Les prix littéraires

Marion, juré du prix des jeunes libraires


J’ai le plaisir de participer cette année aux Prix des jeunes libraires en tant que représentante de la librairie Garin (Chambéry).

Mais c’est quoi, le Prix des jeunes libraires ?

Il s’agit d’un prix mis en place en 2020 par le Centre de diffusion de l’édition (CDE), décerné par un jury constitué uniquement de professionnels en exercice depuis moins de cinq ans (150 jeunes libraires à ce jour). Les livres en lices sont sélectionnés par 16 éditeurs diffusés par le CDE qui choisissent un ouvrage fondamental de leur catalogue.

L’objectif ? Remettre en avant et faire découvrir des pépites plus anciennes que les nouveautés dont regorgent les tables des librairies.

Qui succèdera à l’excellent Indian Creek de Pete Fromm édité chez Gallmeister, lauréat de la première édition ?

Quoiqu’il en soit, la liste donne envie et j’ai hâte de partager mes impressions avec vous ! Pour vous faire une idée, voici la sélection de cette année.

Je vous proposerai au fil de mes lectures une critique de ces seize œuvres, jusqu’à la remise du prix en juin.

Marion


La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, éditions Zulma. Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson. Première parution française en 2013.

La confession tardive d’un éleveur de brebis à la retraite, qui s’adresse à son amour de jeunesse, Helga. Le récit d’une vie traditionnelle paysanne disparue, rude et solitaire.

Le mot de l’éditeur : La lettre à Helga est un de ces livres uniques, un de ces merveilleux trésors de la littérature. Il y est question de la naissance et de la mort, de l’amour et du désir, des choix que l’on fait, le cœur léger ou pas, mais aussi de la nature puissante et des toutes petites mousses qui surgissent au printemps dans les anfractuosités des roches de lave. Il y est aussi question de moutons, et là c’est toute mon enfance … Laure Leroy

La Parabole du semeur d’Octavia E. Butler, éditions Au diable vauvert. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Rouard. Première parution française en 2001.

Le XXIe siècle américain atteint à peine ses 25 ans que l’exclusion et la misère connaissent des proportions jamais égalées. Jetée sur les routes dans un exode de cauchemar suite au massacre de sa famille, Lauren Oya Olamina, une adolescente noire de 15 ans, trace son chemin à travers le chaos, semant une parole d’espoir pour une nouvelle humanité auprès des déshérités.

Le mot de l’éditeur : Il y a des livres pour lesquels on crée une maison, La Parabole du semeur est de ceux-là. Capable dès sa parution de s’inscrire dans les consciences pour ressurgir plus fort vingt ans plus tard. D’une lucidité et d’une noirceur prémonitoires, un livre de foi en l’Humain, quand Dieu a disparu. Un grand livre de résistance féminisite, la leçon d’émancipation d’une petite fille d’esclave. Marion Mazauric


Le procès du cochon d’Oscar Coop-Phane, éditions de La Table ronde. Première parution en 2019 aux éditions Grasset.

Le mot de l’éditeur : Dans un village et un temps reculé, un cochon croque la joue et l’épaule d’un bébé laissé quelques instants sans surveillance, avant de repartir tranquillement vers la forêt. C’est le crime. Suivront, la traque, le procès, l’attente et le supplice. Coupable, c’est certain. Mais est-il seulement responsable ? De ce fait divers du Moyen-Âge, Oscar Coop Phane fait une troublante allégorie. Alice Déon

Un soir au club de Christian Gailly, éditions de Minuit. Première publication en 2002.

Simon Nardis, technicien chauffagiste marié et ancien pianiste de jazz, a envie de se remettre à jouer. Un soir, dans un club de jazz de province, loin de son épouse, il rencontre une ancienne chanteuse, Debbie.

Le mot de l’éditeur : Passé la première page, comme la porte du club, impossible de s’arracher à sa musique. La cadence de cette prose, ses rythmes, ses ruptures, ses malices, son intensité, son hypersensibilité font qu’on se met illico à la place du narrateur et que, comme lui, on comprend la rechute de son ami Simon Nardis. Emmanuel Barthélémy


Rêves de train de Denis Johnson, Christian Bourgois éditeur. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent. Première parution française en 2007.

Un roman en forme de biographie de Robert Grainier, un travailleur de l’Ouest américain au début du XXe siècle. Les tribulations d’un homme passionné par la construction des ponts de chemin de fer à laquelle il participe comme simple ouvrier, jusqu’au deuil de sa femme Gladys et de leur petite fille Kate, disparues dans l’incendie de la vallée de Moeya au nord de l’Idaho.

Le mot de l’éditeur : Pourquoi Rêves de train ? Pour le combat mythologique entre l’homme et la montagne, pour l’amour déchirant d’un être pour sa femme et sa fille, pour l’évocation du grand Ouest américain au début du vingtième siècle, pour le style incomparable de Denis Johnson ? Pour (re)découvrir un immense écrivain. Clément Ribes

Un pont sur la brume de Kij Johnson, éditions Le Bélial’. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. Première parution en 2016.

