Dans la chambre de Barz

Dans la chambre de Barz [5/24]

Je t’ai draguée comme un chaud lapin au Salon du Livre alors que j’étais persuadé que c’était toi qui me rentrait dans le lard comme une chaudasse, tu sais pas ce qui te passe par la tête quand tu crois que tu te fais chauffer.

– T’as vu, chaque jour elle est plus belle pour toi, dit Xavier.
– On est plus bourrés chaque jour aussi, je réponds.
– Arrête de la mater, surchauffe Tiphaine, vends des bouquins.

Tu m’as donné la plus grande leçon de séduction quand tu m’as envoyé par MMS – parce qu’on a pas attendu la saint Glinglin pour échanger nos 06 – une grille de morpion avec un rond en plein milieu. Ah ouais ? Tu veux jouer à ça ? Du tac au tac j’ai chopé une feuille, un bic, j’ai reproduit ton dessin et posé ma croix en bas à gauche en ayant l’impression de déposer un premier baiser sur ton cul. J’ai pris ma grille en toff, j’t’ai envoyé, et comme ça jusqu’à la fin de la partie. J’ai gagné je crois.

Tu me faisais oublier Marie qui était sur un autre stand et que j’avais hyper envie de choper.

Je dis à Xavier, t’as vu comme elle est géniale elle envoie un morpion par MMS. Et elle a un beau cul qu’il me répond.

Moi j’étais fou tu m’allumais comme une torche imbibée d’alcool, ça oui on était déchirés bien souvent, Xavier le doigt sur la gâchette-bouchon de champagne. Baisse-toi en avant montre ton cul qu’il dit, et paf ! il te vise les fesses avec le bouchon.

Au bout de cinq jours de rentre-dedans tu finis par dire OK je dors chez toi j’ai nulle part où aller. Que t’habites à la campagne avec des poneys me faisait bien marrer. On a fait semblant de pas comprendre qu’on voulait se sauter dessus, alors je t’ai sorti mon. Je voyais même pas que tu me draguais, tu m’as dit plus tard, innocente. Je t’ai sorti mon Polichinelle et je t’ai lu les premières phrases :

Je suis très très chaude, nous crache Missy Elliott du poste de Johannes.
Je suis une tache d’huile dans un gobelet de Volvic. Demain je serai une tulipe dans un godet en bronze de gin tonic.
Missy éclabousse. Un bain de mousse, une cambrousse de coton. Je flotte, je bronze. Son chant bouillant. Asperge-moi de décapant et je me gratte, et Jules rapplique, gare son bourricot sur le ciment. Viens, c’est là, rentre dans le club. L’abribus protégé des buses. Laura dirait Castoche. Les tuiles dégringolent, fastoche. Le beat est gogol, naïf, en plastoc. Lâche-moi la grappe, je vais me noyer grave, des basses sourdes, je glougloute en apnée, elle m’a encore eu. Je bois la tasse, je ne capte plus rien à ce qui se passe. Je ne sais pas qui est là, où on est, je ne me sens même pas mal. J’ai les orifices qui s’avalent, à la place des yeux deux nouvelles oreilles qui s’installent, une citrouille dolby digital.

Après, pas tout de suite après mais bien après, comme dans un film tu passes du coq à l’âne et ils te mettent en bas « 3 semaines plus tard », y’a eu comme un rituel chaque fois que tu te faisais belle sous la douche ou dans la couche, je te faisais la lecture. J’étais tout dur.

– Qu’est-ce que vous foutez dans la salle de bain, hurle Claire, je veux me doucher !
– Attends je finis la page.
– Quelle page ?
– Putain Claire c’est sacré je fais la lecture pendant qu’elle se douche !
– Mais vous êtes des vrais malades mentaux !

Claire elle comprend rien aux rituels. Après dans ton bled tout le monde savait que je te lisais sous la douche. Et tout le monde se fout de notre gueule. Et toi tu dis y’a même Alain Souchon et Voulzy dans le livre ! Ouais, Souchy et Voulzon, que je dis. Et ça fait marrer tout le monde, je passais pour le poète hurluberlu aux yeux des culs-terreux.

On s’est séparés à la page 188 sur 233, tu t’es fait la belle et c’est plus difficile de te faire la lecture que quand tu te fais belle. Tu sais la fin de notre histoire mais pas celle du livre, c’est naze.

Pierric Bailly - Polichinelle

Et puis toujours, dans ta voiture, cette musique entêtante. Nous n’avions pas vraiment d’hymne toi et moi (à part Céline Dion, mais pas ce soir, pas ce soir).

À demain.

Polichinelle de Pierric Bailly, disponible chez Folio.

 

 

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