Poésie

Marius Loris : le marteau piqueur comme arme de lutte

Ecrit par Adrien Meignan

Ne faisons pas comme s’il ne s’était rien produit, en France, entre mars et juin 2016. Tout comme la poésie ne s’est pas arrêtée avec Baudelaire ou Aragon.

La poésie continue parce qu’il y a toujours ce besoin d’écrire, de dire ce qui ne fonctionne pas, ce qui est révoltant.

Elle se détourne quand elle est cette « pratiques-gens-bouche-neurones-langues ».

Elle n’est ni une « lyre ni une rose ou alors du papier chiotte bonbon jusqu’à l’indigestion » comme le dit Marius Loris.

Ce poète a 30 ans, et comprend, comme il le dit, que la poésie est le « marteau-piqueur » de notre société. Avec son livre paru en janvier 2017, Matraque Chantilly, sous-titré Journal STOP, il raconte avec sa langue, déjà éprouvée à travers un premier recueil en 2016, également à l’Atelier de l’agneau, ce que fut ce mouvement social démarré en mars 2016 et désormais en passe d’être oublié.

Marius Loris est un poète que l’on doit d’abord voir en performance. Il les propose dans divers lieux, invité seul ou avec l’Armée noire, ovni poétique ayant à son actif plusieurs débarquements dans différentes villes, et deux volumes regroupant textes, dessins, photographies… On retrouve dans ce « groupe » Charles Pennequin, figure de proue d’une poésie orale, vivante et militante qui a préfacé le premier recueil de Marius Loris.

Dans ses performances, ce dernier propose des prouesses telles que des improvisations sur l’histoire (voir la vidéo). Mais en le lisant, plus posément, on se retrouve face à cette rage d’écrire, éclaboussant notre confort mais confortant le besoin de révolte.

Avec Matraque Chantilly, Marius Loris dévoile un journal écrit entre mars et juin 2016. Journal qui prend la forme d’un télégramme, interrompant le flot par des stops qui imposent un rythme de lecture heurté.

Il y a une sincérité à dévoiler ainsi son intimité, son vécu de cette période remplie d’espérance, à laquelle répond beaucoup de violence. Avec un goût pour les listes, la géographie et aussi l’histoire, le poète fait l’écho d’un soulèvement, d’un dégoût de ce système qui réduit le « numain », pour reprendre le terme de Florence Pazzottu (dans Frères Numains aux éditions Al Dante).

En lisant ce Journal-STOP, l’engagement de la poésie devient évident. Elle est au contact de ce qui se passe au quotidien et non à compter les pétales d’une fleur, sur laquelle, sûrement, un chien a dû pisser.

Matraque Chantilly, Marius Loris aux éditions Atelier de l’agneau, Janvier 2017

1 commentaire

  • Bonjour

    Merci d’avoir partagé votre engouement pour ce poète.

    notre société mourra peut-être
    avant les fleurs
    ce n’est pas une raison
    de ne pas la conter
    de ne pas la contrer
    de ne pas compter
    les fleurs de pétales poétiques

    alors

    oui

    une poésie marteau-piqueur

    ET

    conteuse des pétales d’une fleur
    sur laquelle sûrement un chien dû pisser
    pourtant qui me regarde dans l’œil
    me cueille
    soufflé de sa couleur
    sous mes pieds étonnés

    (tentative de poésie médiocre d’un pas poète sur les pétales de l’instant en pédalant une fleur à moins que ce soit l’inverse car une fleur peut pétaler nos instants et tout n’est pas simple et encore moins la poésie à moins qu’elle soit plus compliquée encore).

    Bien cordialement

    C

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