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Les lectures de votre été 2020 #04

Toutes les semaines jusqu’au 18 juillet, retrouvez une sélection hebdomadaire de conseils de lecture pour vous accompagner cet été.

[mks_icon icon= »fa-sun-o » color= »#800080″ type= »fa »] Le choix de Velda

En vacances, on n’a pas nécessairement envie de lire de la non fiction. Cela tombe bien, car l’élégant petit livre d’Edgardo Franzosini est à la fois une biographie de l’acteur Bela Lugosi et l’histoire totalement romanesque de cet homme qui se prenait pour le héros qu’il incarnait… Avant d’exhaler son dernier souffle, le 16 juin 1956, ses derniers mots furent : « Je suis le comte Dracula, je suis le roi des vampires, je suis immortel. »
Edgardo Franzosini a choisi de nous éclairer sur le destin de ce drôle de personnage, et le livre est aussi fascinant que pouvait l’être l’acteur hongrois.
Bela Lugosi quitte Budapest pour Berlin, puis pour l’Italie avant de s’embarquer pour les Etats-Unis. Il arrive en Californie fin 1923. Pour l’anecdote, il nouera des liens de camaraderie avec… Boris Karloff, l’interprète de la créature de Frankenstein.
C’est là que l’aventure commence, et on suit avec une incrédulité teintée d’émotion le parcours de cet homme pour qui Hollywood ressemblait à un « parc artificiel ». Depuis la première rencontre avec le personnage de Dracula jusqu’à la mort de l’artiste qui sera enterré à Los Angeles, drapé dans son manteau noir doublé de rouge, l’auteur nous raconte avec finesse, érudition et sensibilité la lente évolution de l’obsession de Bela Lugosi

Bela Lugosi – Biographie d’une métamorphose d’Edgardo Franzosini –  traduit par Thierry Gillyboeuf
Éditions La Baconnière,  janvier 2020

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[mks_icon icon= »fa-sun-o » color= »#C6050F » type= »fa »] Le choix de L’ivresse littéraire

Onze nouvelles, onze portraits de femmes à la fois fragiles et fortes, désabusées, complexes, manipulatrices parfois. Onze portraits de femmes venues de tout horizon social. Mère, fille, belle-fille, épouses, amantes, danseuses, journaliste junior…

Onze femmes qui ont été trahies, blessées, jalousées, humiliées, séquestrées parfois. Onze femmes qui ont connu le bonheur comme la descente aux enfers, ont vu leur vie rêvée bien souvent déchue. Qui se sont laissées porter, laissées aller, qui se sont battues et vengées. Des femmes qui portent en elle une fureur, une folie et une certaine mélancolie tout comme l’écriture et les descriptions entraînantes et envoûtantes de Teresa Veiga.

Chacune de ces nouvelles centrée sur une héroïne ou une anti-héroïne, sa vie, son environnement et ses sentiments revisite et joue parfois des codes littéraires tel que le conte gothique, policier, libertin sans jamais tomber dans l’imitation. Au contraire, Teresa Veiga nous embarque dans un univers qui lui est propre, qui nous étonne de page en page. Là où l’on pense comprendre, suivre une mécanique, nous voilà finalement surpris(es) par une fin ou une vision tout autre que celle que nous avions jusqu’ici cru percevoir. Et loin d’être sombre malgré des histoires qui le sont bien souvent, l’écriture et l’univers de l’auteure flirte avec l’humour, l’ironie et la délicatesse.

Dans ces Folles mélancolies, Teresa Veiga fait tomber les masques, sonde l’âme humaine avec puissance et maîtrise tout en rendant hommage aux femmes d’où qu’elles viennent et quoi qu’elles fassent. Kitty, Natacha, Isabela, Clarissa, Sandra, Marta, Adèle, Dinora, Manuela… Et si Teresa Veiga par ces Folles mélancolies avait tout simplement rendu la nouvelle, femme ?

