Addict Report Chronique Musique

Hellfest Tome 2, chapitre 1

Ecrit par Jism

La vie n’est qu’une grande interrogation faite de choix parfois difficiles.
Vraiment ?
Oui.

Vous allez vous dire : introduire un live report par une maxime hautement philosophique, ça pose son auteur. Pourtant, je peux vous prouver par A + Z que des choix cornéliens j’en ai eu ma dose ces derniers temps. Exemple, en ce week-end du 18/19 juin, j’avais prévu de longue date de me rendre à la fête des pissenlits à Javron, un patelin pas loin de chez moi, quand ma cheffe m’a laissé ce choix relatif : « Dis donc Jism, ce week-end c’est Hellfest et comme t’es le seul à avoir les conduits auditifs en acier plombé, je t’ai désigné volontaire pour te rendre du côté de Nantes. Compris ? » La notion de choix chez Addict-Culture étant parfois très variable, je me suis rendu fissa à Clisson, préférant subir l’ire de Satan que celle de ma cheffe.

Donc j’arrive sur le site où les conditions climatiques sont bien moins accueillantes que celles de l’an dernier. Qu’à cela ne tienne, je défie le Malin en étant plus malin que lui et choisissant une programmation « couverte » pour ce jour (ce qui tombe bien vu que pour cette première journée, le meilleur de la programmation vous fait voyager entre la Valley, l’Altar et le Temple).

Je commence donc ce vendredi par Ramesses : du peu que j’ai pu en voir, trio plutôt puissant pratiquant un doom bien enfumé dans le style de Dopethrone. Très plaisant même si je suis arrivé un peu à la bourre. Je me précipite ensuite vers Behexen : eux étaient attendus. Leur nouvel album, sorti il y a peu chez Debemur, est un excellent condensé de Death, bien brutal, mélodique et expérimental. Le quintette, très SLG (Salut Les Goules !) arrive sur scène, grimés comme des… goules (je vois qu’il y en a qui suivent), attifés comme des loques, mais déploie un Black Metal d’une brutalité impressionnante. Ça hurle à tout crin, c’est malsain puissant et d’une violence rare ; bref, avec Behexen, les hostilités démarrent sur les chapeaux de roue en introduisant le malin dans la bergerie.

behexen

Behexen

Après, ne sachant pas quoi, je laisse le hasard décider. Ce sera donc Jambinai. Et autant le dire, le hasard est un grand malin et fera de Jambinai la plus grande claque de ce premier jour dans la catégorie découverte. Une petite description s’impose ma foi : Jambinai est un quintette, réparti de façon équitable, à savoir : les femmes jouent des instruments traditionnels, les hommes, ceux un peu plus virils (guitare/basse/batterie). Sauf que l’instrument utilisé par la dame de droite, celui qui donnera le tempo à la plupart des morceaux, possède une présence très imposante et semble demander bien plus d’énergie que le gars derrière ses fûts. Le groupe joue donc une sorte de Post Metal instrumental tout en tension, combinant montée ascensionnelle et explosion de rage, groove et accalmie. Ça vous scotche littéralement dès les premières mesures, c’est détonant, surprenant et rappellerait un peu ce que pourrait faire Sigur Ros s’ils avaient encore un tant soit peu d’inspiration. De plus le groupe n’est pas en reste, semble habité par sa musique et transmet son énergie au public qui lui fera un véritable triomphe en retour. Impressionnant et énorme.

Après ça, pour élever le niveau va falloir s’accrocher. Ce qui ne semble pas poser de problème pour Dylan Carlson et son groupe Earth qui de toutes façons, s’en foutent royalement et feront un show à la mesure des disques du groupe : lourd, très lourd, le style de musique qui te rappelle ce qu’est le concept de gravité. C’est statique, très corse dans l’âme avec un changement d’accord toutes les minutes et demi au mais ça reste de très haut niveau avec un Carlson cabotinant et jouant la star et une Adrienne Davies d’une précision quasi chirurgicale, toute en retenue et d’une violence pourtant inouïe. C’est bien simple, sur The Bee Mades Honey… j’ai réussi à situer où se trouver ma plèvre. N’empêche, pendant une quarantaine de minutes, on pouvait situer Clisson  en plein milieu de la Vallée de la mort. Excellent.

En attendant les Melvins, petit tour dehors pour voir sur la Mainstage les minets de Bullet For My Valentine. Pour tout vous dire, le charisme des gars est indéniable, l’efficacité est là, les headbangs bien synchronisés, bref, pour résumer le tout, ce sont des bêtes de scène mais franchement au bout de deux morceaux j’ai préféré abandonner, n’étant pas spécialement concerné par leur musique.

