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Les Rebelles Ordinaires : La librairie indépendante et solidaire !

Ecrit par Lilie Del Sol

Une nouvelle librairie va ouvrir ses portes à la Rochelle le 17 juin prochain à 18h : Les Rebelles Ordinaires. Les porteurs de ce projet, Guillaume, Bérangère, Luc et Sandra le présentent comme une librairie solidaire et indépendante. Mais c’est quoi une librairie indépendante et solidaire au fait ? J’ai donc discuté avec Guillaume qui nous a expliqué le concept mais aussi le projet de vie qui se cache derrière.

Bonjour Guillaume, j’ai découvert votre projet il y a quelques semaines et j’ai eu très envie de te contacter pour en savoir plus car, sur le papier, le projet est plutôt très enthousiasmant ! Tu nous expliques ?

Hé bien, l’envie est de créer une librairie indépendante et joyeuse, avec un fort accent sur l’accueil des gens, et de faire en sorte que cet endroit soit un endroit ouvert, où tout type de population se sente apte à entrer… Évidemment, dans les librairies indépendantes on accepte tout le monde, ce n’est pas la question.

Ce qui compte à nos yeux, c’est que les gens se sentent eux-mêmes légitimes à franchir le seuil d’une librairie. Parce qu’en fait, il y a beaucoup de gens pour qui ça peut être anxiogène pour des tas de raisons, et puis il y a aussi les idées préconçues sur ce genre de boutique. Est-ce qu’on va trouver des livres de cuisine dans une librairie indépendante par exemple ? Des livres sur le sport ? Donc voilà, le plus important pour nous, c’est qu’on pense que tout le monde a un propos, est intelligent, et doit pouvoir trouver son bonheur dans une librairie indépendante.

Mais alors comment vous organisez ça ?

Dans les faits, on a organisé la librairie de façon à ce qu’au rez-de-chaussée on retrouve la vente de livres comme on peut trouver dans toutes les librairies. Mais à l’étage, on a prévu tout un espace de lecture gratuite où chacun peut venir avec son livre, ou choisir un livre proposé dans la sélection (qui visera tous les domaines, bien évidemment) qui sera présentée un peu sous forme de « menu du jour ». Il y aura aussi la possibilité de consulter ce qu’on appelle les « beaux livres » qui sont habituellement difficiles à consulter. Là, il y aura la possibilité de s’installer vraiment pour parcourir le livre de façon posée.

Et puis j’insiste sur le fait que les enfants ou les adolescents pourront aussi venir lire gratuitement et de façon totalement libre, sans obligation d’achat. Parce qu’on sait que ce n’est pas toujours évident pour les parents de suivre financièrement pour acheter tous les livres que les enfants aimeraient, et ici, ils pourront lire posément tous les livres qu’ils voudront. On pourra les conseiller et les accompagner dans leurs choix, bien sûr.

Ce qui nous tient à cœur, c’est qu’ils se sentent accueillis. Parce que se sentir accueilli quelque part, ça compte. Et ça forge pour l’avenir.

Le but de cette démarche, c’est bien évidemment de donner le goût de la lecture à chacun, mais aussi de sortir du temps, dans un lieu bien cosy qu’on est d’ailleurs en train de peaufiner. Une bulle pour permettre de sortir de cette obsession du temps qui nous paralyse tous. Se poser est devenu de plus en plus difficile. On ne peut pas s’empêcher de prendre son téléphone, d’envoyer 2 mails, 4 sms et 3 twitts dès qu’on s’assoit quelque part. Mais là, ce ne sera pas possible parce que le téléphone portable ne doit pas sortir de ta poche ou de ton sac.

Et vous avez prévu des ateliers aussi c’est bien ça ?

Oui tout à fait. Un certain nombre d’ateliers gratuits sont prévus. On pourra retrouver :

Pour les enfants :

Deux fois par semaine, il y aura de l’aide aux devoirs (possible jusqu’à la fin du collège).

Et ensuite une fois par semaine :

Un atelier de développement de l’imaginaire (L’imaginaire à quoi ça sert ? Qu’est-ce qu’on en fait ? Qu’est-ce que la puissance de l’imaginaire nous permet ?).
Découverte du monde artistique avec un super prof de dessin qui va les faire dessiner tout en leur faisant découvrir des courants artistiques…
Journal. Ils vont fabriquer un journal et on les accompagne en leur apprenant à chercher une info, en leur apprenant à argumenter, vérifier une information (dans les livres mais aussi sur internet bien sûr).

