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NoirsRencontres

Entretien avec Oliver Gallmeister autour de la collection NéoNoir

Yan Lespoux
Par
Yan Lespoux
Publié le 28 mai 2015
11 min de lecture

Mise en page 1

Connues pour être les éditions de référence en France en matière de nature writing, les éditions Gallmeister possédaient jusqu’à présent une collection noire axée elle aussi vers les grands espaces. Elles ont ainsi relancé en France les romans de Trevanian et fait découvrir des auteurs comme Craig Johnson, William Tapply ou Jim Tenuto pour n’en citer que quelques-uns.

Depuis mars 2015, sous l’étiquette Néo Noir, elles publient des romans noirs contemporains qui sortent des sentiers battus. Oliver Gallmeister a bien voulu répondre à nos questions sur cette nouvelle collection.

neonoir

Addicts : Pike, de Benjamin Whitmer, est l’un des premiers romans à paraître dans la collection Néo Noir après avoir été publié initialement dans votre collection Noire. Il y détonnait un peu en ce que l’on n’y trouvait pas les habituels grands espaces qui sont la marque des éditions Gallmeister. Faut-il voir dans ce roman l’une des raisons de la création de Néo Noir ?

0855-cover-pike-54f9aefe59b4fOliver Gallmeister : En effet, Pike a été un accélérateur de ce projet. Depuis 2007, c’est-à-dire quasiment depuis les débuts des éditions Gallmeister, nous avions envie de travailler sur le roman noir contemporain. Il s’agit d’une littérature extrêmement vivante, dynamique, créative, pleine de liberté. Quand on passe son temps le nez dans le catalogue des éditeurs, dans les librairies ou sur les blogs américains, on ne peut pas ignorer cette tendance de la littérature contemporaine. C’est un courant underground mais bien réel. J’avais essayé de publier quelques livres de ce genre plus tôt mais nous manquions de ressources et le projet avait avorté. Quand j’ai lu Pike, il était évident que je ne pouvais pas passer à côté de Benjamin Whitmer. La réception très positive de ce roman a confirmé que nous pouvions faire confiance à nos envies. Et nous avons travaillé d’arrache-pied pour créer une collection consacrée à cette littérature néo noire.

Addicts : Le point commun des romans Néo Noir, outre leur implantation urbaine, c’est aussi leur côté éminemment cinématographique auquel fait référence le nom même de la collection. Pourriez-vous nous éclairer sur ce point ?

cassandraOliver Gallmeister : On peut en effet voir dans ce caractère cinématographique une marque de fabrique de la littérature néo noire mais ce n’est pas nouveau. Quand le roman noir est né aux Etats-Unis, le cinéma s’en est immédiatement emparé et les plus grands auteurs ont commencé à travailler pour Hollywood. Le cinéma s’est nourri du roman noir et le roman noir, dans une forme de dialogue qui s’est instauré, s’est nourri du cinéma. Les auteurs que nous publions sont héritiers de cette tradition. Ils ont pour bagage une culture littéraire bien sûr mais aussi cinématographique. Ils sont également influencés par les séries télévisées, l’univers des jeux vidéos, de la bande dessinée… Leurs romans sont le reflet de ces multiples influences.

Addicts : Entre les questions intimes, viscérales, du Patterson de Cry Father, de Benjamin Whitmer et la violence échevelée et délirante de Frank Sinatra dans un mixeur, de Matthew McBride, on passe d’un roman à l’autre de la collection dans des mondes et des écritures très différents. Qu’est-ce qui pour vous fait le lien entre les ouvrages que vous publiez en Néo Noir ?

sinatra mixeurOliver Gallmeister : Pour aller à l’essentiel, disons que tous ces romans racontent une même Amérique. Une part des États-Unis qui, socialement et moralement, part à la dérive. Et pour décrire cette Amérique, tous ces romans reprennent à leur manière les codes du roman noir. Si vous voulez aller plus loin dans la définition du genre, on pourrait évoquer l’effacement de l’ordre moral, la disparition de la notion d’héroïsme, l’éclatement des modèles familiaux, les jeux avec les codes littéraires qui se retrouvent dans tous ces textes.

