Chronique Musique

PHÔS ou l’inspiration spleenétique

Phôs
Photo Nicolas Barrié
Ecrit par Ivlo Dark

Le 21 février dernier, j’évoquais ici même les Géométries sous-cutanées de Watine, une œuvre atypique et poignante, véritable compte à rebours d’un irréel à fleur de peau. Quelques mois plus tard, c’est un nouveau voyage musico-littéraire qui nous est proposé par Catherine Watine, épaulée cette fois-ci par le mystérieux Intratextures.

Le projet Phôs s’auto-définit comme une échappée « poetic wave rock ». Cette qualification n’est pas usurpée tant le discours énigmatique, quoique plein de sens, se mêle aux effusions intégrant le classicisme d’un piano à l’électricité vibrante de saturations, servant de toile de fond à cette impressionnante osmose.

Au travers des lignes d’À l’Oblique, nous croisons un Petit Prince qui, l’espace d’une rime, offre un clin d’œil au prince des poètes et son ode à Cassandre…  Des amours qui jouent avec les mots et les maux, des métaphores venant répondre aux hymnes et leitmotiv fardés de rythmes, une partie de bluff devant une table de poker puis des zones d’ombre, froides et aussi sombres que la pochette trouble venant illustrer le saisissant recueil (un visuel une fois encore imaginé par l’artiste VEL).

Mille scintillements jaillissent alors d’une ronde progressive où la chenille s’enveloppe de soie avant de se muer en magnifique papillon. C’est la chaleur d’un timbre vocal qui captive le récitatif, venu se fondre dans les méandres tapissés de volutes gorgées de chagrin. Une masse sensible qui progressivement s’étoffe pour ne plus vous lâcher (Mensonges et Sentiments).

Le duo artistique progresse sur des nappes aux larsens mélodiques, l’accent fragile, le plus souvent dramatique, se prêtant à des rôles au gré d’humeurs grises. Parmi les tensions post-rock colossales, comment ne pas être ébahi par l’émotion contagieuse qui découle de L’Horizon est Restreint ! Le décor est époustouflant, puissant puis calme, débordant de ce serrement des cœurs au sein d’une hyperbole en pleine combustion. Le tout, agrémenté d’une narration destinée à nous faire chavirer. L’effet escompté est radical puisqu’il vous sera bien difficile de résister afin de ne pas tomber à la renverse.

Dans la foulée, Doorway s’extirpe du lot tel le vilain petit canard. D’apparence décharnée et robotique, le titre viendra transcender sa vaste expérimentation dans la langue de Shakespeare, histoire de magnifier quelques accents au souffle fantomatiques, outre des effets chamarrés élégamment obsédants (impossible ici de ne pas me référer aux exécutions lacrymales de Sigur Rós)

La seconde partie de l’album reste dans la même mouvance mélancolique, une veine nourrie de murmures fragiles, d’accords étouffés qui décuplent bizarrement les sensations. Dans la Brume s’y expose et s’impose via le clip réalisé par Renaud de Foville, illustration parfaite du glissement romantique dont les angles écornés ravissent les âmes, malgré une langueur des plus bouleversantes.

À la lueur des secondes qui défilent, la sensation prédominante permet d’entrevoir un soupçon d’effacement pour des mélodies soyeuses. C’est le cas notamment grâce aux arrangements baroques de la composition intitulée Les Orpailleurs : un  instant où l’impression est de lorgner vers l’univers contrasté du groupe Blonde Redhead… Le bout du chemin demeurera de cet acabit avec les torrents de larmes qui se déversent inlassablement Sur les Crins des Archets. Sont invités à cette table, une litanie de génies bien connus des mélomanes.

Il ne reste plus qu’à rester la bouche grande ouverte, les oreilles encore emplies de magie après tant de majesté et d’inspiration spleenétique.

PHÔS : A L’oblique 
sorti le 9 novembre 2019 chez CATGANG MUSIC
Musique: Intratextures / Textes: Watine
Écoute et commande de l’album possible en cliquant sur le lien bandcamp
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