Pour les adultes :

« Devenir un lecteur ». À travers des petits groupes, une semaine sur deux. C’est un atelier qui s’adresse aux gens qui ne sont pas à l’aise avec la lecture. Pour déjà les déculpabiliser, et leur dire que toutes les formes de littérature sont bonnes et essayer de trouver, en fonction de leur personnalité, trouver la forme de littérature qui leur conviendra le mieux ; le tout de façon totalement libre et pas magistral. L’idée c’est vraiment de simplifier le rapport au livre et rassurer les gens par rapport à la culture.

« Le classique c’est fantastique » qui va être animé par Luc, un des quatre associés, et qui est un ancien prof de lettres classiques. L’idée c’est donc de remettre dans un contexte actuel les textes du passé.

« La science-fiction et le fantastique ». Une fois par mois. Pour les aficionados ou pas. C’est une littérature qui est en mouvement permanent donc c’est passionnant.

« Do it yourself ». Parce que le livre c’est aussi du pratique. Donc en prenant des livres « do it yourself » de la librairie, on va les mettre en pratique : apprendre à faire tes fringues, tes étagères, etc… Parce que le « do it yourself », c’est quelque chose qui est bon pour l’égo, parce qu’on ne met pas un vêtement qu’on a fait, de la même manière qu’un vêtement acheté chez H&M par exemple…

 

Donc voilà, on va tester les livres en atelier et c’est notre associée, Bérangère, qui est notre savant fou du livre pratique. Dans le cadre de ces ateliers, on a mis en place des partenariats, par exemple, avec la mercière du quartier pour développer des réseaux à l’échelle locale.

Et puis des ateliers autour du corps avec la nutrition, le yoga etc… avec des intervenants divers (coachs sportifs, nutritionnistes, profs de yoga…). Toujours en partant de livres, on les analysera avec des professionnels pour les mettre en place.

Et puis un atelier Poésie une fois par mois. Le mec qui anime l’atelier part du principe qu’on a tous un potentiel poétique en nous et qu’il nous manque juste les outils !

Il y aura aussi un rendez-vous de l’histoire avec la fac d’histoire pour parler autour d’événements… ou comment une petite histoire a eu de l’influence sur la grande Histoire.

Il y aura aussi un rdv mensuel sur la souffrance au travail. Ça, c’est un rendez-vous auquel on tient beaucoup. L’idée est de pouvoir échanger et parler autour d’un ouvrage qui en parle aussi. C’est aussi pour faire sortir les gens de leur isolement. Quand on vit ce genre de choses, on n’ose pas forcément en parler et on se remet beaucoup en question.

Wouauouh ! Hé bien quel programme ! Mais alors petite question, vous dormez quand ?

On arrive à dormir, ça va. En fait on gère bien la pression en méditant ou en faisant des arts martiaux, c’est une voie quotidienne qui permet d’entreprendre tout le reste, le truc c’est pas tant de beaucoup dormir que de bien récupérer. Et puis on est encore un peu jeune quand même, il nous reste un peu d’énergie !

En plus, nous sommes très complémentaires. Moi, bien sûr, je suis un peu en tête de pont pour le début, mais les choses sont de plus en plus gérées en équipe, et c’est une équipe qui fonctionne sacrément bien. Nous avons des parcours très différents, mais complémentaires, qui nous permettrons d’exister individuellement tout en œuvrant ensemble.

Bérangère, par exemple, est la reine du DIY, elle coud, elle customise des meubles, elle brode, elle tricote, elle peint, elle jardine, elle cuisine etc. Du coup, elle gère à fond le rayon pratique. Elle a aussi une grande expérience des enfants et des ados car elle a fait pas mal d’associatif, et a bossé en tant qu’assistante d’éducation. Les gamins s’arrêtent dans la rue pour lui faire la bise et dire qu’elle leur manque, et demander quand ouvre la « livrairie », c’est super cool.

Sandra, elle, c’est notre spécialiste BD et albums, c’est une mine, elle a quelque chose avec le graphisme de spontané, d’intuitif, qu’elle sait faire partager en un clin d’œil. Elle a une grosse expérience du contact client et notamment de la clientèle très populaire, car elle travaillait avant chez un soldeur de livres. Elle sait avoir une approche de tous types de livres et elle prend soin de tout le monde, quel que soit le budget du livre, parfois un ou deux euros. Elle sait valoriser les gens et rester elle-même.

