Interviews

Au pays des merveilles de Yves Simon Partie 001

Yves Simon, que l’on soit musicien ou pas, nous sommes tous un peu ses enfants. Si l’on devait paraphraser Freud, il faut toujours tuer le père pour devenir soi. C’est un peu ce que font les musiciens qui reprennent les chansons de l’auteur d’Au Pays Des Merveilles De Juliet ou des Gauloises Bleues dans cette Génération(s) Eperdue(s)  comme un acte de passage de relais mais aussi un partage dans la réciprocité.

Yves Simon, c’est un peu le grand-frère qui nous guide dans nos apprentissages. « Tiens, tu devrais lire Rimbaud, Le Clézio… Tu devrais écouter Dylan,Jefferson Airplane mais aussi la jeunesse musicale d’aujourd’hui … Juliette ArmanetNicolas Comment ou Marc Desse et bien d’autres… Finalement, ils sont un peu moi et je suis un peu eux … Un lien perdu dans les hasards et l’ironie du temps. »

Nous avons voulu échanger avec le trop rare Yves Simon dans un entretien au long cours qu’il nous a accordé, qu’il en soit ici remercié.

Yves Simon
Nicolas Comment
Yves Simon, vous partagez votre vie artistique entre écriture de romans et chansons. Depuis quelques années, vous vous faîtes plus rare musicalement. Qu’avez-vous trouvé dans ce projet de compilation de vos titres chantés par d’autres, Génération(s) Eperdue(s) qui vous a donné envie de revenir vers la musique ? Quelle était votre intention ?

Yves Simon: Cela s’est fait par eux-mêmes et tout d’abord par un cd qui m’a été envoyé avec une étiquette sur laquelle était marqué Christine And The Queens ; que je ne connaissais absolument pas, elle avait repris Amazoniaque dans une version que j’aimais vraiment beaucoup. C’était déjà le titre tel qu’il est désormais sur la compilation. Presqu’en même temps, j’ai découvert cette vidéo de Soko que j’ai découvert sur Youtube sur les bons conseils d’un ami. Je vois Soko qui , depuis Los Angeles, avec une simple guitare reprenait Diabolo Menthe Le patron de Because le label de Christine And The Queens, de Soko; mais aussi de moi-même me contacte sans savoir tout cela pour faire des chansons à Charlotte Gainsbourg car il souhaitait que Charlotte chante en français. Cela ne s’est finalement pas fait car elle est partie aux Etats-Unis, elle venait d’accoucher. Cela ne s’est pas fait mais de cette démarche est née chez lui cette envie de me faire un tribute, comme il est quelqu’un de conséquent, il a acheté mes éditions musicales. J’avais mes éditions musicales pour mes propres chansons et pour d’autres artistes. Comme j’avais besoin d’argent car il y a moins de droits d’auteurs qu’auparavant, j’ai accepté de suite. D’autant qu’il me rachetait mon catalogue à un prix que je n’aurai jamais imaginé. Conséquence logique de cela pour lui, il m’a dit « Comme j’ai le catalogue de toutes tes chansons, c’est mon rôle de producteur de te proposer de faire un tribute.» Tout de suite, on trouve comme idée originale que chaque artiste qui participe à la compilation ait entre 20 et 30 ans et pas d’autres chanteurs de ma propre génération. J’ai trouvé que c’était une super idée. Dès que l’on a commencé à donner corps à ce projet, il me demande si j’ai une idée du titre que je souhaite donner à l’ensemble. Je vais puiser dans mon disque dur et très vite je trouve ce terme de Génération(s) Eperdue(s) que j’avais utilisé dans un article pour le Nouvel Observateur à propos du photographe Gilles Caron qui venait de mourir et qui avait couvert mai 1968. J’avais fait une page pour l’Obs que j’avais titrée Génération(s) Eperdue(s) Je trouvais cette notion de générations mêlées, la mienne à celle des autres chanteurs. D’où le pluriel du titre. J’ai sorti en parallèle un livre qui porte le même titre aux éditions Flammarion. C’est une collection de l’ensemble de mes textes de chanson. J’en avais déjà sorti un il y a quinze ou vingt ans chez Nathan mais il n’y avait dans cet ouvrage-là que 104 chansons. Il manquait les deux derniers disques.

