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Mansfield.TYA – Épisode 5 : Monument ordinaire

À l’occasion de la sortie de Monument Ordinaire, le magnifique nouvel album de Mansfield.TYA, Addict-culture, fan de la première heure, revient sur le parcours du duo nantais de ses débuts jusqu’à aujourd’hui. Un feuilleton en cinq épisodes, agrémenté d’une entrevue joyeuse d’une heure avec RebeKa Warrior et Carla Pallone effectuée le 28 janvier dernier. L’occasion rêvée, aussi, d’aller chercher dans nos archives, nos disques durs, quelques bricoles du passé.

ÉPISODE 5 : 2021, MONUMENT ORDINAIRE

Le voilà, enfin, le cinquième album de Mansfield.TYAMonument ordinaire. Il sort ce 19 février 2021, et l’attente a été longue, plus de cinq ans. Alors bien sûr, nous avions entre temps de quoi nous repaître du travail de Carla Pallone en suivant son trio VACΛRME (avec Christelle Lassort et Gaspar Claus), expérimentations violonesques dont le premier album éponyme est sorti en 2018. Carla signait également la musique du film La fille au bracelet paru début 2020, et en cherchant bien nous pouvions la trouver sur d’autres projets. En 2019, Rebeka Warrior se fait remarquer aux côtés de Vitalic dans le projet electro Kompromat avec l’album Traum und existenz. C’est aussi ce qui nous plait avec Julia et Carla, leur incapacité à tourner en rond, et à toujours se diversifier, se densifier avec de nouveaux projets qui nourrissent leur travail à deux. Mansfield.TYA va fêter ses vingt ans d’existence, et jamais n’a fait de surplace.

Mansfield.TYA – Monument ordinaire – Warrior Records 2021

Ce nouvel album a été annoncé début décembre avec la parution d’un premier titre, Auf Wiedersehen, accompagné de son plus-que-clip épique de presque huit minutes dont 2min30 d’introduction cinématographique baroque où de jeunes femmes manifestement pècheresses, dont RebeKa Warrior et Carla, entrent dans une abbaye (un couvent ?) afin de racheter leurs âmes. Mais il semblerait qu’elles ne l’entendent pas de cette manière…

Un morceau hyper efficace qui confirme à nouveau que le duo sait confectionner des tubes tout en gardant leur authenticité, leur minimalisme, sans jamais céder à la facilité. Auf Wiedersehen est une prière disco diablement redoutable laissant augurer que du bon pour Monument Ordinaire.

Avant de lancer la première écoute, un coup d’œil sur la liste des pistes : elles sont au nombre de douze, plus resserré que les précédents albums donc, et ce qui saute tout de suite aux yeux : les featurings. Fanxoa (de Bérurier Noir) et Odezenne sont conviés à la fête. Nous ne savions pas comment ni sous quelle forme Mansfield.TYA allait encore pouvoir nous surprendre, et bien c’est déjà chose faite avant même d’avoir écouté l’album ! Allez, en piste.

L’acqua fresca nous attrape d’emblée avec la voix de RebeKa Warrior qui est toujours aussi pure et nous va droit au cœur sans frapper à la porte. Ce simple refrain qui nous dit qu’elle « vit d’amour », l’eau fraîche étant dans le titre, pas besoin d’en rajouter. Mansfield.TYA ne s’est jamais trop épanché dans ses paroles en allant toujours à l’essentiel, comme si le duo faisait la chasse aux mots inutiles. Cherchez-les, il n’y en a pas. Comme un pied-de-nez, le titre de cette première chanson est en italien mais c’est la suivante, Ni morte ni connue, qui est chantée dans la langue transalpine, encore un morceau à nous rendre fou sur le dancefloor et qui laisse présager de grandes fièvres collectives – espérons, espérons – en concert. Les titres s’enchaînent et c’est une évidence : RebeKa et Carla ont décidé de nous faire danser. Monument Ordinaire est l’album le plus electro du groupe, le plus fou, le plus délirant (était-ce possible ?) qu’il est difficile d’écouter en restant assis sur sa chaise. Même si l’on y retrouve aussi l’aspect plus doux et mélancolique dans le magnifique Petit Italie (ou la voix de Carla prend l’ascendant sur celle de RebeKa, en choriste), on sent bien que RebeKa et Carla se plaisent à pousser leur musique dans toujours plus de retranchements (Soir après Soir).

