Littérature Etrangère

Rodney Hall, Secrets barbares : Huis clos familial glaçant dans le bush

Pour composer Secrets barbares, Rodney Hall s’est souvenu d’un meurtre tristement célèbre en Australie et jamais élucidé. Le 26 décembre 1898, trois des dix enfants de la famille Murphy, un frère et deux sœurs, sont retrouvés sauvagement assassinés et violés à quelques kilomètres de la ville de Gatton, dans le Queensland, et de la ferme familiale.

A partir de là, l’écrivain australien a imaginé une fiction fascinante de noirceur, publiée pour la première fois en 1990 par les Presses de la Renaissance, que les éditions de l’Arbre Vengeur ont l’excellente idée de remettre aujourd’hui en lumière.

Les brutalités de notre vie au Paradis, les lois aveugles et les interdits désespérés étaient tous, à leur façon, moraux. Oui, et d’autant plus moraux qu’ils se trompaient. Vous me trouverez pervers de parler ainsi, mais les sommets d’intense souffrance, ce sentiment d’être désespérément pris au piège, sont les instants que je chéris lorsque je me rappelle ce passé.
Rodney Hall

Le roman démarre soixante ans plus tard, lorsque Barney Barnett, un voisin autrefois fiancé à l’une des jeunes filles assassinées, avoue sur son lit de mort être l’auteur du triple homicide qui a détruit la famille Murphy. Persuadé qu’il s’agit là d’un mensonge, Patrick Murphy, l’un des derniers survivants de la famille, ni pire ni meilleur que les autres, entreprend alors de remonter le fleuve des souvenirs. Seul de la lignée à avoir étudié et connu le monde, il possède les mots et la mémoire. Convoquant les fantômes du passé dans un monologue intérieur puissant, douloureux et libérateur, le vieil homme nous dévoile à sa manière une histoire familiale stupéfiante et d’une barbarie inouïe.

Car malgré sa mémoire vacillante, Patrick se souvient. Il se souvient de la ferme isolée de son père, étrangement nommée Paradis, comme d’un enfer, un camp de travaux forcés pour les fils de la famille. De ses parents, « deux géants tristes », et de leur despotisme. De la violence du père, capable de briser les côtes d’un fils et d’en enchaîner un autre à son lit. De l’effroyable bigoterie de la mère et du poids de la religion dans cette famille de souche irlandaise. Il se souvient des cris, des larmes et du désir de liberté. De la façon dont chaque membre de la fratrie a tenté d’affronter ou de fuir la tyrannie parentale. Et la terrible vérité va se faire jour au fur et à mesure qu’il convoque les protagonistes de cette famille monstrueuse et nous livre les pièces d’un puzzle complexe et terrifiant.

Dans une langue ardente et baroque, Rodney Hall imagine sa propre version d’une effroyable tragédie, devenue légende en Australie, et nous conte une histoire captivante et terrifiante d’amour, de haine et de mort. Entre polar sophistiqué et drame familial, ce roman métaphorique dérangeant, puissant et sauvage, nous emmène aux confins de la noirceur et dans les méandres les plus tortueux de l’âme humaine. Un chef d’œuvre inconnu à découvrir d’urgence, qui rappellera au lecteur le formidable De sang froid de Truman Capote ou, plus récemment, le très remarqué Les Sœurs de Fall River de Sarah Schmidt.


Secrets barbares de Rodney Hall

traduit de l’anglais (Australie) par Françoise Cartano 

Paru chez L’Arbre Vengeur, octobre 2020

 

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Rodney Hall


Image bandeau : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Murphy_family_Gatton_1898.jpg

 

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