Cinéma

Les Fleurs du Mal d’Alexander McQueen

mcqueen
Illustration : Holy(me)
Ecrit par Miss Mogador

La lumière s’éteint dans la salle, les premières notes de la bande originale signée Michael Nyman retentissent et, déjà, j’ai la gorge nouée.
Je savais, en allant voir ce documentaire, que j’allais être submergée par des émotions fortes.
Pas de place pour la médiocrité ou le conformisme pour celui qui se faisait un devoir de marquer les esprits à chacun de ses défilés.

En parfaite complémentarité avec Le testament d’Alexander McQueen, le documentaire de Loïc Prigent qui revenait notamment sur les quatre derniers défilés, McQueen de Ian Bonhôte et Peter Ettedgui nous montre l’envers du décor et nous fait pénétrer à la fois dans les ateliers et la vie privée du créateur à l’aide de vidéos issues d’archives personnelles inédites.

mcqueenOn y fait connaissance avec son entourage proche et les collaborateurs de la première heure, ceux de l’école de mode et des tous premiers défilés, ainsi qu’avec sa sœur aînée et son neveu qui ont accepté, pour la toute première fois depuis son décès, de témoigner.

Telle une tragédie shakespearienne en cinq actes, le film revient sur les périodes charnières de son existence.
De l’adolescent Lee McQueen, qui passait tous ses cours à dessiner des robes dans la banlieue est de Londres, à l’adulte Alexander McQueen, qui avait enfin concrétisé son rêve en faisant défiler des femmes guerrières vêtues, de délicates armures en plumes, dans toutes les capitales de la mode.

Souvent accusé de misogynie ou de bourreau des corps, Alexander McQueen n’aura eu de cesse pourtant de glorifier La Femme.
Sa mère, qui l’a encouragé à être apprenti dans un atelier de Savile Row et lui a ainsi permis de mettre un premier pied dans le monde de la couture. Isabella Blow, rédactrice de mode ultra influente qui a lancé sa carrière et qui fut sa plus fervente admiratrice. Les mannequins, qu’il choisissait non pas en fonction de leur physique mais de leur personnalité forte et exubérante pour faire le show pendant les défilés.

Technicien impeccable et hyper exigeant, chaque collection trouvait son inspiration dans l’histoire de sa famille ou les événements marquants qui ont jalonné sa vie, de son héritage écossais qui remonterait aux rébellions jacobites, ou aux abus sexuels dont il a été victime enfant.

Et l’urgence. Il se mettait sans cesse en danger en créant les vêtements à la dernière minute, l’adrénaline provoquée par le stress semblant lui permettre de laisser libre cours à sa spontanéité.

Ses défilés, pensés comme de véritables performances artistiques où l’improvisation avait une grande place, ne laissaient jamais indifférent.
Le poétique y côtoyait le grotesque : silhouettes élégantes aux bouches énormes laquées de rouge, voiture en feu, robe de mariée peinte sur scène par des robots, hologrammes, créatures mi-femmes mi-animales défilant avec des cornes de bélier, un décor d’asile psychiatrique, femmes titubantes, la poitrine à peine dissimulée par des robes en tartan et dentelle lacérées et tâchées de sang, etc.

Des images fortes, parfois gênantes, qui en disent long sur la sévérité de la dépression dont il souffrait.

Passionnant et intimiste, McQueen dresse le portrait émouvant d’un créateur talentueux et tourmenté qui a réussi à imposer son style et sa griffe dans le monde réputé difficile de la haute couture, en s’affranchissant des règles avec impertinence et en y insufflant une énergie nouvelle.

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