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Soap&Skin : « Créer c’est aussi prendre des risques » – Interview

Soap&Skin
Soap&Skin par Evelyn Plaschg
Écrit par Holy-me
Soap&Skin sortira son troisième album le 2 novembre et dire que nous l’attendions est un euphémisme. Après Lovetune for Vacuum en 2009 qui fut celui de la rencontre puis Narrow en 2012 où elle atteignait le sublime arrive enfin From Gas To Solid – you are my friend, ce troisième album après 6 ans d’absence. Malgré une petite réapparition il y a 3 ans avec sa reprise de Mawal Jamar de Omar Souleyman,  l’artiste s’était fait discrète musicalement parlant.
Durant ces 6 années d’attente Anja Plaschg a tout simplement vécu. Elle a commencé par donner la vie à une petite fille en 2013 et a fait ses débuts en tant qu’actrice pour deux films Autrichiens, Stilleben et Die Geträumten. Elle a ensuite composé pour des pièces de théâtre autrichiennes ou le cinéma. Elle a aussi collaboré avec Apparat (chanson Goodbye qui est la BO de la série Dark et qui avait été initialement utilisée pour Breaking Bad).
Son retour scénique s’est fait il y a quelques semaines en intégrant l’ensemble Stargaze (avec Anna Calvi, Laetitia Sadier, André de Ridder, Jherek Bischoff) pour reprendre des chansons de l’album Blackstar de David Bowie à Hambourg, Paris et Amsterdam.
Et puis le 7 Août dernier, au cœur de l’été :

 

Et très rapidement une date officielle de sortie de nouvel album. Nous avons rencontré Soap&Skin au cœur de cette rentrée. Fragile, intimidée, toute en retenue elle a accepté de répondre à quelques questions.

 

Le disque s’ouvre sur « This Day », un titre piano-voix qui aborde vos interrogations sur l’état du monde. L’art t’aide-t-il à dépasser tes peurs ?

(La réponse tarde à venir) … Oui, j’espère … j’espère.

Cet album, depuis quand le prépares-tu ?

J’ai fait beaucoup d’ébauches ces 6 dernières années et puis il y a un an, j’ai décidé d’écrire tous les textes jusqu’à la phase finale, en juin.

Les trois titres « Italy« , « This is water » et « Safe with me » extraits de la BO du film « Sicilian Ghost Story » ont été composés spécialement pour le film ou faisaient-ils d’abord partie de l’album ?

Safe with me n’a pas été écrite pour le film, ils me l’ont demandée. En revanche j’ai écrit Italy et This is water pour le film, mais This is water n’a finalement pas été utilisée.

Le premier single que tu as choisi pour dévoiler ce nouvel album est « Heal ». Est-ce celui qui pourrait résumer le message de l’album ?

Oui, peut-être, et puis c’est la dernière chanson que j’ai terminée et j’ai décidé très vite d’en faire mon premier single. J’ai changé tous les plans à la dernière minute.

C’est  la voix de ta fille que l’on entend à la fin du morceau ?

Oui … (sourire)

Quel est ton processus de création ? Est-ce que tu en as un ou tout se fait à l’instinct ?
« C’est moi qui ai changé et ainsi les chansons sont nées. »

Je n’ai pas de méthode, tout est à l’instinct. Le principal changement par rapport à mes précédentes créations réside dans la manière de ressentir les choses. J’ai voulu me connecter à « l’Altermonde », avec les gens et avec ce qu’il se passe dans le monde. La partie création, les moments, les choses autour de moi n’ont pas changé. C’est moi qui ai changé et ainsi les chansons sont nées.

Il apparaît en signature du titre « This is water » une dédicace à David Foster Wallace. Peux-tu nous en dire plus sur cette dédicace pour l’auteur américain ?

En fait This is water est dédiée à son discours adressé aux lauréats de Kenyon Collège en 2005. Il a vraiment eu un impact très important sur ma façon de penser et j’y ai trouvé une réponse à toutes les grandes questions que je me posais. (le discours est disponible sur youtube dans sa version intégrale ici)

L’orgue tient une grande place dans le morceau « Falling« . Quelles images pourrais-tu associer à ce morceau entièrement instrumental et grandiose ?

