C’est avec une grande émotion que nous retrouvons cette année la pierre d’Orange pour assister à la représentation de La Traviata.
La Traviata. Ou comment représenter l’honneur s’impose sur l’amour.
Dans l’écrin royal du Théâtre antique, nous l’attendions majestueux et envoûtant.
Quelques jours avant la représentation nous étions informés d’un changement de distribution : Jessica Prat était remplacée par Claudia Pavone pour interpréter le rôle phare de Violetta. Les répétitions sous le vent et la poussière avaient eu raison de sa santé.
Javier Camarena laissait aussi sa place au jeune ténor Julien Behr pour le rôle d’Alfredo.
Ces changements s’insèrent dans un contexte interne perturbé, notamment par un changement de direction, une situation financière fragile et des choix en conséquence : une seule représentation d’opéra cette année.
Une seule. Mais pour le meilleur.
La scène montrait elle aussi de nouveaux choix : une « mise en espace », par Vanessa d’Ayral de Sérignac, à la sobriété remarquable et remarquée. Quelques chaises sur un sol noir. Et c’est tout.

Est-il nécessaire de s’encombrer de décors lorsque seule la voix suffit à incarner chaque espace ?
Faut-il confronter un lieu précis à la puissance de jeu universel des solistes ?
La question a couru sur les lèvres des habitués, à l’entracte et à la sortie. Et c’est peut-être là que se jouait la postérité de la représentation.
On peut regretter le manque de faste inhérent à la vie de Violetta, et sa mort somme toute fade, à moitié allongée sur une chaise, assaillie par la tuberculose mais n’en montrant que très/ trop peu de signes.

Claudia Pavone, soprano parmi les plus remarquées de sa génération et rodée au rôle de Violetta, faisait son baptême des Chorégies. Sublime. Un timbre d’une puissance telle qu’il était impossible de ne pas frissonner. Sa silhouette fine au centre de la scène, son amour immense, sa fragilité portés par sa voix magistrale la rendaient encore plus touchante.
Elle a conquis les spectateurs qui l’ont ovationnée debout.
Sans les décors, c’est la lumière et les postures qui ont rendu la magie possible. Le contraste est saisissant entre l’image de cette femme solaire, qui se tient droite devant nous , dans sa robe rouge flamboyant, amoureuse, jouissant de tous les plaisirs de la vie, rayonnante, les bras vers le ciel telle la Victoire de Samothrace. Et son ombre, tapie derrière elle, ne la lâchant pas, dans les derniers instants de sa vie.

À ses côtés, le jeune ténor Julien Behr, appelé au dernier moment, pour incarner Alfredo n’a pas démérité sans pour autant recevoir les applaudissement le confirmant. On sait la rigueur de ce public orangeois.
En revanche, le baryton Ludovic Tézier, a su interpréter avec brio Giorgio Germont, cette figure paternelle dont la dignité oscille entre sensibilité et honneur de famille. Sa puissance vocale et scénique ont explosé au deuxième acte.
Face à ces chanteurs, les lucioles du Théâtre scintillaient. Discrètes mais essentielles. Les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Marseille dirigées par le maestro Paolo Arrivabeni, et accompagnés par le Chœur de l’Opéra national de Lyon ont fait preuve d’une harmonie parfaite.
Quels que soient les choix de décors, de tenues, ils n’en restent pas moins au service des voix. Cette année encore elles ont fait vibrer les vieilles pierres du Théâtre antique d’Orange et chavirer nos cœurs de spectateurs éblouis.
Merci de nous offrir un tel émerveillement de tous les sens.
LA TRAVIATA

Opéra en 3 actes et un prologue
Musique de Giuseppe Verdi (1813-1901)
Livret de Francesco Maria Piave d’après le roman
d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux camélias
Création : Teatro La Fenice de Venise, 6 mars 1853
Direction musicale Paolo Arrivabeni
Études musicales Kira Parfeevets
Chef de choeur Benedict Kearns
Mise en espace Vanessa d’Ayral de Sérignac
Violetta Valéry Jessica Pratt
Flora Bervoix Éléonore Pancrazi
Annina Valentine Lemercier
Alfredo Germont Javier Camarena
Giorgio Germont Ludovic Tézier
Gastone Christophe Berry
Le Baron Douphol Matthieu Lécroart
Le Marquis d’Obigny Yoann Dubruque
Le Docteur Grenvil Nicolas Cavallier
Giuseppe Vincenzo di Nocera
Un messager Paolo Stupenengo
Un domestique Kwan Soun Kim
Orchestre Philharmonique de Marseille
Choeurs de l’Opéra national de Lyon