Addicts : Chacun des cinq romans publiés pour l’instant dans la collection offre à sa manière, avec un réalisme dur (Cry father) ou d’une manière plus décalée (Exécutions à Victory) voire avec beaucoup d’humour (Frank Sinatra dans un mixeur) un regard très critique sur la société américaine vue de l’intérieur plutôt que depuis les grandes métropoles. Le roman noir est-il pour vous plus apte que d’autres genres à porter ce regard ?

cry fatherOliver Gallmeister : D’abord, la question n’est pas de savoir si ces intrigues se situent à New-York ou en plein cœur de l’Arkansas. Le prochain roman que nous publierons dans cette collection se passe à Boston par exemple. Quant à la dimension de critique sociale c’est une caractéristique inhérente au genre. C’est un genre littéraire absolument extraordinaire car il confronte le lecteur aux problématiques métaphysiques les plus essentielles : la vie / la mort, le bien / le mal, l’ordre / le désordre. Il est héritier du roman d’aventure et du roman de détective, mais c’est surtout un modèle moderne de roman social.

Addicts : N’est-ce pas un pari un peu risqué que de lancer une nouvelle collection noire alors que celles-ci foisonnent en ce moment et sont parfois très éphémères ?

dernier appel pour les vivantsOliver Gallmeister : Il est de toute façon risqué d’être un éditeur indépendant, qui plus est de ne publier que de la littérature américaine en France au XXIème siècle. Mais si on devait s’en tenir à ce qui n’est pas risqué, les tables des librairies seraient bien tristes et uniformes. Nous choisissons de faire les livres qui nous plaisent et nous avons la chance de trouver en France des partenaires pour défendre ces livres dans la presse et en librairie. Le pari est loin d’être gagné mais jusqu’ici, je crois que nous faisons quelques lecteurs heureux, donc nous continuons.

Addicts : Puisque vous parlez des tables des libraires, comment avez-vous travaillé sur ces couvertures à la fois sobres et élégantes qui arrivent, sans une débauche de couleurs, à ressortir au milieu des autres publications ?

executions a victoryOliver Gallmeister : Notre graphiste aurait beaucoup à dire sur cette question. Nous avons travaillé pendant des mois sur des maquettes avec des illustrations pleine-page. Et puis un mois avant l’impression des premiers livres, marche-arrière. Nous avons envoyé à la poubelle le projet de graphisme numéro 83 et nous sommes partis sur une piste de couvertures noires avec un jeu sur la typographie. Des maquettes à la fois classiques et résolument modernes. Cela semble évident mais en fait, très peu d’éditeurs font des couvertures noires pour les romans noirs. Le grand défi était de trouver un visuel de couverture qui évoque au premier coup d’œil l’univers littéraire que nous invitons le lecteur à découvrir. Chapeau bas une fois de plus à Valérie Renaud qui sait depuis presque dix ans donner une forme à nos projets. Comment nous travaillons ? Des heures de conversation sur les livres, sur la littérature américaine et l’Amérique que ces romans évoquent, des considérations sur l’édition de cette littérature en France depuis un siècle, des visites en librairies pour se projeter, des heures de recherches sur internet. C’est un boulot de titan. Valérie, si tu lis ces lignes, nous te le disons une fois de plus : tu es une perle.

Addicts : Et comment faites-vous, par ailleurs, pour mettre la main sur des traducteurs aussi doués que ceux qui travaillent pour vous et qui savent aussi bien mettre en valeur ces romans ?

l enfer de church streetOliver Gallmeister : Au départ, il y a une histoire de chance qui fait que notre route croise celle d’un traducteur de talent. Ensuite, il faut que ce traducteur accepte nos tics et nos manies (ils pourront vous en parler…). Quand nous avons trouvé un traducteur avec lequel nous travaillons bien, nous lui faisons signer autant de contrats que possible.

Addicts : Nous savons bien qu’il faut apporter le même amour à tous ses enfants, mais franchement, vous n’avez un chouchou parmi les premiers romans de Néo Noir ?

Oliver Gallmeister : C’est effectivement une redoutable question. D’autant que je pense que ces livres sont si différents qu’on les aime pour des raisons diverses et parfois contradictoires. Mais de mon point de vue d’éditeur, la publication la plus marquante est celle de Cry Father, le second roman de Benjamin Whitmer. J’ai travaillé avec l’auteur, suivi la création de ce texte pas à pas, la construction de ces personnages, j’ai été fasciné par la capacité de Benjamin à réécrire et restructurer son roman petit à petit. Alors, oui, évidemment, ce texte a une place particulière à mes yeux.

Le site des Éditions Gallmeister

 

EtiquettesBDBenjamin WhitmeréditionsentretienessaiinterviewMatthew McBrideNéo NoirOliver Gallmeisterpolarroman
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Un commentaire Un commentaire
  • Jérôme dit :
    16 juin 2015 à 19 h 39 min

    Bonjour,

    Bravo et merci pour cet entretien passionnant avec le responsable de cette (excellente) maison d’édition, que je suis depuis déjà quelque temps.

    Salutations iséroises,

    Jérôme

    Répondre

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