Et puis on a Luc, mon bro. Ancien artiste de cirque, il fut un temps embauché par les services secrets de Moldavie pour dérober des joyaux qui… mais j’en ai déjà trop dit. En vrai, Luc c’est le gars que vous n’attendez pas. Quand vous le voyez de prime abord, vous pensez qu’il est une jeune homme de bonne famille, limite « tradi ». Et, en deux secondes, vous avez devant vous quelqu’un aux idéaux sociaux aussi forts qu’il est lui-même doux et sympa. C’est une force tranquille, un aventurier serein, passionné de littérature sous toutes ses formes, qui fait le pari de quitter l’éducation nationale pour vivre ce projet avec nous.

Et puis bon, moi, tout le monde connaît mon parcours de danseuse exotique en reconversion, j’ai eu de beaux moments à Las Vegas mais je quitte tout sans regret pour ce projet.

Concrètement comment pensez-vous pouvoir « vivre » de cette aventure à 4 ? Ça peut faire peur…?

Notre projet a été validé financièrement par un cabinet conseil et un cabinet comptable spécialisé dans les librairies, sans parler de la banque qui nous a suivi sans hésiter. On a investi toutes nos économies, soit 60 000 euros. On ne fait pas ça à la légère. Notre projet répond à une attente très forte.

Il faut arrêter de dire que le « livre meurt », c’est entièrement faux. Le commerce du livre est simplement récupéré par des industriels qui imposent leurs logiques mal adaptées à un commerce dont le cœur de métier restera toujours l’amour des gens. Ils ont fait briller les paillettes cinq minutes avec leurs gros rayons et les livraisons à domicile en 12 minutes, mais ça ne remplacera jamais un échange humain de qualité, un lieu à taille humaine où on aime aller et où on sait que les gens sont heureux de travailler.

Quand c’est froid, impersonnel, ou qu’il y a une mauvaise ambiance, ça se sent et ça rebute. On peut céder malgré tout parce qu’on a que ça sous la main, mais si il y a une offre plus sympa, on n’hésite pas à changer. La logique industrielle, c’est de faire de gros profits, alors tout est gros et l’humain là-dedans est une fourmi.

Chez nous, chaque personne est un être à part entière, ce n’est pas « un client », ou « un panier », c’est quelqu’un pour de vrai. »

Du coup, la fréquentation est là, l’argent aussi. Si on voulait rouler en Porsche, on ne ferait pas ce métier. Vouloir faire ce métier pour « monter un empire », « être le boss », ou ce genre de rêve libéral, c’est tout simplement passer à côté de l’essentiel, la richesse humaine. Et crois-moi, les ventes se font d’elles-mêmes, et on a de quoi payer un loyer, même une orange à Noël si on est sage. C’est un modèle économique raisonnable, mais solide.

En fait, votre projet vous l’appelez « librairie indépendante et solidaire », mais je trouve qu’il est aussi citoyen dans tout ce qu’il y a de plus beau et de plus noble du terme. Votre attachement à l’épanouissement de chaque individu est très fort.  

C’est le but de notre projet, c’est qu’on sente que c’est un lieu où tout le monde peut être accueilli de la même manière, qu’il soit super intello ou cet « ado qui ne lit que des mangas ».
Par exemple, notre priorité n’est pas de s’augmenter au niveau des salaires, mais de faire installer un ascenseur pour monter au premier niveau pour les personnes handicapées ou à mobilité réduite, et les poussettes. Et ça, c’est ce qui nous donne le sourire ! D’être heureux tous ensemble et de partager, c’est vraiment ce qui nous rend heureux ! De la volonté et de la motivation on en a à revendre, vraiment ! Et on le martèle à tout le monde : faites vos vies et croyez en vous, le monde n’attend que ça.

Bon et alors, ça ouvre quand ?

Le 17 juin à 18 heures avec une rencontre avec Jeanne Benameur et on fait la GROSSE TEUF d’inauguration une semaine après, le 24, histoire d’être rodé et d’avoir l’occasion de refaire une fête !

Bonne chance et longue vie aux « Rebelles Ordinaires » !

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