Cinéma Interviews

Au Concorde de Nantes, une séance qui offre une seconde chance au cinéma

La Séance Seconde Chance, cinéma Le Concorde // Corentin Faucou
La Séance Seconde Chance // Corentin Faucou
Écrit par Adrien Meignan

Au cinéma Le concorde de Nantes, grâce à la Séance Seconde Chance, nous avons pu voir depuis l’année dernière, des films qui ne sont pas sortis en salles. Permettre d’avoir encore plus de diversité, tel est l’objectif d’Alexis Thébaudeau, créateur de cette séance. Il avait déjà co-créé l’association Accès au cinéma invisible qui œuvre au rétablissement de films qui ne sont pas sortis ou oubliés. Je l’ai interrogé pour qu’il nous parle ici de cette Séance Seconde Chance et de comment s’opère le choix des films.

Tu as créé l’association Accès au cinéma invisible en 2006, puis la Séance Seconde Chance en 2016. Tu proposes alors une nouvelle possibilité aux habitants de voir des films non sortis à Nantes. Quel est ton objectif à travers ces initiatives ? Fais-tu le constat que la distribution cinématographique est lacunaire ?

Alexis Thébaudeau : Mon objectif est tout d’abord très simple : j’aime voir des films, et j’aime en parler et en montrer. Un film, une œuvre d’art n’existe que dans l’œil de celui qui la regarde, n’existe que si elle est vue. Donc si je visionne un film que je trouve intéressant, j’essaie de trouver un moyen de le montrer aux autres, afin qu’il existe.

Il est évident que certains films n’ont pas besoin d’aide pour exister, pour être vus. Mais on se rend compte assez vite que le nombre de ces « classiques » est finalement assez limité : les listes des « 100 meilleurs films du monde », ou autres, sont rarement très originales. Donc, pour peu qu’on repère un film qui échappe à ces listes, et qui pourtant vaut le coup, il est important d’en parler autour de soi et, encore mieux, de le montrer.

« Un film, […] n’existe que dans l’œil de celui qui la regarde. » Alexis Thébaudeau

La distribution cinématographique est forcément lacunaire, tout simplement car il n’existe pas assez de salles de cinéma pour montrer tout ce qui existe. Enfin, pas en prenant en compte nos habitudes très ancrées, liées au principe d’offre et de demande : en gros certains films sont sur beaucoup d’écrans à la fois, privant donc de visibilité d’autres films.

Toutefois, n’oublions pas que l’offre cinématographique française, et notamment dans des grandes villes comme Nantes, est parmi les plus diversifiées au monde. Nous avons la chance assez inouïe, de pouvoir voir autant de films différents dans des cinémas tout à fait complémentaires : je viens de vérifier et, au jour où j’écris ces lignes, sont proposés dans les cinémas de Nantes et proche banlieue 55 films différents !

Mais malgré cela, certains films, pourtant tout à fait dignes d’intérêt, ne sortent pas à Nantes, ou en France. Lorsqu’on est un cinéphile chevronné, on peut rechercher ces films, légalement d’ailleurs, et tâchez de trouver un moyen de les montrer, d’où les créations successives d’Accès au Cinéma Invisible, puis de La Séance Seconde Chance, dont les buts sont proches mais plutôt complémentaires, encore une fois. Et puis, il existe de nombreuses autres initiatives de ce type sur Nantes, peut-être pas orientées vers un cinéma dit invisible a priori, mais qui incidemment passe des films invisibles : festivals, séances spéciales, etc.

Enfin, il ne s’agit pas simplement de passer des films car ils sont invisibles. Non, on est bien d’accord que l’intérêt réside dans la sélection, dans le travail de défrichage, que les programmateurs effectuent.

D’ailleurs dans ce travail de défrichage et de sélection que tu effectues pour la Séance seconde chance, tu proposes un panel assez large, allant d’un drame social (Une seconde chance de Susanne Bier), un film Iranien (Valley of stars de Mani Haghighi) ou encore une comédie US (Zoolander n°2 de Ben Stiller)… Est-ce que ton but de proposer un éclectisme cinématographique est aussi un moyen de ne pas t’enfermer dans un genre ou dans une cinéphilie restreinte ?

Quel meilleur moyen de promouvoir l’ouverture cinématographique qu’en proposant des films très différents et pourtant tous intéressants ? C’est ce que j’essaie de faire, car l’intérêt et la qualité peuvent se nicher absolument partout : peu importe le genre, la forme, l’ambition, le budget… reste à les trouver.

