Cinéma

Palmarès 2020 du Festival de Gérardmer

Sans être une thématique, une tendance peut malgré tout être observée dans cette sélection du Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2020 : l’insécurité absolue.

Il n’existe plus de retraite possible, plus de point d’abri, plus de soutien ni au sein de sa famille, ni au sein de sa communauté ou de ses propres croyances.

Le repli sur soi est le maître mot, le test de résistance est permanent.

Alors, évidemment, il peut être question de points plus pragmatiques quand il s’agit de développer un scénario de genre, comme les moyens et temps de tournages, équipes réduites et unités de lieux à privilégier… mais malgré tout, on peut constater l’extrême fragilité de ces fondations humaines.

Après tout, dans un monde où la précarité gangrène tous les espoirs d’avenir, où les efforts sont spoliés par l’arbitraire ou court-circuités par l’argent, rien de plus logique que de laisser s’installer cette peur d’échouer en tant qu’être vivant dans ce qu’il a de plus rassurant ?

C’est ainsi qu’on voit tant de films créés autour de nouveaux foyers qui deviennent de véritables dangers, des pièges inexorables, des endroits où l’on perd sa vie et sa raison plutôt que d’en démarrer une.

The Room de Christian Volckman (France), où un couple s’installe pour tomber dans le piège de leur propre narcissisme ; Vivarium de Lorcan Finnegan (Irlande), où un jeune couple devient captif de leur maison parfaite et de leur vision de vie de famille ; 1 BR: The Apartement de David Marmor (USA), où une jeune femme trouve son premier appartement et un voisinage de rêve ; The Vigil de Keith Thomas (USA), où un homme est victime du mal de sa communauté religieuse ; Blood Quantum de Jeff Barnaby (Canada), où la communauté indienne est à la fois menacée et menaçante… (la palme de la déception lui revient, sans conteste)

Le film qui a remporté cette année presque tous les suffrages : Saint Maud de Rose Glass

Quant au refuge religieux, il est extrêmement bien approché et remis en cause dans le film qui a remporté cette année presque tous les suffrages : Saint Maud de Rose Glass. Maud (Morfydd Clark), une toute frêle jeune femme veut dédier sa vie à sa croyance et son métier d’infirmière. En entrant au service d’Amanda (Jennifer Ehle), une ancienne danseuse clouée par une maladie incapacitante, elle se persuade que les messages que Dieu lui envoie ne sont destinés qu’à une chose : sauver l’âme d’Amanda.

Sa croyance, son refuge de foi, est sa propre perte, et la seule expression d’une maladie mentale qui va l’amener aux pires délires.

Saint Maud est le premier film de Rose Glass, mais la réalisatrice y est ici véritablement virtuose. Le travail de l’image, les cadrages, la couleur, et les effets toujours justes, font de ce film une impressionnante représentation du calvaire que se crée cette femme hallucinée, un chemin de rupture psychologique par le prisme de celle qui en souffre. Énorme interprétation de Morfydd Clark !

Saint Maud de Rose Glass (Grande-Bretagne) a très logiquement reçu le Grand Prix ainsi que les prix de la Critique et de la Meilleure Musique Originale signée Adam Janota Bzowski.

Le jury de cette édition 2020, avec à sa tête Asia Argento, a décerné son prix à Howling Village de Takashi Shimizu (Japon), et le prix du jury Jeunes a été remis également à Saint Maud.

Quant au prix du Public, il est allé à 1BR: The Apartment de David Marmor (USA) qui, malgré une qualité de filmage plutôt moyenne, livre un premier film au scénario un peu ballardien… peut-être celui qui se finit le plus positivement, d’ailleurs !

L’espoir n’est peut-être pas perdu…


Le Festival international du Film Fantastique de Gérardmer

 

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Image à la une : Saint Maud de Rose Glass

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