Habituellement un Tribute, c’est un hommage initié par des artistes à un autre musicien. Pour Génération(s) éperdue(s), vous êtes au contraire très impliqué dans ce projet. Qu’ont en commun ces musiciens présents sur le disque ?

Y.S : Quand on a commencé à travailler sur ce projet, on venait de sortir un tribute à Téléphone. On en parlait beaucoup à la radio mais sans passer le disque. Tous les gens qui en parlaient disaient que c’était consternant et beaucoup moins bien que les originaux. Quand j’ai entendu ces avis, je me suis dit que je ne voulais surtout pas entendre cela sur celui que j’étais en train de préparer. Je me suis bien plus impliqué pour surveiller un peu tout et pour chercher des directions. Ma maison de disque Because a beaucoup d’artistes dans le même esprit que Christine & The Queens ou Soko, ils sont en appétit de ces jeunes inconnus. Ils étaient armés pour me proposer des gens que je ne connaissais pas. On me donnait des cds de démonstration si certains d’entre eux avaient déjà sorti quelque chose. Les artistes eux-mêmes m’envoyaient parfois des démos des premières chansons qu’il allait enregistrer. Juliette Armanet était, à la naissance de ce projet, totalement inconnue. On commençait à parler de Feu! Chatterton, pareil pour Radio Elvis. Moodoïd aussi mais moi je ne les connaissais pas. Avec Moodoïd, on a beaucoup travaillé ensemble, on a eu pas mal de discussions voire des disputes. Il avait fait une démo d’Au Pays des merveilles de Juliet que j’avais trouvée géniale et magique. Il a voulu la refaire car il voulait changer les sons de basse. Quand quelque chose est magique, même si tu ne changes qu’un son de batterie, si cela ne va pas, tu détruis la magie. Il n’a pas voulu m’écouter mais il a été convaincu a posteriori. On a finalement sorti le titre à la première façon qu’il avait faîte pour moi. Je l’aime beaucoup d’ailleurs, autrement je l’aurai refusé, j’en ai refusé six que je n’aimais pas. J’ai fait un travail de direction artistique mais plus sur des détails en attendant en même temps que chacun des artistes s’approprie un de mes titres. Quand j’ai entendu par exemple la version qu’a fait Flavien Berger de Macadam A Quatre Voies je me suis dit qu’il avait un talent fou ce garçon en se réappropriant ma chanson que je ne reconnais pas. Il est le meilleur exemple sur ce disque de cette démarche de s’approprier une chanson et d’en faire toute autre chose et d’absolument formidable.

Avez-vous été surpris de voir que la jeune scène française connaissait votre répertoire et pour certains d’entre eux s’en réclamaient ?   Que pensez-vous que ces musiciens ont retenu de votre parcours musical ?

Y.S : Oui, quand même… Je connaissais certains musiciens qui se réclament de mon répertoire mais qui ne sont pas sur cet album, des gens un peu plus âgés comme Dominique A qui a repris Ma Jeunesse s’enfuit il y a quelques années. Je ne pouvais pas intégrer Dominique A car il ne correspondait pas à ces critères. C’est pareil pour Delerm qui est venu me voir à l’Olympia. J’ai découvert en faisant cette compilation que Juliette Armanet, par exemple, s’était inspiré de mon travail pour son premier disque. D’autres m’ont connu en biaisant. Clou qui chante Les Gauloises Bleues me connaissait par Emilie Jolie, un disque pour enfants de Philippe Chatel. Elle m’a expliqué qu’elle a appris à me connaître un peu plus tard par ses parents. Quand elle descendait pour les vacances au bord de la mer, dans la voiture familiale, il y avait mes chansons. Ils m’ont souvent connu par leurs parents. Par exemple, Christine a beaucoup écouté le disque Amazoniaque dont son père était très fan. Certains disaient s’être inspirés de mes chansons pour leurs ambiances mais ils s’étaient peu exprimés là-dessus. J’en étais d’ailleurs un peu triste et là je vois que les langues se délient, c’est parfait.

