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23 mai : 1984, sortie française du film « Il était une fois en Amérique »

C‘est en 1984 qu’était projeté en France, hors compétition au Festival de Cannes, l’inoubliable Il était une fois en Amérique. Dernier film du grand Sergio Leone, cette fresque monumentale, aussi violente que romantique, est considérée aujourd’hui comme le chef d’œuvre du cinéaste, lequel aura porté ce film pendant 13 années avant de le voir sur les écrans.

Présenté à sa sortie aux Etats-Unis dans une version largement expurgée de 2h19, totalement dénaturée au montage par la Warner qui la remonte dans l’ordre chronologique, contre la volonté du réalisateur (la version intégrale disponible aujourd’hui en compte plus de quatre), Il était une fois en Amérique est le troisième et dernier volet de la grande saga de Sergio Leone portant sur des périodes-clés de l’histoire américaine.

Tandis que le premier volet, Il était une fois dans L’Ouest, se situait à l’époque de la conquête de l’Ouest, le second, Il était une fois la révolution, se déroulait en pleine révolution mexicaine. Il était une fois en Amérique, qui clôt donc cette trilogie, est une histoire d’enfance et de gangsters violente et nostalgique, d’amour et d’amitié trahis, dans laquelle, des années de la prohibition à la fin des années 60, Sergio Leone revisite avec maestria les rêves et les cauchemars d’une Amérique et d’un cinéma à jamais perdus.

Ce film titanesque, inspiré du roman de Harry Grey À main armée, en anglais The Hoods (1952), nécessita deux ans de tournage et un budget colossal pour l’époque de plus de cinquante millions de dollars. A l’origine, Sergio Leone voulait tourner dans les studios italien de Cinecittà mais fut finalement séduit par le quartier du Lower East Side de New York, dans lequel il fit reconstruire à l’identique le New-York des années 1920, tandis que d’autres scènes furent tournées à Miami, Boston, Montréal, Hong Kong, Paris, Nice ou encore Venise.

Poétique, nostalgique, sombre et violent, le dernier film de Sergio Leone repose à la fois sur une mise en scène somptueuse, un scénario implacable et une distribution grandiose, que le réalisateur mit plusieurs années à choisir et à réunir : Robert De Niro, James Woods, Joe Pesci, Danny Aiello, Treat Williams, Elizabeth McGovern et Jennifer Connelly donnent ainsi merveilleusement vie aux protagonistes de cette fresque incandescente.

Le film suit le destin tragique de David Aaronson, surnommé Noodles (nouilles en français), magistral Robert de Niro, et celui de son meilleur ami Max Bercovicz, incarné par James Woods, qui trouve sans doute ici son plus beau rôle. Max, Noodles et leur bande de copains vivent d’expédients et de rapines, jusqu’au jour où ils décident de doubler Bugsy, le gangster notoire pour lequel ils travaillent, qui abat un de leurs amis. Noodles décide alors de le venger et écope de douze ans de prison. Quand il recouvre la liberté, l’Amérique a changé mais la bande est toujours là, dirigée d’une main de fer par Max, sorte de Gatsby le magnifique mafieux, et fait son ascension implacable dans la pègre grâce au commerce illégal d’alcool.

L’intrigue du film ne suit pas un ordre chronologique linéaire mais alterne entre trois périodes de la vie de Noodles, le protagoniste principal de l’histoire : son adolescence en 1922 où il côtoie le milieu des petits voyous du Lower East Side, le quartier juif de New York qu’il habite avec sa famille, l’âge adulte en 1933 et la vieillesse en 1968. Par le jeu habile d’un montage en flash-back, Sergio Leone livre une vision fabuleuse de l’Amérique de la prohibition, servi par une reconstitution particulièrement soignée. Mais il ne s’agit bien évidemment pas d’un simple film de gangsters :  entre fascination et répulsion, fantasme et réalité, le cinéaste nous présente sa vision du pouvoir, de cette société américaine de la réussite à tout prix, mais aussi des relations humaines et de l’amitié. Le film explore par ailleurs de nombreux thèmes tels la religion, l’immigration, la misère et les grands évènements qui ont bouleversé l’Amérique entre 1933 et 1968, mais aussi l’enfance, l’amour, la trahison et les rêves brisés.

Dès les premières minutes du film, Sergio Leone plante le décor et l’ambiance en mettant en scène le meurtre d’une femme par des gangsters (les mouvements féministes s’opposèrent d’ailleurs au film en raison des violences faites aux femmes). Ici les brumes d’une fumerie d’opium dans un théâtre, là les rues du New-York des années 30, nous voilà transportés dans le temps tels les passagers d’un voyage que l’on pressent semé d’embûches, entraînés dans un monde aussi cruel que fascinant qui rend merveilleusement hommage aux polars et aux auteurs américains mythiques qu’affectionnait Sergio Leone.

Le spectateur se retrouve emporté dans une fresque haletante, oscillant constamment entre paradis et enfer, passé et présent, au son de la partition envoutante d’Ennio Morricone, le compositeur fétiche de Sergio Leone depuis Pour une poignée de dollars (1964). Ce dernier composa la musique du film plus de dix ans avant le tournage, un procédé d’usage entre les deux acolytes : Sergio Leone pouvait ainsi diffuser la musique sur haut-parleurs durant le tournage pour que l’équipe du film et les comédiens s’imprègnent de l’ambiance ! On imagine aisément l’atmosphère qui devait régner sur le tournage entre acteurs iconiques, musiques grandioses et scènes magistrales.

On regarde Il était une fois en Amérique hypnotisé, la gorge serrée, le cœur battant et, disons-le, la peur au ventre (âmes sensibles s’abstenir, certaines scènes sont d’une extrême violence). De rebondissements en coups de théâtre, de souvenirs en souvenirs, cette œuvre mythique, dense et crépusculaire où le lyrisme, l’héroïsme, l’avidité et le crime ont la part belle, testament d’un grand maître du cinéma, est à voir et à revoir sans hésitation.

 

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