« On programme un film pour les autres, mais bien sûr aussi, un peu pour soi. »

Chaque cinéphile a une cinéphilie propre, faite de ses préférences, de son parcours. Il a tout à fait le droit de préférer un genre de film, un pays, une époque, etc. Un programmateur se doit en revanche de dépasser sa propre cinéphilie et donc, ce qu’il connaît déjà, mais aussi d’allier cela avec ses goûts, sa sensibilité. On programme un film pour les autres, mais bien sûr aussi, un peu pour soi. En bref, j’aime plutôt pas mal tous les films que j’ai passés à La Séance Seconde Chance, en plus d’être très content d’avoir pu les faire découvrir au public.

Enfin, je l’espère, rien n’expliquera mieux l’ambition de La Séance que sa programmation. Avec un peu de chance, le public finira par venir non plus car un film spécifique les intéresse, mais parce que nous l’avons choisi (nous, étant en concertation avec Sylvain Clochard, directeur et programmateur du Concorde). Ce qui est, en revanche, déjà pas mal le cas pour Accès au Cinéma Invisible (et c’est pour ça aussi que j’ai pris un peu de distance avec cette 1ère association et que je suis parti fonder la Seconde Chance en solo !).

En plus de ce qui n’est pas sorti à Nantes, tu as un autre critère pour la Séance seconde chance. Il faut que le film ne soit pas sorti en version originale. Est-ce que tu peux nous parler de cette importance et du doublage en France qui se pratique couramment, résultant parfois d’une unique sortie en Vf ?

Oui, j’estime que la version originale est celle voulue par les créateurs d’un film, et celle où l’on peut véritablement apprécier le jeu des acteurs. Donc, et ça arrive de temps en temps, on passe parfois des films étrangers, sortis à Nantes mais passés uniquement en version française, pour en proposer, au moins une fois donc, une séance dans sa version originale.

Il arrive effectivement encore que des films ne nous soient proposés à Nantes que dans une unique version française, et dans ce cas, plutôt en périphérie. C’est dû à un usage déjà ancien en France et qui est en passe d’être dépassé, mais qui conserve un intérêt véritable. En fait, le doublage en français de films étrangers s’est véritablement imposé au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, à une époque de popularité inouïe du 7ème art. Doubler les films permettait alors de les rendre accessible au plus grand nombre, à une époque où l’analphabétisme était à des niveaux autrement plus élevés qu’aujourd’hui. Encore aujourd’hui, la France est l’un des rares pays au monde à doubler les films étrangers, et le résultat concret a été et depuis longtemps, une ouverture vers des cinémas comparativement peu accessibles au plus grand nombre dans d’autres pays.

Enfin bref, il n’y a rien de mal en soit avec la version française et, au contraire, elle peut même permettre plus d’accès aux films; mais elle n’est pas la version voulue par les auteurs et n’est donc pas celle que je préfère voir et montrer.

Qu’est-ce que tu attends et qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de mieux pour cette nouvelle saison de la Séance seconde chance ?

Je ne suis pas sûr d’attendre quoi que ce soit de cette nouvelle saison, à part continuer le travail débuté il y a un an et demi, et plus généralement, depuis 2006 : faire découvrir au public toujours plus de films intéressants, de qualité et, moi-même, en découvrir grâce à cette recherche.

De nouveaux films sortent tous les mercredis en France, et quelques-uns ne sortent pas à Nantes (ou pas en VO), donc j’imagine que je continuerai à trouver parmi eux des films à proposer lors de La Séance Seconde Chance. Ce qu’on peut me souhaiter, ce que j’aimerais c’est, comme je disais précédemment, que le public vienne en toute confiance découvrir un film, peu importe d’où il vienne ou qui l’a fait, parce qu’on l’a choisi !

[La Séance Seconde Chance] Hostages, de Rezo Gigineishvili, le…

Et la video de la prochaine soirée de La Séance Seconde Chance au Cinéma Le Concorde (Nantes), le mardi 07 novembre à 20h45, consacrée au film Заложники/Hostages, sur un fait divers dramatique qui eut lieu dans la Géorgie soviétique de 1983.Venez découvrir ce film, inédit à Nantes, pour un tarif réduit de 4€, sur inscription, en rejoignant l'événement : Hostages, un film géorgien à La Séance Seconde Chance, par mail : seance.seconde.chance@leconcorde.fr ou simplement en prévente à la caisse du cinéma !

Publié par La Séance Seconde Chance sur mercredi 25 octobre 2017

Retrouvez la prochaine Séance Seconde Chance le Mardi 7 Novembre avec Hostages, film géorgien de Rezo Gigineishvili. Le tarif est de 4 euros, si vous vous inscrivez au préalable.

hostages concorde

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