J’ai demandé à Nicolas Comment et Marc Desse ce qu’ils avaient retenu de leur collaboration avec vous.Qu’avez-vous appris au contact de ces jeunes musiciens ?

Y.S : Avec Nicolas Comment, c’est un peu à part car on a déjà travaillé ensemble dans le passé. Il a fait la pochette de mon dernier disque sorti chez Barclay. Il a fait un clip pour moi. Quant à sa reprise, je ne m’en suis pas occupé car je lui faisais confiance, j’ai choisi Regarde-Moi  car il a un phrasé dans ses propres chansons, dans ses propres textes qui était idéal pour cette chanson. D’ailleurs, il ne m’a pas déçu. Marc, par contre, je ne le connaissais pas. On est devenus amis. Lui, je lui ai donné deux ou trois indications sur ce que l’on appelle en musique des chevilles, c’est-à-dire deux notes qui manquent à un endroit très précis pour relier la fin d’un couplet au début d’un refrain. Je trouvais sa version un peu lente et longue, on a donc coupé un couplet. De même pour Flavien, les chœurs que l’on entend au début, il les avait doublés. Je lui ai demandé de diviser par deux. Des petites choses en somme mais j’adore les détails…

Certaines des reprises sur Génération(s) éperdue(s) collent beaucoup à l’original, d’autres prennent des libertés avec votre musique. C’est peut-être l’un des exercices les plus délicats que celui de la reprise, qu’attendez-vous vous-même d’une reprise d’une chanson de votre répertoire ou d’un autre musicien ?

Y.S : Je me rappelle de Bashung reprenant Manset de manière superbe sur Bleu Pétrole avec Comme Un Lego. Quand c’est fait comme cela, il n’y a rien à dire. Quand Bashung décide de reprendre un titre, cela devient du Bashung. C’est ce que j’aime dans une reprise c’est que même repris par un parfait inconnu, cela devienne sa chanson. Prenez Christine, quand elle a repris ma chanson elle avait peut-être 24 ans, elle a divisé par deux la cadence. Elle a vraiment repris Amazoniaque pour elle-même d’abord, ce qui fait que cela devient du Christine And The Queens. La manière qu’a Soko de chanter Diabolo Menthe ne ressemble pas du tout à ma manière de l’interpréter. A priori, je souhaitais qu’ils se réapproprient mes titres mais sans les transformer. Ça c’était avant d’avoir écouté Flavien Berger. Il y a deux extrêmes dans cette compilation. On pourrait dire que Les Gauloises Bleues reprises par Clou c’est texto comme moi sauf que dans ma version il y a une basse et des arrangements, elle, elle est toute seule et c’est magique avec sa voix superbe. Et Flavien, on est à l’autre extrémité et on ne reconnaît plus la chanson.

Vous dites dans une interview que j’ai lu pour préparer cette rencontre que je vous cite, « Les témoins d’aujourd’hui pour demain, ce sont les chansons et les romans ». Finalement, bien plus que d’être seulement des marqueurs temporels de nos vies, les chansons peuvent définir notre monde ?

