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Prix des jeunes libraires 2021 : les quatre premières critiques !

Il y a quelques semaines, je vous avais annoncé participer au Prix des jeunes libraires 2021 en tant que juré, où seize romans sont en compétition. Voici mes impressions sur les quatre premiers que j’ai lu. Attention, il y a de très bons textes !

Sukkwan Island de David Vann

prix des jeunes libraires

Sukkwan Island nous emmène sur une île sauvage du Sud de l’Alaska, en compagnie d’un homme et son fils. Le programme ? Passer une année en famille sur cette terre sauvage, vivre de chasse et de pêche, renouer avec la nature. Une idée de Jim, le père, qui après une succession d’échecs personnels voit dans cette occasion un nouveau départ et une façon de nouer des liens avec ce fils qu’il connaît si peu. Mais la dureté de cet environnement brut et l’instabilité de Jim vont rapidement rendre la situation insupportable. La relation père/fils s’inverse rapidement : Jim se décharge en se confiant à son fils, ce qui va devenir de plus en plus difficile pour le jeune garçon. Ce dernier ne se sent pas à sa place dans cet endroit isolé, et a d’ailleurs accepté ce voyage dans le seul but de faire plaisir à son père et de le ménager. Dans ces conditions, la tension monte entre les deux personnages, annonciatrice du drame à venir …

Comme la plupart des romans publiés chez Gallmeister, la nature a une place très présente dans ce récit. Mais ici elle paraît plus hostile, son grandiose effraie. Cette sensation augmente la tension déjà présente, avec ce père qui fuit ses problèmes et pense que ce voyage va tout arranger, et on sent que tout peut se briser en un instant. La catastrophe arrive d’un coup, glaçante, mais pas forcément celle à laquelle on s’attendait …
Ce roman est divisé en deux parties, mais il est difficile de parler de la seconde sans trop en dévoiler. Je me contenterai de dire qu’il s’agit d’une œuvre intense, qui véhicule une émotion très forte, et qui me marquera certainement de nombreuses années.

traduit par Laura Derajinski
Gallmeister,  première parution française en 2010

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La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

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On change de registre, pour passer à une histoire d’amour. La lettre à Helga est un roman épistolaire où notre héros écrit à son ancienne amante, Helga, pour se rappeler leurs souvenirs communs. Une histoire d’amour manqué en quelque sorte : ils se sont rencontrés alors qu’ils étaient tous deux mariés, se sont tournés autour, mais n’ont jamais osé quitter leur vie présente pour vivre pleinement une histoire ensemble.

La femme du héros venant de mourir, il décide qu’il est temps d’écrire cette lettre à la femme qui a toujours été présente dans ses pensées, et de lui ouvrir son cœur en revenant sur leur passé.

Dit comme ça, on pourrait s’attendre à un roman triste, empli de regrets d’occasions manquées. Mais il n’y a pas d’amertume du côté de notre narrateur. Il sait que leur histoire n’était pas possible, il n’aurait jamais été capable de quitter sa ferme pour elle et ses enfants. Cette lettre existe uniquement pour montrer à Helga à quel point cette romance a compté pour lui, même si elle a été en demi teinte.

Un roman très bien écrit, et une belle histoire d’amour teintée d’une douce mélancolie.

 

 

traduit par Catherine Eyjólfsson
Zulma, première parution française en 2013

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Rêves de train de Denis Johnson

 

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Rêves de train nous transporte dans l’Ouest américain au début du XXème siècle, où l’on suit la vie de Robert Grainier, son travail en tant qu’ouvrier dans la construction des ponts de chemin de fer, mais surtout la disparition de sa femme et de sa fille dans un incendie alors qu’il était sur un chantier. Les années passent, mais il ne parvient toujours pas à faire son deuil. Et quant est-il de son rapport avec les loups, à la limite du surnaturel ? Sa fille serait-elle devenue fille-louve, dans une sorte de réincarnation ? Autour de Grainier s’articulent d’étranges personnages : Elvis Presley, un chinois funambule, l’Homme le plus gros du monde, et divers escrocs et autres originaux …

Denis Johnson nous embarque dans un roman étrange, à la suite de cet homme brisé, en interrogeant notre rapport à la réalité : où s’achève-t-elle, et où commence le rêve ? Côtoie-t-on le fantastique, ou s’agit-il tout simplement des divagations d’un homme n’arrivant pas à accepter la perte des deux personnes qui comptaient le plus ? Chacun interprétera comme il le souhaite ce court récit, porté par une très belle écriture.

 

 

 

traduit par Brice Matthieussent
Christian Bourgois éditeur, première parution française en 2007

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Le procès du cochon d’Oscar Coop-Phane

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Le postulat de base est le suivant : un monstre a croqué les joues d’un enfant, conduisant à la mort du bébé, et s’en est tranquillement retourné dans la forêt. Rattrapé par les hommes et leur justice, on organise son procès. Le meurtrier ne semble nullement regretter, garde un air impassible et n’essaye même pas de se justifier. Et pour cause : il s’agit d’un cochon. Il sera pourtant traité en homme pendant les quatre parties dont sont composées le roman : le Crime, le Procès, l’Attente de la mort, et le Supplice. Mais un animal peut-il vraiment être jugé responsable de ses actes ? Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle subsistait une étrange pratique peu connue de nos jours : le procès intenté à certains animaux. Oscar Coop-Phane nous emmène quelques siècles en arrière pour imaginer un de ces jugements. Le texte est traître au début : même si on se doute de l’identité du coupable de par le titre du livre, la façon dont il est traité comme un être humain réfléchi suscite quelques hésitations. Mais il n’y a rapidement plus de doute, c’est bien un porc qui est jugé. Faut-il y voir une allégorie pour autre chose, ou est-ce juste une façon pour l’auteur de nous faire revivre une pratique moyenâgeuse ? Quoi qu’il en soit, ce simulacre de procès faisant penser à une pièce de théâtre nous invite à explorer les sentiments humains, que ce soit la douleur, la haine, le désir de vengeance, la peur ou encore l’empathie, et nous interroge sur la notion de responsabilité.

Un conte cruel et percutant qui ne m’a pas laissé de marbre, mais dont je n’ai malheureusement pas bien saisi le but final.

La Table ronde, Première parution en 2019 aux éditions Grasset

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Quatre lectures très différentes, mais qui m’ont plu dans l’ensemble. Pour l’instant, mon cœur balance entre La lettre à Helga et Sukkwan Island, mais il reste encore douze autres livres à découvrir ! Ça promet pour la suite !

 


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Un commentaire

  1. C’est rigolo ce prix des « jeunes » libraires. Dit une vieille libraire qui adore transmettre Mon préféré parmi ces 4 est Rêves de train. J’aime beaucoup la nouvelle jaquette. J’attends la suite, je suis curieuse de voir quels titres sont proposés et quels seront les coups de cœur de la nouvelle génération. Bonnes lectures et découvertes !

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