Chronique Musique

Northwest, duo qui déboussole

Il y a d’innombrables occasions qui nous échappent et dont le sort se dissout, à tort ou à raison, dans un vaste océan d’oublis. Cependant, pour une raison qui dépasse le simple hasard, l’œil est parfois attiré par une accroche et notre curiosité fait alors office de vecteur afin de nous permettre de cheminer bien plus loin. Pour le cas présent, j’avais réceptionné en fin d’année dernière une invitation à l’écoute d’un projet, sans y porter une quelconque attention. A la suite d’une relance récente et alors que je m’apprêtais à vider ma boite e-mail, je découvrais une humeur qui allait littéralement me déboussoler. Cette fois-ci, je m’accordais le temps d’appréhender ce qui s’avère être aujourd’hui le révélateur d’une captivante adulation pour ce trésor caché, outre un vif intérêt à l’égard de ses auteurs. Comment moi et tant d’autres avons pu être privés d’une œuvre aussi riche et merveilleuse enregistrée notamment dans l’église d’une université perdue en pleine campagne anglaise  ?

Le duo est basé à Londres. Ignacio Simón est un compositeur et producteur planqué derrière un arsenal instrumental agrémenté de guitare, basse, piano, synthé, percussion et autres machines à effets… destiné à magnifier la musique de Northwest dont l’incarnation féminine est insufflée par Mariuca García-Lomas, artiste visuelle et chanteuse au sein de la formation.

Leur univers artistique navigue entre la pop expérimentale, l’électronique avant-gardiste et la musique contemporaine dite néo-classique. Totalement ancré au cœur de la scène underground européenne, Northwest se démarque grâce à un effort sans borne, nourri du dessein de plonger le spectateur au cœur d’une expérience immersive où se mêlent la danse, les arts visuels et de subtiles sonorités venant affoler une fresque totalement saisissante.

La première partie de leur premier et double album a été dévoilée en 2018. Intitulée sobrement I,  elle est composée de 8 pistes (numériquement, le même décompte pour II qui lui succède) et revêt une symbolique ornée d’un tableau d’un noir abstrait illustrant parfaitement le caractère sombre qui la pénètre (à l’inverse, le second volet se présente bien plus « lumineux » ainsi que le suggère sa propre pochette)

Nous y croisons des rêves diffus, un onirisme profond, des arrangements orchestraux aux accents cinétiques finement pensés et élaborés par Ignacio Simón. La froideur syncopée d’un titre comme Pyramid vous bouleverse avec son soupçon de cordes lancinantes et obscures, ses vapeurs se confondant au chant exposé comme l’appel des sirènes. Le plus souvent, le voile est chargé de mystères alors que  l’épouvante léthargique prend le soin de nous mener  dans les brumes de London, déclinaison acclimatée à de longs instants déchirés pour une progression en direction d’un final post-rock des plus voraces. S’il fallait imager la séquence, j’évoquerais le choc de hallebardes s’abattant sur la Tamise. L’apaisement de Same Old Sky sera la transition adéquate pour l’enchaînement qui se trame.

Révélé le 1er décembre 2019, II impose sa blancheur aveuglante. Plus aérien, ce versant est également plus abordable. Nous y retrouvons Northwest accompagné d’une section atypique composée de deux violons, autant de violoncelles, une clarinette et une batterie. Dès Wind, le souffle léger de l’harmonium laisse entrevoir, avec nostalgie, le mécanisme des pédales… Avec Winterland, la quiétude hivernale s’installe, les flocons tombent alors pour nous affecter d’une enveloppe protectrice, tandis que la dramaturgie se dresse avec autant de brio que d’éclat. Le frisson est garanti de la même manière grâce aux délicatesses et hauteurs vocales de The Day

Le moment de grâce ultime se détache assurément dans la suite des notes posées sur les touches du piano entraînant All of a Sudden au delà du perceptible. Mariuca García-Lomas y transcende son timbre atteignant les sommets de l’émotion. Le clip assure une intrigante vision au bénéfice d’une composition dont on ne se remettra pas de sitôt, la mélancolie qui s’en dégage est irradiante, hors de la complexité architecturale de l’ensemble, un moment de rare intensité sensorielle qui me chamboule, les yeux embués que je suis par tant de maîtrise, d’audace et de capacité à fendre les carcasses les plus robustes…

Dans la foulée, Before The Spell s’élève à l’aide de ses aspects boisés, offrant le déploiement de nos ailes insoupçonnées au fil des 12 minutes d’une filandreuse beauté. Histoire d’achever la finalité éblouissante affichée derrière une cascade harmonique, Wasted Light déverse ses rayonnantes aspirations, une partition tranchant avec l’entame bien plus ténébreuse. Preuve de l’intelligence dans l’ordre des choses, au-delà de l’affirmation d’une production exemplaire, bien que trop discrète.

II est disponible depuis le 1er décembre 2019 chez Temple Arts. Les deux volumes de l’album homonyme sont à l’écoute et en commande sur la page Bandcamp du groupe.


Northwest – I & II

Temple Arts – Décembre 2019

 

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Image bandeau : Daniele Coluccielo

 

 

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