Melvins

Melvins

J’ai préféré retourner à la Valley et bien m’en a pris car les Melvins ont fait le show le plus déjanté de la journée. Déjà, commencer son concert sans être présent par l’hymne américain puis 5 mns de bruit et le terminer à cappella, c’est peu commun ; mais ce qui s’est passé entre les deux était tout bonnement grandiose. Les américains, avec leur look plus qu’improbable (en gros Buzz Osborne ressemble de plus en plus à un croisement entre Einstein Jr et un Almodovar les doigts coincés dans la prise, accoutré en sus d’une robe de bure sataniste et les deux autres affublés d’un tee-shirt présentant les fonctions de chacun) et leur Metal bien punk et déjanté ont fait en sorte que la fosse soit un gros foutoir en mouvement permanent, dans laquelle entre deux headbangs, beaucoup de gens se mettent à planer au dessus de la foule (clairement c’est le concert du jour où le service d’ordre en a le plus chié), pendant qu’à l’extérieur, le ciel se lâchait lui aussi.

N’allez pas croire néanmoins que je n’ai vu que de bons concerts lors de cette première journée. Si la tenue jusque là est exceptionnelle, il y a eu également quelques ratés. A commencer par Magma et leur jazz plutôt hors sujet. Bon, après, ça se défend : le Hellfest est le festival des musiques extrêmes, dont l’éclectisme n’est plus vraiment à démontrer, alors pourquoi pas mettre un groupe mythique de jazz barré ? N’empêche qu’au bout de quelques minutes, l’affaire était pliée me concernant. Pareil pour Converge. J’ai tenu un peu plus longtemps me direz-vous mais autant l’avouer, si Jacob Bannon a une aura impressionnante, un charisme d’enfer, si les musiciens dégagent une énergie hallucinante, si ça saute et hurle de partout, leur Metal est bien trop monolithique et sans nuances pour accrocher vraiment. Bref, c’est très bien mais terriblement vain. Je quitte la Warzone pour m’en retourner vers la Valley, parce qu’il faut faire des choix. Ben oui, sadiques comme pas deux, les programmateurs ont eu la perversité de coller Rammstein en même temps que Sunn O))). Autant le dire, mon choix sera vite fait.

sunn

SunnO)))

Si le Hellfest est le festival des musiques extrêmes, on peut sans l’ombre d’un doute dire que le concert correspondant le plus aux critères du festival sera celui de Sunn O))). Pourquoi ? Parce que d’emblée il s’agit d’une expérience d’une heure aux confins du mysticisme. Après une dizaine de minutes d’attente sous les fumigènes, le groupe débarque habillé de robes de bure, enfonçant le clou quant au mysticisme.  Le concert que présentent les Américains aujourd’hui ne va contenir aucune note, pas une seule ligne mélodique, ce sera un long râga , un drone d’une puissance exceptionnelle qui ne laisse que deux choix possibles : soit vous embarquez à bord, soit vous restez définitivement sur le quai. Découpé en trois parties, l’une, basée sur les drones, les bourdonnements faits par les guitares avec changement d’accords toutes les dix minutes, attaque des cordes toutes les deux ou trois minutes, laissant la liberté à chacun des musicos de pouvoir s’abreuver sans s’arrêter de jouer, permet de poser les bases de leur style et d’entrer dans le concert. L’autre, terrifiante, voit Sunn O))) mettre les guitares de côté au profit d’expérimentations vocales ahurissantes et la troisième réunit les deux premières parties pour un final renversant et impressionnant. Si avec Earth, on avait une idée d’où se situait la plèvre, avec Sunn O))), force est de constater que la puissance dégagée est telle que dans un premier temps on est obligé de serrer la mâchoire à fond pour éviter le déchaussement dentaire, qu’ensuite on est obligés de s’éloigner du devant de la scène du fait des vibrations émises par les instruments qui donnent juste l’impression de ne plus faire qu’un avec un marteau-piqueur et qu’enfin vient la nécessité de s’éloigner plus encore pour ne pas perdre le peu d’audition qu’il nous reste (pour info, le concert était régulièrement à plus de 108 dbs). Enfin vous ajoutez à cela une scénographie remarquable (entre fumigènes et couleurs accompagnant les variations du concert) et vous obtenez un des plus grands concerts auxquels j’ai pu assister jusque là. Pas facile d’accès, franchement hermétique mais d’une grande richesse et d’une intensité remarquables.

Sunn o

Sunn O)))

Après il reste le concert d’Offspring (excellent selon certains), mais vu la claque prise par Sunn O))), j’ai préféré plier les gaules et rester sous l’effet de la baffe reçue. Bref, en un mot comme en cent, ce sera tout pour ce vendredi.

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