Chronique Musique

Someone Is Missing, très belle promesse non tenue de Payne

D‘abord un rythme un peu indus dans le lointain, image d’un train n’en finissant pas d’arriver; ensuite un orgue bien plus présent, qui ne sait pas à quel tuyau se vouer, puis un piano venant mettre au pas tout ce petit monde désaccordé. Enfin le chant, pas loin d’une Kate Bush période 50 Words For Snow ou d’une Agnès Obel, survolant de très haut cette atmosphère légèrement anxiogène. C’est ainsi que nous accueille Joanna Lorho alias Payne, pour son premier opus, Someone Is Missing, recueil de sept chansons oscillant entre pop mélancolique et arrangements classiques.

Pour tout dire, Payne ne choisit pas vraiment, préférant évoluer dans un entre-deux, espace peu confortable certes mais permettant d’ajouter un grain de folie dans le raisonnable, de l’expérimental dans le classique, de la dissonance dans la beauté. Parfois, dans une même chanson, se retrouvent tous ces éléments, White Mountain et la discordance du violon, la césure en plein milieu de September après laquelle la musique revêt de haillons une Payne quasi nue. Idem pour The Wrong Boy qui change de direction en laissant une place prépondérante au silence (au point que le morceau se termine sur près de dix secondes de silence), révélant une personnalité très affirmée n’hésitant pas à prendre des risques. Notamment au niveau des arrangements, très travaillés (merci Corentin Dellicour, violoncelliste), évoquant par moment ceux de Kirby, l’arrangeur de Nick Drake, sur September, ou encore sur sa capacité à construire des morceaux à la frontière de la pop (les Beach Boys reviennent quelque fois) ou du classique (le tout rappelle beaucoup Michael Nyman) tout en y incluant des éléments rock (évoquant la PJ Harvey de White Chalk) ou jazz (sur The Barn ou White Mountain), le tout bénéficiant d’un talent mélodique hors-pair.

Parce que ce qui étonne, dès la première écoute, c’est l’immédiateté des compositions, ce sentiment que ces chansons ont toujours existé. Les influences sont reconnaissables, Obel, Nyman notamment, mais il y a déjà un univers identifiable chez la belge, une cohérence qui fait de ce disque non pas un Ep composé de sept chansons éparses, mais un mini album avec un véritable cheminement interne, une véritable logique commençant les deux pieds dans la mélancolie pour s’orienter peu à peu vers la légèreté. Une légèreté qui commence à poindre assez tard avec un What I Deserve plus enjoué (mais pas moins tourmenté) et se fait parfois au prix de certaines tensions (The Barn ou la lutte pour l’apaisement) pour se manifester enfin sur un morceau léger, presque primesautier, confirmant en fin de parcours ce qu’elle affirmait au tout début : qu’elle a fini par bouffer l’obscurité.

Maintenant, Joanna Lorho ne vient pas de nulle part et pour tout dire, son background est assez impressionnant : bretonne, elle étudie pendant treize années le classique au conservatoire puis laisse de côté la musique pour s’intéresser aux beaux-arts et s’expatrier à Bruxelles où elle suivra des cours d’illustration. Ce qui l’amènera tout naturellement à se tourner vers la BD, le cinéma d’animation (elle réalise un court métrage Kije) ou la réalisation de clips (Françoiz Breut notamment). Mais quand on étudie la musique aussi longtemps, difficile de s’en défaire complètement, elle reste toujours logée dans un coin de votre crâne, que vous le vouliez ou non. Du coup, après avoir créé pour les arts graphiques, c’est au tour de la musique de venir la titiller. Le résultat s’appelle donc Someone Is Missing et de fait, si Matamore ne l’avait pas sorti, son titre aurait été parfaitement justifié.

Sorti le 05 Mai en cd, digital et vinyle chez Matamore/Differ-Ant et chez tous les disquaires de France

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