Architecte renommé de l’Empire, Kit Meinem d’Atyar est chargé de réaliser une oeuvre colossale, un pont de 400 mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable et corrosive peuplée par les Géants, des créatures extrêmement dangereuses. 

Le mot de l’éditeur : Voici une histoire de liens. Ceux qui se font et se défont, entre les gens, entre les choses. Un récit sur le changement, l’impermanence des corps et des sentiments. Une histoire d’amour, bien sûr, magnifique, impossible. Ken Liu dit de Kij Johnson qu’elle “plane ici très haut”, une envolée qui lui valut une combinaison de prix littéraires exceptionnelle : Hugo, Nebula, Asimov’s et Grand Prix de l’imaginaire 2017. Méritée. Olivier Girard


Enfin la nuit de Camille Leboulanger, aux éditions L’Atalante. Première parution française en 2011.

Alors que la fin du monde semble proche, que la nuit disparaît et que la Terre s’assèche, Thomas, un policier, et Sophie, une adolescente, s’en vont vers le sud.

Le mot de l’éditeur : La nuit disparaît. La Terre s’assèche. Les humains s’évitent. C’est une “presque fin du monde” où le jour continuel rend fou. Le lecteur, happé par l’écriture et le rythme du récit, vit une empathie sensorielle et émotionnelle avec Thomas, en route vers le sud. Dans cet hommage à Cormac McCarthy, la violence le dispute à l’humour noir. Mireille Rivalland

Shikasta, Doris Lessing, aux éditions La Volte. Traduit de l’anglais par Paule Guivarc’h. Première parution française en 1981 aux éditions du Seuil.

Une histoire secrète de l’humanité explorant le concept d’une civilisation extraterrestre qui transforme le destin d’une planète entière. Le cycle met en scène des territoires interstellaires à divers stades de développement social et technologique, formant un opéra spatial qui questionne la nature humaine, son rapport à la sexualité, à la politique, à la mortalité …

Le mot de l’éditeur : Shikasta ouvre un cycle extraordinaire, que Doris Lessing tenait pour majeur dans son oeuvre, ses thèmes de prédilection étant présents à travers l’évolution de la Terre sur des siècles : transformation de la société, de l’être humain, fabrication de ses mythes fondateurs, développement spirituel. Cela fait fortement écho à notre goût pour une littérature spéculative. Mathias Echenay


Quinze cents kilomètres à pied à travers l’Amérique de John Muir, éditions José Corti. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par André Fayot. Première parution française en 2006.

Ce carnet de route relate le voyage qu’entreprend J. Muir en 1867 lorsqu’il se dirige vers le golfe du Mexique, via le Kentucky. Cette excursion botanique s’effectue dans des conditions difficiles, sur des routes incertaines.

Le mot de l’éditeur : John Muir – Planète Terre – Univers, mots inscrits dans le carnet de route dont est issu ce volume. Ils reflètent l’état d’esprit de sa marche vers le golfe du Mexique en 1867. Sa pérégrination a lieu dans une Amérique sauvage parfois intouchée par l’homme mais où les routes restent incertaines. Mi-naturaliste, mi-prophète, Muir rend palpable la wilderness. Fabienne Raphoz et Bertrand Fillaudeau

Là où l’histoire se termine d’Alessandro Piperno, aux éditions Liana Levi. Traduit de l’italien par Fanchita Gonzalez Batlle. Première parution française en 2017.

Dans les années 1990, après l’échec de deux mariages, Matteo Zevi, incorrigible hâbleur et dragueur, quitte Rome pour Los Angeles afin d’échapper à ses créanciers. Seize ans plus tard, à la mort de l’un d’eux, le voici de retour. Accueilli par ses enfants avec un mélange d’indifférence et d’animosité, il se jette sans retenue dans les retrouvailles avec la Ville éternelle, résolu à dévorer la vie.

Le mot de l’éditeur : Talentueux observateur de notre société, Piperno s’est affirmé comme un des grands narrateurs contemporains. Sévère, mais divertissant, caustique mais indulgent, féroce mais tendre. Tout, sauf politiquement correct. Brillantissimo ! Pourquoi Là où l’histoire se termine ? Car c’est une déclaration d’amour au charme léger, futile et irritant de la ville éternelle. Et aussi une mise en garde envers ce qui la menace et vous menace. Liana Levi


Climats de France de Marie Richeux, éditions Sabine Wespieser. Première parution française en 2017.

En 2009, sur les hauteurs de Bab el-Oued, Marie est subjuguée par la cité construite par l’architecte Fernand Pouillon entre 1954 et 1957. Saisie par la nécessité de comprendre l’émotion qui l’étreint, elle se replonge dans son passé. Une succession de récits qui s’entrelacent comme autant de fragments d’une même histoire dont l’auteure traque le motif entre l’Algérie et la France.