Y.S : Pas à elles-seules, dans cette phrase, je parle aussi des romans. Je me demande souvent ce qu’il restera de nous dans un siècle des choses que l’on vit au jour le jour, ce quotidien si vous voulez. Est-ce que ce sera des films , des images, des reportages ? C’est sûrement à l’intérieur de cette écriture extrêmement fine, raffinée et ramassée autour de l’actualité que l’on trouve dans les chansons que l’on trouve quelque chose qui raconte notre monde. Les romans, eux, expriment avec des mots ce que l’on ne voit pas avec des images. C’est presque nos secrets d’aujourd’hui qui sont exprimés (surtout) par les romans et d’une autre manière par les chansons. Je pense que quand on voudra vraiment savoir comment on pensait aujourd’hui dans 50 ans ou un siècle, ce sera à l’intérieur de ces choses-là plus que dans les reportages. Dans les reportages, ce sont des choses extérieures. Bien sûr, on a besoin d’image mais le secret des gens, leur mystère dans leur actualité, leur fracture, leur rapport aux autres, c’est vraiment dans les chansons et les romans qu’on les retrouve.

C’était comment de grandir dans la France de l’après-guerre ?

Y.S : Déjà, je ne me suis pas rendu compte que c’était l’après-guerre. Mes parents en parlaient à la maison. J’ai de vagues souvenirs tout petit de rationnement car mon père était cheminot. Il avait le droit si je me rappelle bien à 15 litres de vin en dehors des choses à manger. Tout cela était mis dans une bonbonne. Comme petit, j’étais assez manuel. J’aimais bien me trimbaler avec un marteau pour enfoncer des clous ou des choses comme ça. Un jour, le bouchon de la bonbonne était mal enfoncé, je l’ai donc enfoncé avec mon marteau. La bonbonne de vin a explosé. Maman m’a dit « Mais que va dire ton père ce soir quand il va rentrer ? » La réaction de mon père est assez drôle car il m’a plus consolé que grondé. Mon père était un amour, je n’ai pas été fessé ni grondé. L’après-guerre c’est cela, quelques petits détails, des signes extérieurs qui ne me concernaient pas. Très vite, aux alentours de mes 7 ans, on déménage dans les Vosges à Contrexéville, j’ai l’impression d’être un enfant comme si j’allais naître dans 10 ans, comme si j’étais né plus tard. Je me sens complètement infiltré dans mon époque et je n’ai absolument pas conscience que c’est l’après-guerre.

Etrange ironie du sort quand on connaît l’importance des mots dans votre parcours, votre premier groupe les Korrigans dont vous proposez un titre en bonus sur Génération(s) Eperdue(s) était un groupe totalement instrumental.

Y.S : Tout simplement parce que c’était mon idéal à l’époque, à savoir faire plutôt de la musique que des mots. J’avais 15 ans et nous avions un chanteur dans ce groupe et ce n’était pas moi. On reprenait des chansons anglaises et américaines, les premiers Beatles et d’autres. Moi, mon idéal même si c’est un peu bébête de dire cela aujourd’hui, je ne renie pas ce que j’aimais quand j’étais adolescent, j’adorais les Shadows, un groupe instrumental qui accompagnait sur un autre projet un chanteur. J’étais plutôt orienté sur un groupe musical de 04 musiciens, c’est-à-dire une Lead guitare, ce que je fais dans le titre, une guitare d’accompagnement, une basse et une batterie.

D’où vous vient ce goût pour l’écriture ?

