BD

Le château des animaux sous le signe des Marguerites…

Le château des animaux de Félix Delep (coloriste et dessinateur animalier dont c’est le premier album) et Xavier Dorison (scénariste de Long John Silver et de Undertaker) est une série de 4 tomes édités chez Casterman. Le 2e tome intitulé Les Marguerites de l’hiver est paru le 4 novembre et sa lecture, tout comme le premier opus Miss Bengalore, se révèle très prenante.

Assassinats pour l’exemple sur le poteau de justice, marchandage, coups en douce et violence gratuite : les animaux d’un château abandonné par les hommes sont placés sous le joug d’une dictature emmenée par un taureau et sa meute de chiens. Mais la découverte d’un tel spectacle de désolation est plus subtile qu’il n’y paraît…

chateau des animaux

Alors que poules, chèvres, ânes et moutons s’épuisent à la tâche pour construire une nouvelle tour de guet et remplir le grenier central de nourriture et de morceaux de bois, chacun.e se demande comment passer l’hiver tapissé d’un épais manteau de glace et de neige. La révolte gronde mais, jusqu’alors, la violence n’a pas payé. Elle s’est même retournée contre les ami.es de Miss Bengalore, une chatte discrète et maligne, et de Monsieur César, un lapin gigolo ami des lapines en détresse. Face aux coups de becs et de cornes, le sang a coulé, laissant au président Silvio toute latitude pour imposer sa vision étriquée du monde.

C’est alors qu’Azélar, un vieux rat voyageur, fait son apparition. Le voici qui, se produisant en spectacle, préconise un changement du cours de l’Histoire, sans arme ni haine ni violence. Dans la continuité de la Ferme des animaux de Georges Orwell, qui traduisait « la confiscation des idéaux démocratiques« , mais aussi dans le prolongement des combats menés par Gandhi ou Martin Luther King, naît ainsi « Le mouvement des Marguerites« , en mémoire d’une pauvre oie crucifiée sur la porte de la résidence présidentielle. Assurément, il faut y voir aussi un clin d’œil à ces révolutions de velours conduites, ces dernières années, en Géorgie (Révolution des Roses) et en Tunisie (Révolution du Jasmin). Comme le dit en chanson Laurent Voulzy, le pouvoir des fleurs est immense…

Mais revenons à nos moutons, veaux, vaches et cochons : le défi qui leur est lancé est d’entrer en résistance passive et de ne pas céder au sentiment de vengeance, quand bien même les brimades et les injustices se multiplient. Les courageux animaux bravent donc l’autorité en maniant l’humour et le ridicule. Le jour, ils se défoulent en tapant dans un seau à l’effigie du président-dictateur. Le soir, ils organisent un sit-in sous ses fenêtres pour revendiquer la gratuité du bois de chauffage.

L’épreuve de force sera difficile, chacun jouant sa partition tel un jeu de dupes. Le seul qui, bête et méchant, ne voit qu’à court terme et ne sait réagir qu’avec ses crocs, c’est le numéro un de la milice de chiens. Sauf que numéro 2 veille dans l’ombre et attend son heure… De quoi perturber le bel ordonnancement établi dans les plus hautes sphères du pouvoir et jeter un grain de sable supplémentaire dans la machine infernale.

Dessin réaliste, scénario sans faille et sujet habile, Le Château des animaux est une remarquable BD, qui témoigne que la victoire, toujours cruelle, n’est jamais gagnée.


 

Le château des animaux – Les Marguerites de l’hiver (tome 2)

Félix Delep et Xavier Dorison

 

Casterman – 4 novembre 2020

 

 

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©Casterman

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