Chronique Musique Interviews

Rencontre avec l’indie-pop exploratrice de Skøpitone Siskø

Skøpitone Siskø
Skøpitone Siskø / Vincent Paulic
Ecrit par Ivlo Dark

 En 2016, Elouan Jégat mettait en musique son jardin secret (devenu un peu moins confidentiel pour l’occasion) sous les sillons d’un recueil intitulé Ghøst Søngs. Derrière ce projet intime portant l’énigmatique appellation de Skøpitone Siskø, l’auteur, compositeur et interprète breton voguait déjà en marge du post-rock de Thomas Howard Memorial, sur les rives voisines des atmosphères enivrantes de son autre formation, Elk Eskape.

Le garçon n’était donc pas à ses premières gammes lorsqu’il décida de donner une suite à cette aventure introspective, avec une sortie programmée dans les bacs le 30 novembre 2018. Cette fois-ci, on dénombre six titres au compteur de Kaleidoskøpe, nouvelle pièce à l’édifice de cette «pop architecturale».

Un vrai plaisir des sens que celui d’appréhender les rayons aigres-doux de Sad Day puis la spontanéité référencée d’In Cage, premier titre mis en image pour le groupe accompagnant la tête pensante de la belle entreprise : la chaleur des cordes vocales du chanteur répondant aux arpèges gravissant de somptueux sommets mélodiques. Nappé de structures stylisées, d’énergies renvoyant à la perception de lueurs diaphanes, la musique déploie ici ses ailes avec une pincée psychédélique qui lui va à ravir.

Pour ce nouvel EP, je note tout particulièrement l’ultime morceau Randomized et ses 6 minutes dignes des plus grandes délivrances racées venues d’outre-Manche.

Le 9 juin dernier, à l’occasion de la dernière édition en date du festival Art Rock, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Elouan Jégat (chant, guitare) et Vincent Roudaut (basse). Les deux musiciens sont notamment revenus sur les origines et la philosophie de Skøpitone Siskø, ainsi que leur ressenti quelques heures avant de livrer un concert déjà évoqué dans nos colonnes  (voir le compte-rendu du festival)

Skøpitone Siskø

A l’écoute de votre nouvel EP, j’ai eu le sentiment que celui-ci se distinguait de vos précédentes productions ?

Elouan : Les morceaux que tu as entendus existent depuis un certain moment. À vrai dire, ils étaient en stock. Ils ne sont donc pas vraiment nouveaux.

Vincent : En fait, Skøpitone Siskø c’est vraiment le projet solo d’Elouan même s’il a demandé à ses copains de l’accompagner… Et du coup, tu vois, c’est plus personnel, quelque chose qui lui ressemble plus, sans oublier le rock évidemment, là d’où l’on vient.

Une volonté de changement ?

Elouan : Il y avait plusieurs choses que je voulais faire. Kaleidoscope représente justement les différentes facettes de cette envie sans que je ne m’impose trop de limites. Je peux aimer le son d’un groupe comme Grizzly Bear mais aussi des univers plus dansants.

Skøpitone Siskø pourrait alors se définir comme un side-project ?

Elouan : Pas vraiment, c’est plus un projet de vie, une idée qui me tenait à cœur depuis longtemps.

Du coup, tu as plus de pression j’imagine mais avec peut-être l’objectif de passer au long format ?

Vincent : En fait, rien n’est décidé. Ce qui nous importe, ce n’est pas forcément de sortir un album. Ce qui compte, c’est de composer des morceaux, que les gens les écoutent et aussi de se focaliser peut-être plus sur le travail de l’image. On vient d’ailleurs de sortir deux clips issus de cet EP. Ça reste le projet d’Elouan, ce qu’il a en tête mais c’est aussi un travail de groupe. Ce qui me plait dans Skøpitone Siskø, c’est de prendre des petits bouts de trucs et de les assembler pour créer quelque chose, sortir de la meilleure des manières ce qu’il désire diffuser, que ce soit un titre, un clip, un EP ou autre chose.

Elouan : L’idée de l’album n’est pas projetée. Il n’y a aucun calcul. Ce qui importe c’est vraiment de proposer un concept qui, d’ailleurs, reste toujours en réflexion. Même le nom Skøpitone Siskø est volontairement imagé et graphique avec une sorte de contre-rime qui sonne bien, enfin je trouve.

Vincent : La musique d’Elouan est très imagée, tu vois… Une sorte d’évocation des grandes plaines que l’on retrouve notamment dans les pays nordiques ou au Canada.

Elouan : C’est ce que l’on faisait déjà auparavant avec Elk Eskape, avec ici une complémentarité plus pop et plus perso… Avec cet aspect de rêveries, ce côté un peu flou…

Alors justement, j’ai eu le sentiment que vous trimbaliez l’auditeur entre deux mondes.

Vincent : C’est exact ! Je crois que justement ce qui est intéressant c’est de ne pas monter un énième groupe de pop, une démarche qui ne serait pas vraiment intéressante. Ce qu’on aime chez Skøpitone Siskø c’est ce résultat qui se présente sous plusieurs facettes… On peut savourer un côté frais dans la musique mais aussi la faculté de développer les compositions sur une durée assez longue. Souvent, en 3 minutes on n’a pas le temps de dresser un tableau. Il faut prendre ce temps, faire évoluer le son, créer des surprises. C’est devenu finalement une ligne directrice… Ne pas tomber dans des codes préétablis… Par exemple, on est libre de ne pas imposer un refrain au bout de 2 minutes.

Ce soir, vous allez jouer en fin de festival. Je suppose que ça crée une appréhension particulière, notamment du fait d’être programmé sur un créneau horaire entre Angèle et Lomepal ?

Vincent : C’est déjà une fierté d’être programmé ici, au milieu d’artistes si divers. Ce qui est vraiment bien sur cette programmation, c’est de permettre des découvertes à cette heure-là, entre deux artistes populaires. C’est osé et la preuve d’une belle mentalité de la part de l’équipe d’Art Rock. On va jouer devant des festivaliers où rien n’est acquis, personne ne nous connait donc les gens vont nous découvrir. Bref, c’est cool ! Nous on va kiffer si le public répond présent.

Elouan : Ce concert va être doublement important, le fait notamment de pouvoir exposer notre musique devant tant de monde même si nous avons déjà une expérience scénique sur ce type d’affluence… Mais pas avec Skøpitone Siskø.

Vincent : Il n’y a pas de peur en soi, juste l’envie de communiquer… Plus de l’adrénaline que du stress, c’est ça. Ce n’est que de la musique. En réalité, on est là aussi pour prendre du plaisir !

Vous avez prévu des arrangements spécifiques pour la scène ?

Elouan : Bien entendu, l’objectif est de conserver l’idée de l’EP mais en insufflant plus d’énergie, tu vois … mais sans oublier nos morceaux plus calmes. Ce qui compte, c’est de procurer de l’émotion en une heure de temps.

Vincent : On a pensé le set en ayant bien à l’esprit que nous sommes dans un contexte de festival. Tu veux attaquer fort pour attirer le public, tu veux finir également fort … Donc on a réfléchi bien entendu à l’ordre pour la setlist. On n’invente rien, tout en osant quelques nouvelles pistes sur la manière d’approcher les morceaux… Une sorte de galop d’essai avant notre tournée des stades (rires).

Remerciements: Catherine Rué (These Days)

SoundcloudInstagramFacebook

  •  
    35
    Partages
  • 35
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   

Ajouter un commentaire