Folles mélancolies de Teresa Veiga –  traduit par Ana Maria Torres
Editions Chandeigne,  février 2020

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[mks_icon icon= »fa-sun-o » color= »#1778A8″ type= »fa »] Le choix d’Adrien Meignan 

L’éditeur invoque pour promouvoir ce recueil de chroniques paru entre 1978 et 1980 l’immense Borges et son Livre des préfaces. On pourrait croire que ce n’est pas très sérieux de relier la rigueur borgésienne aux chroniques ludiques d’un auteur de romans noirs comme Jean-Patrick Manchette.
Certains, dont Jean-Pierre Dionnet qui a écrit la préface de ce livre, pourraient revendiquer le droit du mauvais genre et faire frémir le plus réactionnaire des lecteurs. Pourtant la figure de Borges va bien à Jean-Patrick  Manchette en tant que chroniqueur de jeux de l’esprit.  On trouve dans ce recueil matière à émerveillement littéraire et spirituel.

Cette passion de Manchette pour les jeux n’est pas très connue et pourtant il semble ne pas s’en cacher et prendre beaucoup de plaisir à en parler. Il s’amuse à nous perdre dans des descriptions farfelues de jeux qui ne le sont pas moins.
Avec un humour corrosif, l’écrivain réussit à fasciner dans ces chroniques n’importe qui, même le plus vierge de toute activité ludique. Sous son pseudonyme de Général Baron Staff, il cavale dans nos imaginaires pour rendre la saveur libératrice d’un jeu de go ou d’un wargame.

Lire Play it again Dupont, cela ouvre l’esprit, cela dégage les horizons et ne réduit pas la littérature à un espace pur où l’intellect ne se mélange pas avec un vulgaire jeu de société.
Au contraire, la parution de ce recueil démontre le caractère éminemment littéraire du jeu. Il est pour Jean-Patrick Manchette le prétexte pour parler de son époque. L’auteur évoque la fin des années 70 avec humour mais aussi avec le cynisme de la lucidité. Lorsqu’il décrit un jeu de guerre, Il singe l’esprit militaire pour le rendre ridicule et mettre en lumière sa face ludique. Toute chose est un jeu pourvu qu’on sache le désacraliser.

Play it again Dupont, Chroniques ludiques 1978 > 1980 de Jean Patrick Manchette
La Table Ronde,  mai 2020

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[mks_icon icon= »fa-sun-o » color= »#BB013E » type= »fa »] Le choix de Jehol

Aujourd’hui romancier, Olivier Norek est un ancien policier, et ça change tout à notre lecture de ses romans. En effet, son expérience dans la police nous revient régulièrement en tête pour nous ré-interroger sur l’hypothèse du réel dans la fiction. Nous sommes face à des réalités cruelles sur notre monde actuel, en somme un véritable roman sociologique.
Son premier roman, Code 93, est un livre choc qui s’accroche à nos mains et nous effraie tant les situations semblent réelles. Ses deux romans suivants, Territoires et Surtensions, sont de la même profondeur. Le triptyque si habituel « police, justice, presse » fonctionne pourtant à merveille avec Olivier Norek, avec son style précis, simple, direct, presque frontal. Alors pourquoi Olivier Norek se détache-t-il des autres romanciers du genre ? Ma réponse : on y croit ! On reconnait les situations, les personnalités des protagonistes, les ambiances de notre société; on retrouve nos peurs, nos cauchemars; pire on découvre l’inimaginable : la bassesse humaine.

On revient constamment à cette frontière entre le possible, le plausible et l’irréel. Cette ligne directrice nous tient en haleine, parfois en apnée ! Les romans d’Olivier Norek se lisent comme on regarde une série. On s’attache aux personnages, malgré leur rudesse, on se prend d’affection pour Victor Coste, capitaine de police et pour toute son équipe, on découvre leurs vies personnelles, avec leurs afflictions.
Le grand talent d’Olivier Norek est de « nous tenir », on attend la suite de l’intrigue avec impatience. Mieux encore, on attend la parution du prochain Norek.
Vous avez de la chance ! Vous en avez déjà trois pour cet été ! N’hésitez pas à les lire dans l’ordre, vous garderez la saveur des personnages de livre en livre, et vous découvrirez une palette sans nuance de notre société. À vous de choisir si vous souhaitez en connaitre toute sa noirceur…

Code 93, Territoires, Surtensions d’Olivier Norek
Michel Lafon,  2013, 2014, 2016

 

Image bandeau couverture : Photo by Kamila Cellary on Unsplash

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