Dans la chambre de Barz

Dans la chambre de Barz [19/24]

Reprenons.

La fille, elle est toujours là, c’est bien elle, le minois, les courbes, le rire, tout est en place. Tout est en place parce qu’il y a son amoureux, sinon c’est le désordre chaotique. Par exemple : une brique dans un verre d’eau. Un amoureux des livres et la fille veut lui faire un cadeau, peut-être même s’agit-il d’une offrande car, loin de le considérer comme son dieu, il y a quelque chose de sacré dans le mouvement du don de l’être aimant vers l’être aimé. C’est creusage de tête et équation à plusieurs inconnues : ce qu’il a, ce qu’il aime, ce qu’il veut, ce qu’il veut sans savoir qu’il le veut, ce qu’il ne veut pas, ce qu’il ne sait pas savoir qu’il ne veut pas, sans oublier les pâtes dans la casserole.

Du persil congelé fera l’affaire.

Retour définitif et durable de l’être aimé. Elle croit l’amadouer, Mariam. Elle ne s’appelle pas Mariam, mais puisqu’il est question ici d’un lapin fluo, il nous a été permis de viser de biais. Le chasseur qui vise cinq centimètres plus bas, pour se faire peur, mais il est végétarien.

Enveloppé, soigné, toutes taxes comprises.

Et voilà qu’il redescend de sa colline avec sous le bras quelques bourrasques de feuilles A4 noircies à l’encre de chine de type cartouche PG40 compatible avec MP190. Elle le surprend en lui ouvrant les yeux qu’il n’avait pas jugé nécessaire de garder ouverts étant donné le manque d’anfractuosités parsemant le dénivelé s’ouvrant sous ses pieds. Ce qu’il croit. Sans chaussures tu sens mieux le relief et tu vas moins vite, qu’on ne vienne pas me donner de leçon de funambulisme. Je sais ce que je ne sais pas.

Il en reste sur la deuxième étagère.

Maintenant que les pupilles sont dilatées, il chausse ses lunettes, sans avoir pris soin de faire la même chose avec ses pieds. Après s’être rendu compte que l’on peut chausser le chausson autant que le chaussé, ou qu’il est possible pour le chausseur d’être chaussé ou de se chausser lui-même, tout comme l’hôte est le bienvenu ou souhaite la bienvenue, selon qu’il soit ici ou là, il enfile ses lunettes, donc. D’ailleurs, on remarquera qu’on peut enfiler l’enfilé autant que l’enfileur et que.

Ce n’était pas un cadeau, mais un Cadiot.

Olivier Cadiot - Retour définitif

Le changement, c’est tout le temps. À condition de rester droit dans ses bottes.

À demain.

Retour définitif et durable de l’être aimé, d’Olivier Cadiot, paru chez P.O.L.

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