Littérature Etrangère

Gabriela Cabezón Cámara dévoile la joie d’un bidonville

C’est à nouveau un texte vraiment surprenant que proposent les éditions de l’Ogre. On commence à avoir l’habitude avec cette belle maison qui nous avait offert en janvier If le dernier texte de Marie Cosnay que j’avais évoqué précédemment. Cette fois-ci, c’est un texte explosif, punk et baroque, qui nous emmène dans un bidonville où un monde parfait semble s’être dessiné. Pleines de grâce est le premier livre traduit en français de Gabriela Cabezón Camara par Guillaume Contré. Ce traducteur est un habitué de la nouvelle génération d’autrices et d’auteurs argentins tout comme Pablo Katchadjian et Ariadna Castellarnau.

Dans mon appartement, la menace des rats se serait évaporée en un instant et mon athéisme n’aurait jamais vacillé. Dans le baroque misérable du bidonville, où chaque chose était dessus, dessous, dedans ou a côté d’une autre, tout était possible. Et finalement, amusant : à force de superpositions, tout baisait avec tout, même les chevaux attelés aux charrettes montaient des chevaux attelés à d’autres charrettes et s’empilaient pour baiser en écrasant charrettes et cartons.  Gabriela Cabezón Camara

Cette traduction nous offre toute la puissance de l’écriture de Gabriela Cabezón Camara. Elle construit un roman où celles et ceux qu’on ne voit pas sont mis en pleine lumière. L’histoire se passe dans un bidonville à Buenos Aires ainsi qu’à Miami. Ce bidonville, comme tous les autres en Argentine, on l’appelle Villa miseria. La narratrice et jeune journaliste Qüity y arrive et va découvrir un monde naviguant entre espérance et misère. Elle rencontre celle qui sera la mère de son enfant, la travestie Cleopatra. Celle-ci dialogue avec la Vierge Marie et ainsi impulse dans la villa d’El Poso un souffle d’espoir. Ce lieu, on le sait dès le début, va disparaitre à cause de la pression immobilière et d’un mafieux local.

El Poso n’est peut-être pas le paradis terrestre mais il y ressemble tant les efforts de chaque habitant sont importants. On œuvre pour son autonomie. Un bassin est creusé pour y mettre des carpes et une statue de la Vierge est dressée. Une idée du bonheur s’y bâtit avec en conscience les tumultes et la diversité du genre humain. C’est tout l’intérêt de ce texte flamboyant de Gabriela Cabezón Camara. Elle nimbe d’une lumière mystique la misère et la violence. Il n’y a pas lieu d’idéaliser mais de rendre leur fierté aux plus démunis. Mais que ce soit dans la vie ou dans la fiction, le monde est cruel. El Poso sera détruit et des gens vont mourir. Qüity et Cleopatra survivront et vivront une autre vie à Miami.

L’autrice argentine nous raconte cette histoire à travers la voix de Qüity interrompue par celle de Cleopatra. Ce dialogue donne une consistance au roman car nous voyons la folle aventure de la villa à travers deux points de vue différents. L’énergie de chacune d’entre elles va dans deux directions différentes. Le roman en devient un hymne démultiplié à la tolérance, une ode à la douce et folle volonté de vivre. Gabriela Cabezón Camara dit de la littérature qu’elle est « le verger de tous ». C’est bien l’effet que donne la lecture de Pleines de grâce : la porte est grande ouverte autant aux personnages qu’aux lecteurs et lectrices.


 

Pleines de grâce de Gabriela Cabezón Cámara

traduit par Guillaume Contré

 

Éditions de l’Ogre, 18 mars 2020

 

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Gabriela Cabezón Cámara


Image bandeau : Free-Photos Pixabay  

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