Chroniques Musique

Signs Of The Silhouette – Spring Grove

[mks_dropcap style= »letter » size= »83″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]A[/mks_dropcap]pprêtez-vous à vous abriter, le déluge est en marche. Et c’est Bam Balam Records qui le déclenche ! Ce disque est un véritable phénomène climatique. L’ère du post-rock est aujourd’hui derrière nous. Loin derrière et, il faut bien l’admettre, il n’y a rien à regretter car comme tout mouvement culturel, celui-ci avait pris de l’ampleur, chacun s’inspirant du voisin, avec toujours un peu moins d’éclat, et toujours cette envie de briller, et donc de policer leur son. Signs Of The Silhouette, groupe emmené par l’excellent guitariste Jorge Nuno livrait en 2014 un opus passé inaperçu, Spring Grove.

signs of the silhouette

[mks_dropcap style= »letter » size= »83″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]E[/mks_dropcap]t pourtant ! Quel disque ! Dès la première seconde du disque, qui se découpe en quatre chapitres, le duo part sur un rythme effréné livrant un post-rock mutant qui doit plus encore au free rock. Le feedback quasi permanent oblige le tympan de l’auditeur à se protéger d’instinct, avant de sombrer dans cette mer agitée de larsens affolés. Après une introduction digne d’un Dead C, tout s’effondre autour de vous, mais l’ossature rythmique garde un cap étonnant.

Étonnant car s’il est impossible de distinguer un rythme binaire ne serait-ce qu’une seconde, le métronome obsessionnel, clé de voûte de ce disque, est partout présent. En effet, Joao Paulo impressionne par sa capacité à garder un rythme impeccable sans jouer deux fois le même motif. Mieux encore, il parvient à affoler ses fûts, à se plonger dans une improvisation délurée en menant le tout d’une main de fer. Les changements de tempos ne se ressentent jamais tant il parvient à enchaîner les différentes cassures, faisant tout à tour swinguer l’apocalypse, ou groover l’enfer. Car derrière, il y a Jorge Nuno.

Et là, c’est intense aussi. Intense car là encore, le repos du guerrier n’est plus qu’une invention de l’esprit, un concept imaginaire. Il passe par toutes les phases pour capter l’attention, pour cracher la tension. Les déluges, les éboulements, tout y passe. Il ne joue pas de note, il vous envoie au tapis à grands renforts de textures sonores invraisemblables. Les wah-wha, les saccades, les cisaillements, tout semble fait pour mettre l’auditeur à genoux, au point de non retour extatique.

[mks_dropcap style= »letter » size= »83″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]R[/mks_dropcap]appelant le meilleur d’Oneida, lors de leurs voyages psyché-bruitistes, Jorge Nuno s’acharne sur sa guitare comme s’il cherchait clairement à la faire saigner. C’est une hémorragie sonique d’une force incroyable. Bien évidemment, cette musique se vit, se ressent, s’écoute à un volume qui dépasse de très loin le raisonnable pour en percevoir toute la densité.

Certes, il existe quelques espaces de liberté, et ce, dès l’introduction de la seconde partie, mais ce n’est que pour vous laisser reprendre votre souffle, car le mieux pour digérer la puissance de ce disque fantastique, c’est encore d’être champion apnéiste. Après une minute de respiration, l’assaut reprend de plus belle, et sur un rythme soutenu qui dépasse l’entendement. Très rapidement, le déluge reprend, comme une mousson perpétuelle.

Malgré tout, si l’on tend l’oreille, on perçoit les arpèges saturés de Jorge Nuno qui s’avèrent parfois bouleversants de beauté et de simplicité, mais c’est pour mieux raboter les coins qui peuvent parfois paraître trop rêches car bien vite, c’est à nouveau l’apoplexie sonore. Un assaut permanent. Pourtant, vous vous surprenez parfois à taper du pied car une fois de plus, la batterie vous propulse dans les airs, virevolte et balance du feu de dieu comme auraient dit nos aïeuls. Mais rien n’y fait, c’est plus fort qu’eux, le duo en redemande, et vous allonge au point que l’on se demande comment les cordes de Jorge Nuno ont pu tenir ne serait-ce que le temps de l’enregistrement. Pourtant, au milieu de la deuxième partie, le temps se fige, se suspend. Quelques secondes de larsens, et Jorge Nuno taille des arpèges saturés particulièrement étranges ; le rythme tombe alors, ralentit, s’alourdit, et l’ambiance chaloupe. Puis chavire, tout va de travers.

Car là où le piège aurait été de laisser filer ce disque de free rock sur le même mode tout du long, le duo a senti le moment opportun où faire croire à la mer de tranquillité. En effet, tout s’apaise. Et des claviers viennent illuminer la pièce à coups de lumière noire alimentée par des accords écrasés et peu à peu, tout remonte, s’extasie, devance le chaos pour s’amuser avec vos nerfs. Explosion, ou point de chute ? Difficile de savoir.

[mks_dropcap style= »letter » size= »83″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]L[/mks_dropcap]a force du disque se situe bien à cette frontière, imprévisible de bout en bout, comme cette introduction de la troisième pièce, un brin jazzy, ou l’on croise des sonorités presque Krautrock jouées par un Neil Young et son Crazy Horse.

Jamais statique, le disque repart de plus belle, accélère, change de braquet, redescend, et ne cesse de tenir l’auditeur en éveil car rien n’est jamais pareil avec l’étonnant jeu de Jorge Nuno . Malgré tout, le disque doit beaucoup à Joao Paulo, batteur éminemment inventif, qui alterne les cascades de fûts et les subtilités d’un kit que l’on devine pourtant réduit à l’essentiel, et c’est là tout la force et tout l’intérêt de son jeu. L’alchimie des deux musiciens est cohérente et magnifique dès la première seconde et ils semblent se répondre avec une facilité déconcertante comme lorsque l’on parle à un ami autour d’un bon verre de vin.

La dernière partie, ouvertement plus free semble parfois partir dans tous les sens, entre improvisations débridées et bruitisme enragé et pourtant, là encore, après des minutes d’anarchie sonore, la musique du duo finit par retomber sur ses notes, grâce à l’appui d’une basse fuzz qui écrase tout sur son passage et qui ramène, de loin, aux années psyché. Car malgré l’aspect massif que développe cette musique d’une rare intensité, le disque distille insidieusement des ambiances variées qui pourraient parfois paraître contradictoires mais les musiciens parviennent à tenir une cohérence tout le long d’un disque aux abords rugueux mais étrangement voluptueux. Simple préconisation avant l’écoute  de ce fantastique disque: Prévenir ses voisins qu’un avis de tempête est à prévoir. A écouter d’urgence.

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