Littérature Etrangère

Polar atmosphérique dans les grands espaces argentins : « Je Suis l’Hiver »

Fondées en 2010 par Estelle Durand et Claire Duvivier, les éditions Asphalte fêteront cette année leur 10e anniversaire. Proposant des textes originaux venus d’un peu tous les coins du monde avant de s’ouvrir également à la littérature française, le catalogue d’Asphalte s’est étoffé à son rythme et a permis à ses lecteurs de découvrir, entre autres, des auteurs comme le Chilien Boris Quercia, l’Espagnol Carlos Zanon ou, chez nous, Emmanuel Villin et Timothée Demeillers.

Ricardo Romero est argentin et Je suis l’hiver son second roman publié en France, après Histoire de Roque Rey (Le Seuil – 2016). Ce texte a obtenu en 2017 le premier prix du Fonds National des Arts en Argentine.

Pampa Asiain, c’est comme ça qu’il s’appelle. Le prénom, c’est son père qui l’a choisi, lui qui était poète. « Estropié et poète », comme disait sa mère, sûre avec ça d’en donner une bonne définition.

Pampa Asiain est jeune diplômé de l’école de police. Sa première affectation l’amène à Monge, petite ville perdue à plus de 400 km de Buenos Aires. Dans cet endroit aux airs de bout du monde, il fait équipe avec Andrès Parra. Tous deux se tiennent mutuellement compagnie durant leurs tours de garde et essaient d’éloigner l’ennui qui semble vouloir envahir leur quotidien.

Car il ne se passe rien, à Monge, où l’on trouve presque davantage de maisons inoccupées que d’habitants. Pourtant, un soir d’hiver, alerté par un coup de téléphone, Pampa va alors découvrir en pleine campagne le corps d’une jeune fille pendu à un arbre. Confronté à une situation totalement inédite pour lui, Pampa prend la décision de mener l’enquête seul, à sa manière…

Sur ces immenses territoires désertiques où la seule chose en mouvement semble être la neige qui commence à recouvrir hommes et paysage, la confrontation entre le policier et le cadavre suspendu va s’éterniser, dans l’attente d’un retour éventuel du coupable.

Ces heures nocturnes vont doucement semer la confusion dans l’esprit de Pampa, qui voit remonter en lui des réminiscences de son passé pendant qu’il s’épuise à surveiller le corps de la pendue.

Mais son intuition ne l’avait pas trompé : une voiture finit par approcher, de laquelle sortira une personne que Pampa reconnaît aussitôt car, forcément, dans un coin aussi peu peuplé, il est de son devoir de policier de mettre un nom sur chaque visage.

Commence alors une traque lente et silencieuse, ouatée par la neige, au cœur de ces espaces infinis où l’on peut tourner des heures avant de tomber sur une route digne de ce nom.

Ricardo Romero excelle dans la description de ces paysages désolés et de l’ambiance de fin du monde qui semble y régner.

C’est là que se situe la vraie réussite de ce roman, où l’immensité environnante rend aux hommes et à leurs tragédies leurs véritables dimensions, leur quasi insignifiance. Bien sûr, l’intrigue a son importance et le lecteur curieux trouvera la réponse aux questions qu’il se pose, mais là n’est pas l’essentiel.

Je suis l’hiver est l’exemple parfait de ce que l’on serait tenté d’appeler un « polar atmosphérique » tant le paysage et le climat y tiennent finalement les premiers rôles. En y ajoutant les embardées mentales de Pampa, entre hésitations et brusques passages à l’acte, confusion et détermination soudaine, Ricardo Romero livre un roman envoûtant, mélancolique et habité, de ceux qui laissent une trace durable dans l’imaginaire du lecteur.

Et l’on se prend à rêver au film qu’Aki Kaurismaki pourrait tirer de ces 200 pages.


 

 

Je suis l’hiver de Ricardo Romero

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Maïra Muchnik

Publié le 16 janvier 2020 – Asphalte éditions

 

 

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ricardo romero


Photo en une : Yann Leray

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