Le changement majeur de cet album est l’arrivée de voix masculines se mêlant à celle de Julia. Celle de Fanxoa d’abord sur Les filles mortes, ce qui ne nous surprend qu’à moitié car Mansfield.TYA avait repris Les Rebelles de Bérurier Noir quelques années auparavant. Ici les deux ambiances musicales se mélangent, celle des Bérus et celle de MYTA. Et c’est diablement efficace. Que le punk s’immisce dans un album de Mansfield.TYA, nous aurions pu nous y attendre, le véritable tour de force est l’incursion du hip hop avec la présence d’Odezenne sur Le couteau et Une danse de mauvais goût, un duo au spleen ravageur.

À nouveau, comme un rendez-vous depuis Dé-programmé sur leur deuxième album, Mansfield.TYA conclue sur un morceau d’une noirceur envoûtante, Le sang dans mes veines, presque sept minutes d’une messe electro hypnotique. Ce monument n’a rien d’ordinaire.

Suite et fin de notre entretien avec RebeKa Warrior et Carla Pallone :

 

Parlons d’abord du visuel de ce nouvel album, « Monument Ordinaire » : toutes les deux enfoncées dans le sable avec seulement la tête qui dépasse. Ça me fait penser à Beckett – encore Beckett ! – et sa pièce « Oh les beaux jours », c’est voulu ?

RebeKa Warrior : Ah c’est marrant ! Je fais en ce moment la musique d’un spectacle de théâtre, et on s’inspire beaucoup de « Oh les beaux jours » de Beckett. Pour notre pochette non, ce n’est pas voulu, mais on le prend bien !

« On continue à dire des choses dures mais avec une certaine joie de vivre.« 
Et l’album, aurait-il pu s’appeler « Oh les beaux jours » ? C’est le plus lumineux de vos albums.

Carla : C’est une bonne idée !

RebeKa Warrior: Oui, il y a un peu de ça. Je suis d’accord. On continue à dire des choses dures mais avec une certaine joie de vivre.

Vous avez proposé une édition limitée à 500 exemplaires de l’album en pré-commande, et tout a été vendu en moins de 24h. Tout comme votre première date parisienne annoncée qui a été sold-out très rapidement. Ça vous a surpris cet engouement ?

RebeKa Warrior : On est Rammstein ! C’est de la folie, c’est génial.

Carla : Oui, ça met du baume au cœur. On les a vus Rammstein au Québec, dans un immense festival, j’ai jamais vu ça. C’était génial de les voir en live.

Quel lien vous entretenez avec votre public ?

Carla : Tu vois, toi t’es encore là !

RebeKa Warrior : On sait qu’on a un public fidèle, qui nous attend, ce qui est vraiment du luxe. À une époque où tu fais un album et puis tu dégages, là c’est une chance de vendre 500 disques alors qu’on a sorti qu’un seul titre.

Carla : Je pense que faire des pauses entre chaque album, de laisser du temps, permet aussi de ne pas saouler les gens.

Le clip d' »Auf Wiedersehen » est bien plus qu’un clip, c’est un court-métrage, c’est du cinéma. Et sur vos réseaux sociaux vous avez fait référence à Mylène Farmer et Laurent Boutonnat comme source d’inspiration, ce n’était pas pour la blague ?

RebeKa Warrior : Ah non, ce n’est pas une blague ! La Mylène d’antan c’est super fondateur. Carla, t’écoutes très peu de trucs populaires, c’est une des seules que tu écoutes.

Carla : Oui, j’avais un 45t !

RebeKa Warrior : Son esthétique gothique, romantique, mélancolique et too much, ça nous parle aussi. C’est assez rigolo.

« Sorcières, païennes, libertines, criminelles, bâtardes, amoureuses », ainsi êtes-vous accusées, décrites, au début du clip, par la mère supérieure. Est-ce que ce clip est un manifeste ?

