S’il a fallu attendre 6 ans entre Old Chestnutt et Our Other History, deux petites années auront été nécessaires pour donner naissance à Mixed Light, successeur d’Our Other.
Comment ça, c’est un peu abrupt comme intro ?
Ah oui, vous auriez probablement voulu que je vous présente Ned Collette ?
Ben en fait, non, pas trop envie. Ayant déjà chroniqué les deux précédents albums, je me sens pris, là, d’une flemmingite aiguë et fais appel à votre bon sens pour retrouver les dites chroniques ici et là. Mais bon, foin de digressions. Mixed Light sort ces jours-ci et une question se pose. Pas n’importe laquelle hein, la seule, véritablement légitime : Ned Collette parviendra-t-il un jour à publier un mauvais disque ? Mixed Light sera-t-il l’album de trop dans une discographie exemplaire ?
Coupons court à cet insoutenable suspens, la réponse est simple.
Non.
Je sais, je vois bien poindre en vous cette immense déception ainsi qu’un accablement plus vaste encore. C’est triste à dire mais Mixed Light est encore un grand disque de l’Australien et ça en devient presque lassant.
Pourtant, Ned Collette se donne du mal, il tente, expérimente, change de style, creuse parfois un sillon déjà exploré auparavant mais rien n’y fait. Le talent refuse de le quitter, son inspiration et sa muse non plus. C’est injuste pour la concurrence mais que voulez-vous.
Déjà, le garçon sait parfaitement s’entourer : quelques fidèles (Joe Talia, Ben Bourke), d’autres en passe de l’être (Leah Senior, déjà présente sur Our Other) ou de nouveaux venus prestigieux (Bonnie Prince Billie).
Après, quel que soit le style abordé, et soyons clair, c’est presque un style différent par chanson, l’aisance mélodique est là, présente sur chaque composition. L’effet est immédiat, pas besoin de dix écoutes pour apprécier Mixed Light, le charme opère dès la première. Passé une introduction minimaliste (Satie en mode piano bar), Curious Thing, avec son instrumentation bucolique, sa modeste grandiloquence, séduit dès l’entrée en lice du chant de Ned Collette, d’une nonchalance quasi Droopyesque, un peu comme si Cohen s’était débarrassé de sa noirceur, puis vous capte de façon définitive au moment du refrain, quand Leah Senior entremêle sa voix à celle de Ned.
Vient ensuite le morceau de bravoure de Mixed Light, Paper Night. Là, on entre dans une autre dimension, celle où, à défaut de séduire, impressionne. La maîtrise dont il fait preuve, sur les neuf minutes que dure le morceau, pour combiner de façon fluide jazz, psyché, rock bien tendu avec solo parfaitement dosé, montre, pour qui en doutait encore, que son talent ne semble pas avoir de limite. Idem plus loin sur Nothing Rare, cette façon qu’il a de lier Can, le Pink Floyd, le Velvet de Sister Ray et What Goes On, cette maîtrise des ruptures puis du crescendo amenant au chaos, subjugue.
Pour autant, l’Australien dans Mixed Light ne se contente pas seulement d’impressionner ou séduire, il sait aussi être léger (la pop à la fois funk et déviante de The Light Is Growing Old), émouvoir comme personne ( la mise à nue lo-fi très rêche d’In The Kitchen – qu’on jurerait échappée du second album des Palace Brothers – la nostalgie très 80’s de Commandeered Parade ou la douceur enveloppante de Sleep Song), se lancer dans des expérimentations combinant musique traditionnelle, bruitisme et ambient (Mammon).
Dit comme ça, on pourrait croire que l’album se disperse, part dans tous les sens sans aucune cohésion.
Que nenni.
Le talent et l’intelligence de Ned Collette, c’est aussi de penser son disque comme une entité, un véritable tout. C’était déjà une évidence sur Old Chestnutt mais là, ça se confirme de façon brillante. Mixed Light, c’est une version resserrée d’Old Chestnutt, une sorte de disque monde où tous les styles cohabitent dans une communion étonnante. Un album d’équilibriste, où le dosage entre morceaux de bravoure (longs) et interludes, instrumentaux et chansons, frôle la perfection, où la place de chaque chanson est parfaitement agencée et les enchaînements à la fois évidents (I Don’t Want To Think/Commandeered Parade) et vertigineux (Nothing Rare/Mammon, d‘une audace et d’une fluidité rares).
Mixed Light au final porte parfaitement son titre : onze chansons le composent, onze lumières différentes, étonnamment exemptes de mélancolie. Si on excepte Miami Shadows, d’une désolation qui vient tout remettre en cause en fin de parcours, l’aura qui enveloppe ce disque est majoritairement laidback, sereine, même dans les moments radicaux. C’est un album sur le relâchement, le lâcher-prise, construit à l’inverse d’Our Other History et en complément d’Old Chestnutt, qui lui permet d’explorer des territoires encore vierges tout en douceur. Un disque en somme aventureux et serein, affranchi des angoisses de son auteur et nous faisant découvrir au final une facette inédite et particulièrement attachante de Ned Collette.
Et puis bon, pour compléter vraiment le tout, avouons le, un gars capable de citer dans un même morceau Cindy Lauper et Bob Marley ne peut pas être foncièrement mauvais. Enfin … je ne crois pas

Ned Colette · Mixed Light
It Records / Feeding Tube / Microcultures – 28 Août 2026