Y.S : C’est presqu’à contrario de quelque chose. J’ai fait une erreur d’orientation en seconde de quinze à seize ans, j’ai été traumatisé par mon expérience d’interne pour la première fois de ma vie à la fois comme fils unique et fils des années 60 qui avait une grande liberté par mes parents pour me déplacer, dormir tard ou chez des amis. J’ai été traumatisé par cette vie un peu carcérale, surtout à cette époque-là. J’y suis retourné depuis dans ce lycée technique de Nancy. Je me suis orienté vers là pour faire plaisir à mon père. J’avais toutefois ce goût de la technique. J’étais premier en quatrième et troisième en physique et en chimie. J’avais envie d’un futur de ce genre. Mon père voulait que je sois ingénieur, c’était sa revanche à la SNCF. J’ai donc fait une école d’ingénieurs qui menait aux Arts et métiers à Paris. Je ne m’y suis pas plu du tout. Je faisais du dessin industriel, de la technologie de construction, des tas de trucs qui ne m’intéressaient pas du tout . Lors de mes heures d’études entre 7h00 et 9h00, j’ai écrit mon premier roman. C’était un livre d’amitié. J’avais des amis à cette époque-là avec qui nous faisions de la spéléologie ensemble, des expériences un peu dangereuses qui lient les gens entre eux. J’ai écrit  Le vrai goût des confitures , un roman qui n’a jamais paru. Je crois que c’est toujours le modèle qui stimule. C’est Le Clézio, alors que j’ai déjà 20 ans et que je suis à l’université, qui publie son premier roman,  Le procès-verbal , il obtient le Prix Renaudot. Il est très beau, je me dis alors qu’il n’y a pas que Mick Jagger ou John Lennon dans la vie, il y a aussi les écrivains. Mon image des écrivains à ce moment-là, c’étaient des gens morts dans Le Lagarde et Michard, des vieux barbus. Prenez Hugo, on ne l’a jamais vu jeune. Forcément par la photo, on ne l’a que barbu et vieux. Le Clézio, c’était l’image d’un jeune homme de 24 ans, jeune et beau. Je ne l’ai pas pris complètement comme modèle mais je me suis dit grâce à lui que l’on pouvait être écrivain et jeune et beau. J’ai alors commencé à écrire et j’ai constaté cette douleur dans l’écriture. A 24 ans, j’ai écrit en un mois Les Jours en couleurs, mon premier roman et je l’ai envoyé à une dizaine d’éditeurs. Il a été édité 2 ou 3 ans plus tard.

La chanson ce serait raconter l’instant comme vous le dites en ouverture de votre livre Générations éperdue(s), le roman c’est un autre espace-temps alors ?

Y.S : Oui, tout à fait. Tout est permis dans le roman, du moins beaucoup plus de choses. Prenons un exemple encore : On peut éplucher toutes les chansons contemporaines, aucune ne parle du Moyen-âge, du dix-septième siècle ou des philosophes des lumières. Alors que dans un roman, on peut installer une histoire qui se passe au 17ème, au 18ème, sous Louis XIV. Il y a de grands romans comme ça. Chandernagor sait faire ça. On peut remonter plus loin encore dans le temps, L’Egypte ancienne. La chanson, c’est autre chose, c’est l’immédiateté d’une époque. C’est le monde d’aujourd’hui. C’est aussi pour cela que j’aime les deux écritures. Bien que je n’aie écrit que des romans parlants d’aujourd’hui. C’est peut-être une déformation de chanteur. J’ai aussi dit que j’avais plus appris pour écrire des romans de la chanson que le contraire, c’est-à-dire que le fait d’écrire des choses très concises en 3 minutes avec des mots très précis, des mots qui sonnent et qui chantent mais qui racontent aussi car je suis convaincu qu’il y a une histoire des mots. Tout cela mis dans une chanson, c’est très resserré, la substantifique moelle. C’est comme un extrait ou un condensé des mots d’une époque. C’est très dur à faire. Sartre, par exemple, s’était confronté à la chanson pour écrire pour Juliette Greco, il a reconnu lui-même ne pas avoir fait de super chansons. C’est un art qui n’est pas celui de l’écriture. Beaucoup d’écrivains veulent écrire des chansons et ne savent pas le faire. J’ai souvent des coups de fil d’écrivains que je ne nommerai pas qui me disaient qu’ils aimeraient bien que l’on se parle chanson, comment se passe cette mécanique dans ma tête, comment cela se passe, l’alchimie. Cette alchimie compte aussi bien pour les romans que pour les chansons mais ce n’est pas la même alchimie ou les mêmes ingrédients.

