créolité et, en définitive, d’humanité.

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