RebeKa Warrior : Oui alors ça c’est Nicolas Medy, le réalisateur, qui l’a écrit !

Carla : C’est ça qui est drôle, c’est comment le réalisateur a interprété la chanson, qui ne faisait pas forcément référence à ce cadre religieux.

RebeKa Warrior : Travailler avec d’autres personnes permet d’avoir plusieurs strates de lecture. Et ça rejoint bien la position du label que nous venons de créer, WarriorRecords, donc ce n’est pas fait pour me déplaire.

Justement, parlez-nous de la création de ce label.

RebeKa Warrior : Barclay est mort, bonjour Warrior ! C’est du Monique Wittig, les Guerrillères !

Carla : Oui, d’accord, mais pas la guerre. Fais gaffe avec tes prophéties !

[NDR : À ce moment, RebeKa Warrior a dû s’éclipser de notre entretien pour donner une interview à la radio. Cela faisait presque une heure que nous papotions, il me restait quelques minutes pour conclure avec Carla.]

Carla, on connait bien les projets parallèles de Julia (Sexy Sushi, Kompromat), peux-tu nous parler des tiens ?

Carla : Il y a Vacarme, notre trio violons/violoncelle, avec Christelle Lassort et Gaspar Claus. Et puis un peu, de moins en moins, l’ensemble baroque Stradivaria à Nantes. Et en ce moment aussi je fais pas mal de musique à l’image, notamment la bande originale de La fille au bracelet de Stéphane Demoustier. Je compose aussi pour le théâtre, pour des documentaires. Ce sont des choses que j’ai beaucoup envie de développer. En ce moment, c’est particulièrement précieux de pouvoir continuer à composer, à créer avec des gens. C’est surtout ça la musique à l’image, ça oblige à chercher d’autres choses, et ce sont de nouvelles rencontres. Le remix de Christophe m’a permis d’oser des arrangements de violons assez classiques que je ne me serais pas permise sinon. Ou je me serais auto-censurée.

« Les concerts sont très fondateurs pour Mansfield, ça nous fait du bien de préparer les lives. Un concert c’est une fête, c’est un privilège dans la musique, ça permet un échange immédiat, c’est hyper vivant, éphémère aussi.« 
Vous venez de faire une résidence de création pour la tournée « Monument Ordinaire« .

Carla : C’était super, on est prêtes ! Bon, il y a un gros point d’interrogation qui plane au-dessus de nos têtes. Les concerts sont très fondateurs pour Mansfield, ça nous fait du bien de préparer les lives. Un concert c’est une fête, c’est un privilège dans la musique, ça permet un échange immédiat, c’est hyper vivant, éphémère aussi. Le temps ressenti, quand je joue de la musique, est vraiment précieux. Comme une « non-durée ». Tant que je peux composer.

Pour la promotion du disque, vous mettez en ligne de courtes capsules vidéo, que vous appelez Stèles, où vous dévoilez un peu les coulisses des morceaux.

Carla : J’ai adoré faire ça. Je ne suis pas très à l’aise avec la com’ même si je sais que ça fait partie du métier et faire ces Stèles était une façon de détourner l’exercice. On a trouvé une façon très personnelle de parler des morceaux, ça donne une autre vision de l’album, comme un réalisateur qui parle de son film.

Et vous prévoyez à nouveau un disque de remix ? Ou d’autres choses à côté ?

Carla : On essaie de vivre au présent. On verra. Nous avons une super tournée de prévue, qui aurait dû démarrer en février, on espère qu’elle va commencer pas trop tard.

 

Ainsi se termine notre semaine consacrée à Mansfield.TYA, merci à elles pour cet entretien, merci également à Maud. Espérons que le cierge qui brûle entre RebeKa et Carla sur leur photo promotionnelle soit pour la réouverture prochaine des salles de concert.


MANSFIELD.TYATOURNÉE

Retrouvez le dossier de tous les articles de cette semaine spéciale ici :

Mansfield.TYA


 

Monument Ordinaire – Mansfield Tya

Warriorrecords – 19 février 2021

 

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Image bandeau : © Philippe Jarrigeon 

 

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