Littérature Etrangère

La traversée de Cookie Mueller

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#7f8a41″]I[/mks_dropcap]l s’agit, peut-être, du plus beau livre que j’ai lu depuis longtemps. Impression très subjective, bien sûr, puisque chaque mot de Cookie Mueller résonne d’humanité, de liberté, de tout ce qui nous manque cruellement ces jours-ci.

Il s’agit, peut-être, du livre parfait pour redonner à chacun de ses lecteurs une nouvelle lueur d’espoir.

Quatorze textes qui racontent leur auteure, des années 1960 jusqu’aux années 1980 et qui finissent sur la lettre d’un ami emporté par le SIDA. Tout comme elle.

 

Cookie Mueller touche à tout à une époque où tout était à construire. Tour à tour actrice, écrivaine, critique d’art, groupie, junkie, maman, go-go danseuse, auto-stoppeuse, féministe. Femme : de Haight-Ashbury à Berlin Ouest/Est en passant par Baltimore, New York et Provincetown, elle traverse l’histoire en laissant un caillou sur sa route à chaque tournant.

Le retour à la réalité est difficile pour le lecteur. Il est impossible de ne pas prendre conscience de la rigidité, du puritanisme, de l’hypocrisie de notre présent devant l’acuité de la réflexion d’une Cookie Mueller :

« C’était rien que trois putes en chaleur sur l’autoroute », voilà ce qu’ont répondu plus tard les deux kidnappeurs-violeurs quand on leur a demandé de nous décrire.

Ce n’est pas comme ça que nous voyions les choses.

Et beaucoup de monde était de notre avis. Surtout des femmes. La plupart des hommes qui connaissaient les faits disaient qu’on l’avait bien cherché.

Cela vous rappelle quelque chose ? Bien sûr, c’est normal. Cela doit d’abord vous rappeler Virginie Despentes, King Kong Théorie, mais aussi des tas de débats qui ont toujours leur place dans la presse et sur internet aujourd’hui.

Dans ces quatorze textes écrits tantôt avec fougue et passion, tantôt avec ironie, son humour désarçonnant arrive toujours à déminer les situations les plus « explosives ».

Et l’on finit presque à chaque fois par exploser de rire, même lorsqu’une maison est en train de brûler (scène d’anthologie), même lorsqu’un très bon ami est en train de faire une overdose d’héroïne, ou alors lorsque le tournage d’un film de John Waters risque de tourner à l’urgence médicale.

Cookie Mueller est une vraie plume, une fine conteuse. Qu’elle vous raconte sa rencontre avec la Famille de Manson, ou son accouchement (autre scène d’anthologie), vous y êtes. Vous traversez toutes ces années à ses côtés, elle vous anime, vous inspire.

À vrai dire, plus j’y pense et plus il est difficile d’en parler. Non seulement parce que les mots semblent stériles en marge de ses textes, mais surtout parce que ses écrits, comme habités par une vie qui leur est propre et contagieuse, s’immiscent en vous et ont besoin de faire leur propre chemin.

Lisez ce formidable bouquin : c’est un véritable bol d’air, et nous en avons tous besoin.

«Tout ce dont nous avons besoin, c’est de pain, d’eau, d’amour, d’un travail qui nous passionne et pour lequel nous sommes doués, d’une foi non entamée, de confiance en nous-même, de liberté et de dignité. Tout cela est pratiquement gratuit, alors pourquoi est-ce si difficile à obtenir ? »

Merci aux éditions Finitude pour cette merveille !

Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir de Cookie Mueller, traduit de l’américain par Romaric Vinet-Kammerer aux Editions Finitude.

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