Oh une image… La démence, l’effondrement, d’où ce titre « Falling« . Et puis j’ai ajouté ce clavier d’enfant un peu brouillon à la fin du morceau comme un symbole que quelque chose doit se produire à l’issue de la chute.

Le titre « Palindrome » qui suit « Falling » résonne comme un chant liturgique et répète en boucle ces paroles en latin « in girum imus nocte – et consumimur igni » (Nous tournoyons dans la nuit et nous voilà consumés par le feu). Que t’inspire ce propos ?

J’ai trouvé le sens de la phrase très percutant. Pour moi, le feu représente la passion et le désir et le tournoiement dans la nuit, c’est juste l’histoire qui se répète inlassablement.

« J’ai vraiment voulu pousser ma voix jusqu’à ses limites. »
Ton nouvel album est très varié entre les instants intimes et les moments plus extravertis… Le reflet de tes pensées ?

C’est ma manière de créer la musique. Collecter des morceaux de vie, des expériences et les replacer tels quels. Je m’ennuierais s’il n’y avait qu’un thème, une seule structure ou une technique de placement de ma voix. Comme si je ne sortais pas de ma zone de confort. À certains moments, j’ai vraiment voulu pousser ma voix jusqu’à ses limites, par exemple me placer tout près du micro ou au contraire proposer quelque chose de lointain. Créer c’est aussi prendre des risques.

La reprise finale de l’album « What a wonderful world » est sublime. Pourquoi avoir choisi ce morceau précisément pour clôturer l’album ?

Il y a un an, j’ai décidé de chanter cette chanson. Bien sûr, je l’ai entendue souvent auparavant, sans forcément y prêter assez attention. Mais à ce moment-là, je n’était pas dans une période très heureuse, vraiment pas. Et puis ça m’a frappée et j’ai ressenti l’urgence de dire ces mots-là, pour moi et pour les autres, et de ressentir leur vérité. Cela a été une manière heureuse d’ouvrir les yeux sur des choses qui semblent banales et qu’on a trop facilement tendance à oublier.

Soap&Skin

Soap&Skin par Evelyn Plaschg

As-tu déjà prévu une tournée pour cet album ? Pensé à une scénographie ?

Cela n’est pas prévu pour le moment. Ça viendra, mais je savais en écrivant ce disque que j’aurais besoin de temps pour me recentrer sur ma vie, et pour penser aux arrangements, à ma manière de l’interpréter, de frôler mes limites en public. Ça me rend nerveuse d’y penser alors je vais prendre le temps.

Tu as travaillé à la réalisation du clip. Est-ce un exercice qui te plaît et vers lequel tu pourrais te tourner à l’avenir ?

Je ne sais pas. Passer à la réalisation… non, je ne sais pas. Mais j’ai fait le plus gros du montage et de la post-production du clip. C’est quelque chose que j’avais déjà fait sur les précédentes vidéos. À vrai dire, je n’ai trouvé personne pour le faire mieux que moi ! (Rires) J’aimerais me débarrasser de cette partie du travail en fait, mais ça coûte très cher.

Il y a quelques semaines, tu as rendu hommage à David Bowie en interprétant des tires de Blackstar dans le cadre de l’ensemble Stargaze aux coté de Anna Calvi, Laeticia Sadier, André de Ridder et Jherek Bischoff. Que représente David Bowie pour toi ?

David Bowie m’a tellement touchée avec l’album Blackstar… Avant cela il n’était vraiment pas superstar préférée ! Je ne me sentais pas particulièrement proche de son travail. Évidemment je le respecte énormément. C’est vraiment ce disque Blackstar qui m’a littéralement époustouflée. Et puis l’homme a dit de grandes choses.

Retrouvez la chronique de l’album From Gas To Solid / You Are My Friend ici

soap and skin

Soap&Skin illustrée par Holy(me)

Sortie de From Gas To Solid / You Are My Friend le 2 novembre 2018 chez PIAS

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