Littérature Etrangère

« Starlight » de Richard Wagamese, un adieu magnifié et transcendé par la nature

Starlight
Photo: Owen Wassell / Unsplash
Ecrit par Barriga

Alors voilà, c’est avec beaucoup d’émotion mêlée de tristesse que nous refermons le dernier opus de Richard Wagamese une fois la lecture terminée, le cœur lourd, sachant qu’il y en aura pas d’autre livre. Bien qu’inachevé ce texte regorge de l’univers de cet auteur disparu trop tôt filant comme une étoile qui s’éteint à l’aube comme l’annonçait de manière prémonitoire l’un de ses trois titres. On retrouve ici, le personnage principal de son premier roman, un dénommé Franklin Starlight. Il a grandi mais il a conservé son idéal de vie fait d’ascétisme et d’un animiste convaincu, comme une philosophie de vie habitée de toute son âme. Il vit avec son ami, Roth, dans une grande ferme au rythme des saisons, retirant quelques dollars pour leur survie, guère plus, à quoi bon demander plus et accumuler des choses sans valeur et encombrantes.

Starlight

La quiétude et le rythme immuable de leur quotidien sont bousculés par la venue d’une jeune femme, Emmy, accompagnée, de sa fille, Winnie, fuyant les colères violentes d’un homme sans épaisseur, un certain Cadotte son ex époux alcoolique. Elle le reconnaît elle-même, elle a fait des mauvais choix et une dernière incartade de cet homme a poussé la jeune femme à fuir pour sauver sa fille des griffes de ce tyran et ainsi donner un autre avenir à sa progéniture. Starlight les accueille avec une hospitalité et une bonté spontanées, égal à lui-même. Un deal est conclu, elles peuvent rester si elles s’occupent des repas, et des tâches de la maison. Les personnages s’apprivoisent, se découvrent l’un à l’autre, ils paraissent blessés, engoncés par leur passés respectifs, une empathie envers l’autre s’exerce.

Starlight pratique depuis quelques années la photographie. Il se balade dans les bois et capte des éléments que personne n’a encore vus jusqu’à présent. Une passion qui le rapproche de cette nature qui l’habite de tout son être. Un ami s’occupe de tout en ce qui concerne les tirages, la diffusion. La renommée de Starlight pour cet art est grandissant. On aime le langage qu’il utilise pour évoquer la force tellurique de l’âme verte de la forêt. On l’invite un jour à un vernissage de son œuvre. Starlight accepte et propose à son ami Roth et à Emmy de l’accompagner. Mais c’est peut être se mettre sur la route du danger car Cadotte veut la traquer et se venger…

C’est un très grand texte qui noue des liens étroits avec la longue tradition de la littérature américaine des grands espaces. Il y a une force sereine dans l’écriture de Richard Wagamese, des personnages mélancoliques, usés par leurs parcours respectifs, fatigués par la fuite et la violence. Ils sont beaux et dignes aussi. En filigrane des liens se tissent ainsi qu’une écoute opiniâtre et bienveillante entre Starlight et Emmy, peu épargnés tous les deux par la vie. Au bout de quelques temps, il enseigne à la jeune femme une initiation à une imprégnation psychique et corporelle dans la forêt, liée à cette volonté d’écouter son animal totem qui sommeille en nous et qui donne à lire une expérience extraordinaire et inédite se développant sur de longues pages du livre.
Il y a un souffle lyrique époustouflant tout au long de l’intrigue enveloppant les protagonistes qui paraissent minuscules face à la richesse et la puissance de la nature.

On aurait aimé que se prolonge davantage cette immersion dans la forêt, qu’elle perdure. Le plaisir de lecture est si grand, on éprouve cette envie de nous plonger dans l’immensité des bois. À l’instar des personnages nous ressentons cette puissance de la nature dans notre corps et notre âme. Bien que le roman soit inachevé et que nous ignorions le dénouement de cette traque qui n’a pas de terme, nous avons malgré tout une fin ouverte qui laisse notre imagination libre et des perspectives diverses pour les protagonistes. Au final nous avons lu une superbe expérience tellurique.

Starlight de Richard Wagamese
Editions Zoe, août 2019, traduit de l’anglais par Christine Raguet

 

vendredi 4 octobre 2019 à 18h30

Librairie des Livres et des Hommes, 4 rue de Lorraine, 21200 Beaune

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