Littérature Francophone Noirs

Olivier Martinelli, « Quelqu’un à tuer »: l’histoire de l’histoire

Ecrit par Velda

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J’avais beaucoup aimé La nuit ne dure pas, le roman d’Olivier Martinelli paru aux éditions 13e note en 2011, qui racontait avec beaucoup d’intelligence et d’émotion l’histoire d’un jeune groupe de rock. Olivier Martinelli change de registre, mais n’a rien perdu de son talent.

Arthur, 1990, Paris
Ignacio, 1934, Espagne

Arthur est jeune, musicien, parolier. Arthur aime Camille, qui le traîne derrière elle : Arthur, l’artiste en laisse. Un disque, un flop. Arthur aime Camille, Camille aime Arthur. Puis ne l’aime plus. Après tout, il ne l’aime plus non plus. Mais avec elle, il était, un peu, dans la vie. Sans elle, il n’y a plus qu’à lâcher prise, boire, boire. Et partir.

Ignacio est un jeune mineur. Il vit à Mieres, village des Asturies, à deux pas de chez Candela, sa jumelle, sa sœur, son amoureuse. Et le petit frère d’Ignacio, Francisco. Tous les deux travaillent à la mine, celle qui a tué leur père : « Pour mon père, j’ai senti que c’était la fin, le jour où, justement, il n’est plus parvenu à tousser. » Le jeune Francisco, 15 ans, doué à l’école, doit travailler : la maigre paie d’Ignacio ne suffit plus à nourrir la famille, maintenant que le père est parti. Bientôt, c’est l’insurrection : les militants syndicaux distribuent les armes et les explosifs. Ignacio, Francisco et une centaine d’insurgés partent à l’assaut de la garnison de la garde civile. L’attaque est brève, violente, brutale. Les insurgés repartent vainqueurs. Après avoir tué sauvagement le caporal Alonso, celui qui faisait la cour à Victoria, la sœur d’Ignacio et de Francisco Obregon.

A Paris, Arthur erre au volant de sa vieille voiture toussotante, la musique à fond. Il échoue chez sa mère, celle qui n’a jamais su lui montrer qu’elle l’aimait. D’ailleurs, l’aimait-elle ? Elle l’a élevé toute seule, le père s’est volatilisé. Une personne l’a bien connu, pourtant, autrefois. Ignacio, Ignacio Obregon.

Rencontre avec Anne Bourrel et Olivier Martinelli chez Joseph Gibert, avril 2015

Et voilà, le chassé-croisé commence. 1936, l’histoire tragique d’Ignacio. 1990, la quête et l’errance désespérée d’Arthur, qui n’a plus rien d’autre à faire que de descendre là-bas, en Espagne, au volant de sa vieille voiture déglinguée mais fidèle, elle. Arthur qui reprend vie et inspiration au fil de ses rencontres avec des femmes et des hommes qui, sans toujours le savoir, le guident vers un dénouement et une forme de vérité. Un roman qui parle de ce que la guerre fait aux hommes, fût-elle une guerre juste. Qui montre que la cause collective, même respectable, est capable d’engendrer chez les individus des métamorphoses irréversibles. Une descente aux enfers, une rédemption, et entre les deux une histoire bouleversante, histoire politique, histoire personnelle mêlées. Et puis le manque d’amour, la voie la plus courte vers la noirceur, présent de façon lancinante dans ce roman écrit avec une sobriété impressionnante et une sensibilité rare.

Olivier Martinelli, Quelqu’un à tuer, La manufacture de livres, avril 2015

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