Chronique Musique

« Resort » : la pop addictive de Tuff Love

Écrit par Jism

J‘allais ou voulais faire une petite chronique sur un album soit disant un peu mis de côté voire déjà oublié, un truc dont personne ou presque n’aurait parlé ces derniers temps. Puis en faisant quelques recherches sur les internets, je me suis rendu compte que non, le disque que je m’apprêtais à chroniquer n’avait absolument pas été oublié et qu’au contraire, beaucoup étaient tombés sous le charme de cet album solaire et bon enfant. Les inrocks via Beauvallet et pas mal de blogs en ont fait l’éloge et je m’apprête à en rajouter une couche.

tuff love

Pourtant c’était pas gagné d’avance : non pas parce que c’est un duo féminin officiant dans la pop/rock lo-fi venant de Glasgow, terre natale des Jesus & Mary Chain, Belle & Sebastian, Pastels ou Paul Quinn, ça c’est pas le problème, bien au contraire. Non, simplement parce que je ne chronique jamais de compilations, c’est contraire à mon éthique. Je n’y vois aucun intérêt, c’est aussi chiant à écouter qu’un dimanche pluvieux à regarder Drucker et surtout, à part rapporter du pognon à la maison de disque avec un fond de catalogue moisi et prendre les auditeurs pour des jambons, je trouve qu’une compilation ne sert à rien (à part des compiles world style Sublime Frequencies mais c’est autre chose). Voilà, c’est dit. Néanmoins, il existe toujours une exception qui confirme la règle ; ici ce sera Resort de Tuff Love. Pourquoi ? Parce que cette compilation de trois Eps, sortis sur deux ans, est d’une cohérence qui ferait pâlir de jalousie bon nombre de disques récemment sortis en matière de pop/rock. Julie Eisenstein à la guitare et Suse Bear à la basse parviennent en quinze chansons à redonner vie, et ce de fort belle manière, à une espèce en voie de disparition ces derniers temps : l’indie-pop lo-fi féminine des années 90 (vous me direz : vingt ans après, c’est pas étonnant que ce soit en voie de disparition). En écoutant Resort, on pense donc beaucoup aux Breeders, sur Flamingo ou dans les chœurs, mais sans le côté crâneur des américaines, aux Throwing Muses de Kristin Hersh ou encore au Bring It Down des oubliés Madder Rose, avec une fragilité toute anglaise et, malgré tout, une véritable assurance dans la démarche.

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J‘évoquais tout à l’heure la cohérence de Resort, assez étonnante il est vrai, mais de l’aveu des intéressées, les trois Eps ont été pensés comme un tout, un album. Malgré cela, peu de titres se détachent vraiment du lot (Amphibian ou Carbon font figure d’exception) mais ce n’est pas un problème parce qu’il n’y a, dans Resort, aucun temps mort, pas de baisse de régime, rien; c’est clair, carré, pop, court, ça sautille de partout, met du baume au cœur, se rapproche par moment des Pastels, des Feelies et de toute cette clique pratiquant la pop à guitare classieuse. Les mélodies sont élégantes et se vissent rapidement dans le crâne, ça flirte même avec le shoegaze et la pop éthérée des Cocteau Twins mais dans l’ensemble, ça ne révolutionne rien et donne l’impression d’avoir été écoute une centaine de fois ailleurs. Bref c’est parfaitement inoffensif, très agréable à écouter mais bien plus pernicieux que ça en a l’air. Parce que sous ses airs débonnaires, après quelques écoutes, certains manques se font ressentir et s’installe peu à peu une sorte de dépendance. Curieusement, la simplicité et l’immédiateté des compositions font que leur pop devient vite addictive et se hisse, mine de rien, au niveau du Green Lanes d’Ultimate Painting, soit le haut du panier pop de 2015. Comme quoi, malgré le mal que j’en pense, certaines compilations peuvent se révéler être quasi indispensable. Suffit juste qu’elles remplissent deux conditions : qu’elles compilent des Eps et que le groupe soit de Glasgow. Une broutille.

Sorti depuis 29 janvier dernier sur Lost Map Records et disponible chez tous les disquaires heureux de France.

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