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La cartographie Post-Rock de Patrick Bénard

Je me souviens d’avoir connu Patrick Bénard en 2010 alors que celui-ci s’imaginait de manière fictionnelle Dans La Tête de Robert Smith. L’auteur, également animateur radio et chroniqueur, revient à notre bon souvenir à l’occasion d’une nouvelle publication, cette fois-ci aux éditions Camion Blanc. L’objet en question est un inventaire musical attaché au phénomène post-rock, style fixé dès le préambule du livre grâce à la définition octroyée en Mai 1994, dans le magazine The Wire, par Simon Reynolds:

 Un sous-genre du rock à tendance expérimentale et qui intègre des caractéristiques du rock alternatif, de l’art rock et de la musique électronique.

Vaste programme donc et panel pour le moins large, au point d’engendrer des disciples de la matière sur toutes les contrées du globe.

Le récit intitulé Le Post Rock : de Mogwai à Godspeed You ! dévoile également un sous-titre hautement révélateur : La Rage et la Beauté. C’est sans doute ce qui caractérise, avec toute sa légitimité, l’établissement du catalogue dressé. Cette musique dont les germes, issus de l’after punk et du shoegaze, trimbalent de longues plages gorgées de minutes exploratrices. L’idée avait déjà été évoquée par Patrick Bénard dans son ouvrage antérieur (On The Rocks le rock de 2007 à 2014) sans que ce pan de cette précédence ne soit le point de focalisation exclusif. Animé par les ambiances de formations adeptes de sonorités le plus souvent sans parole, l’intéressé nous convie habilement pour un voyage de continent en continent.

C’est  l’Afrique qui aura la primeur des premières lignes avec une scène peu significative mais d’illustration bien réelle. Début d’un répertoire non exhaustif (mais fourni d’un recensement de 250 groupes) avec Wildernessking, débarqué d’Afrique du Sud jusqu’à nos oreilles et dont les ondes lourdes m’étaient auparavant inconnues. La curiosité ainsi  sera de mise au fil des pages, le lecteur Bandcamp pas loin pour fixer un peu d’audio au texte.

Patrick Bénard réussit parfaitement son pari d’accorder une place universelle au post-rock, appuyant son état des lieux autant à la suggestion de noms inconnus du public qu’en marquant un focus logique vis-à-vis de quelques cadors, tous diffuseurs d’ambiances aux inspirations variées malgré une appartenance commune dont chacun pourrait définir les contours. Le parti pris qui émane de l’ensemble est en cela primordial et appréciable car il décèle la franche passions de lignes qui se lisent, au final, comme un guide agrémenté autant de références utiles que d’appréciations finement subjectives.

On pourra ainsi apprécier un descriptif précis, concis, véritable incitation à combler les vides discographiques, à susciter l’envie. Le travail de défrichage, il faut l’avouer, y est relativement bien senti sans être surchargé.

Page 27, à l’occasion du paragraphe consacré aux Japonais de Mono, le lecteur pourra fantasmer.

des titres qui débutent souvent confinés, discrets, avant d’exploser en fusion comme un volcan, avant parfois de redescendre ou s’élever encore plus haut Patrick Bénard

 

Pour ce qui concerne l’Asie, mon plaisir fut total en constatant des affinités communes en direction de mes chouchous de Jambinai, sensation de Corée du Sud donc j’avais émis un avis dithyrambique ici même.  Idem lorsque la lecture me permis de replonger dans la furie canadienne des précurseurs de Godspeed You ! Black Emperor, puis les voisins ricains de Caspian ou, à la suite de l’abécédaire, This Will Destroy You dont le blason confère à lui seul toute une symbolique.

Alors forcément, je pourrais apporter des bémols à cause d’une trop timide évocation d’Explosions In The Sky (une allusion lors du propos relatif au metal atypique des Suédois de Cult Of Luna) ou encore Bark Psychosis oublié de la liste… L’essentiel est sans doute ailleurs, dans les coups de cœur de Patrick Bénard pour la carrière de Mogwai (comment ne pas être conquis ?) ou certaines obédiences et ramifications en périphérie… De l’impact poignant de Sigur Rós en passant par le travail chargé de caractère de Jesu, outre une admiration sans frein pour Ez3ziel, combo de musiciens Tourangeux issus d’une filiation dub mais ayant apporté sur scène un déluge XXL justifiant l’appartenance au genre ici décrypté avec malice.

En filigrane, Patrick Bénard ose sortir des carcans, repoussant avec pertinence la genèse aux montées d’adrénaline du Boléro de Ravel, la subtilité artistique décantée par Fripp & Eno, sans oublier le clin d’œil appuyé en direction de l’hypnotique Carnage Visors de The Cure (on y revient toujours lorsqu’on est fan)

Bref, un condensé de références qui n’attendent plus qu’à trouver une suite, tant dans les bacs des disquaires que dans les rayons des libraires. Patrick Bénard nous ouvre enfin la porte d’un monde sensoriel qu’il affectionne. A travers ses mots, c’est notre propre envie qu’il émoustille. Rien que pour ça, son recueil consacré au post-rock est une référence de poids.

En guise d’illustration, voici une playlist de titres issus du répertoire des groupes ici énumérés :

A noter que Le Post Rock : de Mogwai à Godspeed You !… est également disponible sous format ebook.


 

Le Post Rock

de Mogwai à Godspeed You ! …

La Rage et la Beauté

de Patrick Bénard

 

Camion Blanc, Novembre 2020

 

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Post-Rock


 

 

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