Chronique Musique

Lambert ou le masque d’une douce fin de monde

Il y a le masque esthétique, celui dont la vocation est d’embellir une allégorie artistique. À celui-ci, s’ajoute une fonction autre que le simple déguisement. Une représentation mystique dont les bases ont été forgées par les rituels antiques. Dans tous les cas, la dimension de l’effigie est traversée par une zone de profonds mystères.

Au sein de la corporation des artistes musicaux, le procédé a souvent été usité. Du discret guitariste Buckethead à l’intrigant Douglas Pearce (figure emblématique de Death in June) ou encore les robots de Daft Punk infusant le plaisir de laisser les machines supplanter l’homme. Devrais-je évoquer le grand-guignolesque gore des membres de Slipknot ?

Nous sommes dans le règne des apparences, une carapace qui camoufle le factuel jugé trop fade.

Lambert, artiste allemand ayant trouvé asile derrière une parure tribale, est de cette lignée. Celui qui aura créé son double au travers d’un mirage sensationnel. Forcément, la vision fantasmée du personnage pourrait faire couler de l’encre. Il serait toutefois bien dommage de négliger, au-delà de cette façade impénétrable, une musique qui s’offre à nous avec autant de joliesse que d’éclat.

Douze pièces primordiales affirmant une patte distinguée grâce à des claviers portés dans les hautes altitudes, et dont l’essence organique (pour ne pas dire orgasmique) décèle une floraison de références. Comment ne pas évoquer cet univers magnifié, cette exploration sensorielle si intense, ce piano aux digressions aussi légères qu’une plume ? Instrumentalisation contemplative de cette épopée fantastique qui façonne les thématiques dans un flux et reflux de battements, venant souligner les contours du cadre par quelques percutions électroniques.

Sweet Apocalypse, ou l’idée de rouvrir les yeux après que le monde se soit tu. Bizarrement, cet au-delà n’est point macabre mais bien enchanteur.

En exergue, nous devinons la filiation avec le compositeur Erik Satie et son surréalisme aux fluidités évidentes. L’imagerie est douce, onirique et suscite une forme de curiosité. L’envie alors d’aller plus loin, emportés que nous sommes par des notes qui riment avec l’écho aiguisé de nos palpitations. De cette exploration émerveillée, la matrice s’épaissit (par moment) de quelques cuivres ou cordes. Avec A Thousand Cracks, ce sont les murmures d’une cavalcade soignée qui apparaissent au grand jour. Il vous faut alors songer à une scène déchirante de film, telle une stimulation de visions enfouies en nos mémoires.

Lambert alterne ainsi entre sérénité auditive et quelques humeurs plus angoissantes. En cela, le disque revêt une stature résolument moderne. L’assurance de réverbérations quasi cosmiques qui nous guident dans cet autre globe… après le déclin de notre planète bleue.

On remarquera la schizophrénie de l’intitulé. L’ambiguïté assumée d’une vie post-cataclysme qui serait finalement rassasiée de béatitudes. Pour autant, le voyageur ne pourra occulter les inflexions bien plus dévorantes. C’est le cas notamment dans les intrigues du sublime Licking Dew.

L’album, au fil de l’eau, prend de l’ampleur. Preuve vivante dans les volutes orientalistes de Sleeping Dogs, sorte de point d’ancrage classique aux roulis mélodiques obsédants. Le final sur la pellicule couleur de The End vient achever la fin du trajet par des accords imposants et un déroulé de générique marqué par une signature homogène chez cet artiste recueilli par le label Mercury KX (qui héberge également le talentueux islandais Ólafur Arnalds.)

Une conception visuelle et sonore, à la fois légère et futuriste, d’un art venant revêtir d’un trompe-l’œil une réalité trop encombrante.

Disque disponible à la vente depuis le 12 Mai 2017 de notre ère.

Site officielFacebookMercury KX

Remerciements: Anthony Lapoire
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