Littérature Etrangère

« En attendant Eden » d’Elliot Ackerman : Husband in a coma

en attendant eden
Marcelo Leal/Unsplash
Ecrit par Gringo Pimento

Parfois un petit bouquin de 159 pages ça nous semble très peu. Mais une fois fermé En Attendant Eden, on se dit que 159 pages, c’est bien assez de souffrances.

Cloué sur un lit d’hôpital, Eden fut un marine d’une centaine de kilos, réduit à 31 kg après l’explosion de son Humvee lors d’une mission. Il est le seul survivant, si l’on peut dire qu’il est vivant. Sa femme veille sur lui, jour après jour, depuis trois ans. Mettant sa vie entre parenthèses, ainsi que celle de leur petite fille Andy qu’Eden n’a pas pu connaître. C’est un de ses amis, mort dans l’explosion qui nous dit l’histoire d’Eden et sa propre histoire, aussi. Il devient le narrateur omniscient, celui qui flotte dans les limbes, attendant que son ami le rejoigne dans la mort.

en attendant eden

Je veux que vous compreniez Mary et ce que Mary a fait. Mais j’ignore si vous y parviendrez. Vous devez vous demander si au bout du compte, dans des circonstances similaires, vous feriez le même choix qu’elle, Dieu vous garde.

Mais Elliot Ackerman varie les points de vue. Ainsi, il donne à lire les pensées d’Eden, ses cauchemars hallucinés (les passages concernant la blatte qui le fixe pendant des heures sont des sommets d’horreur), ses espoirs, sa souffrance physique, son désir d’en finir.

Une bouffée d’angoisse l’envahit, explosa puis se répandit comme une onde de néant silencieuse. Car il n’y avait rien qu’il eût envie de voir ni rien qu’il eût envie d’entendre. S’il avait pu entendre, les infirmières lui auraient dit qu’il était aveugle. S’il avait pu voir, les infirmières auraient écrit un mot pour l’informer qu’il était sourd. Je n’aurai pas peur, se promit-il. Je serai plus grand que tout le monde.
 Je serai mort.
 Je serai sur cette terre plus proche de la mort que quiconque, et je saurai ce que seuls savent les morts. C’est quelques chose, pensa-t-il, que de savoir ce que seuls savent les morts. Et qu’est-ce donc ? Tout ce qu’ils savent, c’est que jadis ils vécurent et qu’ils ne sont morts que pour cette seule raison.

Et puis, il y a aussi Mary, son épouse, la mère de sa fille. Présente toujours. Forte femme.

Elle fut de nouveau seule avec lui. Elle s’agenouilla près du lit, la joue posée contre le matelas, les yeux courant le long des coutures des draps, jusqu’à se figer dans le regard d’Eden. Elle était prête à dire adieu, pensait à ce qu’elle voulait lui dire, ou bien, s’il ne pouvait l’entendre, ce qu’elle voulait se dire à elle.

Les retours en arrière éclairent le passé et donnent un grande puissance à ce roman singulier. Car, pour finir, on se demande ce que nous lisons. Un roman de guerre, une histoire d’amour, un plaidoyer pour l’euthanasie ? Un peu de tout ça.

Mais pour en dire autant en 159 pages, il faut un sacré talent de conteur. Et c’est à travers de courts chapitres que ce talent s’exprime donnant à chacun un grande importance, alternant les temps et distillant au fur et à mesure des révélations troublantes.

 

En Attendant Eden se lit en quelques heures, se lit ou se dévore selon la résistance de chacun. Beaucoup de pages et de passages touchent au cœur, nous laissant pantois. Quant au dernier chapitre, sa beauté clôt magnifiquement ce livre, petit par son nombre de pages, grand par son humanité.

En Attendant Eden d’Elliot Ackerman
traduit de l’anglais (américain) par Jacques Mailhos Editions Gallmeister Collection Americana – avril 2019
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