Il n’y a peut-être guère que Boris Vian à avoir réussi à être pertinent en littérature et en chanson à la fois…

Y.S : C’est vrai mais rajoutons aussi comme producteur. C’est lui qui a supervisé Ascenseur pour l’échafaud avec Miles Davis. C’est un personnage que j’admire évidemment.

Si je vous dis Le Jeu de la chance, cela évoque quoi pour vous ?

Y.S : Je suis arrivé à Paris à vingt ans en septembre 1964. La semaine de Noël, soit trois mois plus tard, je passais à la télévision pour ce Jeu De la chance. La sélection de ce télé crochet se faisait à la Maison de la Radio. Je vais donc à cette sélection, j’arrive vers 7h ou 8h, je vois qu’il y a avant moi 150 jeunes avec des guitares et d’autres instruments. J’ai le numéro 171 ou 182, je ne sais plus très bien. J’attends pendant des heures. Je finis par rentrer dans un auditorium, à chacun son tour. On monte doucement et là d’un coup tout s’accélère et cela se passe très vite. On a attendu 3 heures et une voix Off qui vient du studio d’enregistrement dit « Vous restez Mademoiselle, Au revoir Monsieur, au revoir Mademoiselle. » Le « Vous restez Monsieur », c’est toujours au bout de 15 secondes et « Au revoir Monsieur, au revoir Mademoiselle », c’est au bout de 5 secondes. Je fais partie des 10 qui, sur 200 et quelques, sont passés et à qui on dit « Vous restez Monsieur ». J’ai une chanson que j’ai déjà enregistré une fois qui s’appelle La Maison de mon père, une de mes premières compositions que j’ai écrite quand j’étais étudiant et que je n’avais plus de guitare électrique. J’avais une guitare acoustique car je dormais dans des chambres de bonnes à Nancy et que je ne devais pas faire de bruit. J’ai donc commencé à faire des chansons du haut de mes 18 ans et là j’en ai 20, j’ai déjà 50 ou 100 chansons. Régulièrement, comme Papa est cheminot à la SNCF, j’ai des voyages gratuits, une carte de réduction de 90 % pour tous mes voyages dans le territoire français. J’en profite donc pour aller souvent en auditions. A l’âge de 18 ans, je vais tout seul à Paris, je couche chez des amis musiciens que j’ai connus au Casino de Contrexéville l’été ou alors des enfants de curistes qui venaient y passer 03 semaines pour des traitements. Je dormais chez eux sans leur dire que je faisais des auditions pour moi. En général, je leur disais que j’accompagnais un copain qui chantait. Je ne voulais pas avoir d’explications à leur donner en cas d’échec. Je n’ai d’ailleurs connu que des échecs jusqu’à ce fameux Jeu de la chance. Quelqu’un de la Maison Philips m’a repéré parmi ces 200 et quelques musiciens et m’a contacté.

Vous pourrez retrouver la suite de cet entretien dès demain ici

N’hésitez pas à compléter votre lecture avec les interviews de Marc Desse et Nicolas Comment Sur Benzine Magazine

Génération(s) Eperdue(s) est sorti le 27 avril 2018 chez Because.

On y retrouve Christine & The QueensClouFlavien BergerSokoMoodoïdJuliette ArmanetRadio ElvisFrançois And The Atlas Mountains et bien d’autres. Ajoutons aussi que l’on retrouve sur un second cd les retrouvailles émouvantes et lumineuses de Yves Simon avec son public pour un Live à l’Olympia en 2008.Les Editions Flammarion ont également sorti un livre qui porte le même titre que la compilation et qui regroupe l’intégrale des textes de  chansons de Yves Simon.
Un grand merci à Marc Desse et Nicolas Comment ainsi qu’à Paul Lucas et l’équipe de Because.
Un immense remerciement à Yves Simon pour sa bienveillance et sa disponibilité.

Interview : Greg Bod
Crédits photos : Nicolas Comment

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