Le mot de l’éditeur : Avec Marie Richeux, tout commence par la voix. La sienne, à la radio, disant ses Polaroïds, courts textes réunis en 2013 – son premier livre. Dans Climats de France (2017), les voix des hommes et des femmes dont les destins se tissent entre l’Algérie et la France, révélant la trame de notre histoire commune. Un roman comme une quête, empreint de lumière. Sabine Wespieser

Liminal de Jordan Tannahill, éditions La Peuplade. Traduit de l’anglais par Mélissa Verreault. Première parution française en 2019.

Le 21 janvier 2017 à 11h04, la mère malade de Jordan n’est toujours pas réveillée. Il ouvre la porte de sa chambre pour vérifier si tout va bien. Son regard s’ajuste sur la forme allongée dans le lit. Monica vit-elle encore ? Liminal tient dans cette seule seconde. Toute la vie revient alors en une bouffée de souvenirs, une plongée immense dans un seul mystère : être un corps. Qu’est-ce qu’un corps ? Quelles en sont les limites ? Des androïdes aux sex clubs, de l’extase mystique de Sainte Thérèse d’Avila à la castration d’une performeuse queer, au carrefour de l’autofiction, de la saga milléniale et de la pop philosophie, le récit s’organise en une prodigieuse odyssée personnelle peuplée d’artistes, de scientifiques et de marginaux magnifiques.

Le mot de l’éditeur : Liminal prend place le temps d’une unique seconde, de terrible doute pour un homme au seuil de deux possibilités : sa mère, allongée dans son lit, peut être vivante, ou non. C’est dans cet espace des possibles que le narrateur déroule les souvenirs qui l’ont mené à ce point précis de sa vie à la quête de ce que peut être un homme, l’amour, la vie. Julien Delorme


Sukkwan Island de David Vann, éditions Gallmeister. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski. Première parution française en 2010.

Jim décide d’emmener son fils de 13 ans vivre dans une cabane isolée au sud de l’Alaska durant un an afin de renouer avec lui. Les dangers auxquels ils sont confrontés et les défaillances du père vont transformer ce séjour en cauchemar. Le fils prend alors les choses en main jusqu’au drame violent qui scelle leur destin.

Le mot de l’éditeur : Peu de livres ont le pouvoir de changer votre vie : il y a un “avant” et un “après” Sukkwan Island. L’histoire de Jim et de Roy, un père et son fils, partis vivre seuls sur une île déserte est bouleversante, choquante, terrible. Vous adorerez ce livre ou vous le détesterez, mais une chose est certaine : jamais vous ne l’oublierez. Oliver Gallmeister

Battues d’Antonin Varenne, éditions La Manufacture de livres. Première parution française en 2015 aux éditions de l’Ecorce.

Le garde-chasse Rémi Parrot retrouve Michèle, son amour de jeunesse, après des années d’absence. Leurs retrouvailles sont perturbées par la disparition du garde forestier Philippe Mazenas. Après plusieurs jours de recherche, Rémi découvre en forêt le corps de son ami, mutilé par les bêtes sauvages.

Le mot de l’éditeur : Dès la première lecture, Battues m’a complètement convaincu. Il y a dans ce roman un western, un roman d’amour, un roman policier, un peu de tragédie familiale et un fond de roman social. le tout porté par un sens de la construction et de la narration exceptionnel. Battues, c’est la rencontre de Roméo et Juliette et Règlements de compte à OK Corral dans le Massif Central. Unique. Pierre Fourniaud


Marcher droit, tourner en rond d’Emmanuel Venet, éditions Verdier. Première parution française en 2016.

Le narrateur, atteint du syndrome d’Asperger, évoque la vérité, la transparence, la logique, le Scrabble, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre, une camarade de lycée qu’il n’a pas revue depuis trente ans et avec laquelle il rêve de vivre une grande histoire d’amour.

Le mot de l’éditeur : Dans une langue aussi limpide qu’élégante, Emmanuel Venet, psychiatre, se sert d’une forme d’autisme bien particulière pour présenter une personnalité brillante et totalement inapte à la vie sociale, incapable de comprendre les codes et de s’y plier. L’humour est grinçant, le ton juste. “Un désopilant jeu de massacre”, selon Éric Chevillard. Mathilde Azzopardi

Ethan Frome d’Edith Wharton, éditions P.O.L. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julie Wolkenstein. Première parution française en 1984 aux éditions Gallimard.

Dans les montagnes du Massachusetts, à la fin du XIXe siècle. Ethan Frome, un jeune homme rêveur, vit sous la domination de son épouse, Zénobia, une mégère hypocondriaque. L’arrivée d’une jeune fille, Mattie Silver, va illuminer sa vie. Mais il est voué à un destin tragique.

Le mot de l’éditeur : Ethan Frome d’Edith Wharton, le plus beau et le plus triste des romans d’amour, dans la nouvelle traduction de Julie Wolkenstein : les montagnes du Massachusetts ) la fin du XIXe siècle. Ethan Frome aime les livres et rêve de voyages. Il a hérité d’une ferme et d’une scierie qui ne rapportent rien, épousé une vieille cousine hypocondriaque. Et, sans comprendre ce qui lui arrive, il tombe amoureux pour la première fois. En trois jours, sa vie va basculer. Jean-Paul Hirsch


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